Léon Bourgeois contre la méritocratie

Léon Bourgeois peut être considéré comme le chef de fil du mouvement solidariste qui prend forme en France à la fin du 19e siècle. Ces républicains et hommes politiques, cherchent alors à justifier un devoir de solidarité entre les membres d’une même société. Il s’agit de s’opposer au modèle libéral qui s’appuyant sur Darwin considère qu’il est tout à fait normal que les citoyens soient en concurrence et qu’il est très sain pour l’ensemble que s’y trouvent de fortes inégalités. Les solidarites dont Léon Bourgeois commence alors par rappeler que dans la nature la coopération et au moins aussi importante que la concurrence sinon plus importante. L’espèce humaine est une espèce qui prospère parce qu’elle a développé de grandes capacités de coopération, pas parce qu’elle est constamment en concurrence.

L’individu seul serait très faible

A partir de là, Léon Bourgeois met en évidence un autre point : un individu seul ne serait rien, il n’aurait aucune connaissance, aucun pouvoir, aucune science. Chaque individu de la société est donc d’emblée riche de tout ce que la société lui a permis d’avoir. Chaque enfant, aujourd’hui, en France bénéficie d’une éducation qui est possible parce qu’elle repose sur des siècles de connaissances, de recherches scientifiques et techniques, de culture etc … C’est pourquoi, il est possible de dire, selon lui, que chaque individu « naît débiteur de l’association humaine ». Cela signifie que chaque individu a d’emblée une dette envers la société dans laquelle il est né. Peut-on dire que nous avons tous la même dette ? Selon lui, certains ont davantage profité de l’association humaine, ils auront donc une dette plus importante que celui qui a hérité d’handicaps ou qui vient d’un milieu social défavorisé.

Contre l’idée d’un mérite individuel : il n’y a pas de méritocratie

Contrairement aux libéraux, les solidaristes vont donc critiqué l’idée que l’individu devrait sa réussite à ses efforts ou à son mérite uniquement. Ils s’opposent en cela à ce que l’on appelle aujourd’hui la méritocratie. Cela ne signifie pas qu’il n’est pour rien dans sa réussite, mais il doit admettre que la société, sa famille, son éducation, la culture dans laquelle il évolue sont pour beaucoup également dans sa réussite. Il est donc juste qu’il rende un peu de sa réussite à la société pour aider ceux qui ont moins profité des bienfaits de l’association humaine.

Cette thèse solidariste a notamment inspirée plus tard au XXe siècle, la sécurité sociale, le régime des retraites et l’idée d’un impôt sur les revenus. Toutes ces garanties et préceptes de justice sociale sont aujourd’hui menacés par l’idée de méritocratie qui voudrait à nouveau que les individus ne soient que le produit de leurs propres efforts.

Conseil de lecture :

On ne peut le considérer comme un penseur solidariste mais l’idée que la nature n’est pas simplement un lieu de concurrence est une idée très bien expliquée dans ce livre de Pablo Servigne : L’entraide : l’autre loi de la Jungle

méritocratie

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