La notion de justice au programme de philosophie en terminale

La justice en philosophie : définitions, auteurs et sujets de bac

Imaginez une loi votée dans les règles, appliquée par des tribunaux compétents, respectée par la majorité des citoyens. Cette loi est parfaitement légale. Et pourtant, en 1850 aux États-Unis, cette loi fédérale obligeait les citoyens à coopérer à la capture des esclaves en fuite. Légale, oui. Juste, sûrement pas.

Aujourd’hui, nous allons voir ensemble comment définir cette notion, quelles distinctions maîtriser absolument, et surtout comment répondre aux grandes questions qui tombent au bac grâce aux auteurs classiques. À la fin de cet article, vous saurez distinguer le légal du légitime, vous disposerez de plusieurs oppositions de thèses réutilisables en dissertation, et vous connaîtrez les erreurs à éviter.

Qu’est-ce que la justice ? Deux sens qu’il ne faut jamais confondre

Le mot justice recouvre deux réalités très différentes. Ne pas les distinguer dès l’introduction, c’est la garantie d’un devoir confus.

La justice comme vertu morale

Au sens moral, la justice est une vertu, une valeur, un idéal : elle consiste à donner à chacun ce qui lui revient. Pensez à un partage entre amis, à une transaction honnête, à une note attribuée sans favoritisme. En ce sens, être juste, c’est traiter les autres de manière équitable. La justice est ici une qualité de la personne, pas une institution.

La justice comme institution

Au second sens, la justice désigne l’institution qui fait respecter la loi dans les tribunaux. Elle appartient alors à l’État, c’est-à-dire à l’ensemble des institutions politiques, juridiques et militaires qui gouvernent une société et détiennent le pouvoir sur un territoire donné. Le juge, le procureur, le code pénal : voilà la justice au sens institutionnel.

Ces deux sens sont liés, bien sûr. La loi vise le plus souvent à faire régner la justice entre les citoyens, ne serait-ce qu’en les rendant égaux en droits. Mais il arrive que l’on juge une loi injuste. Et c’est très exactement de cet écart que naît toute la réflexion philosophique sur la justice.

Distribuer ou réparer : les deux visages de la justice selon Aristote

Voici une distinction que peu d’élèves maîtrisent et qui impressionne toujours un correcteur. Aristote sépare deux opérations que nous appelons du même nom.

La justice distributive répartit les biens, les honneurs et les charges entre les membres d’une communauté, selon un critère à justifier : le mérite, le besoin, la contribution. C’est elle qui est en jeu quand on parle d’impôt, de salaires ou d’accès aux études.

La justice corrective ne distribue rien : elle répare un tort ou sanctionne une faute, en rétablissant l’équilibre rompu entre deux parties. C’est elle qui est en jeu au tribunal, dans un dédommagement ou une peine.

Vous voyez donc que le sujet Qu’est-ce qu’une juste punition ? et le sujet Y a-t-il de justes inégalités ? ne portent pas du tout sur la même justice. Les confondre, c’est traiter un sujet à côté de l’autre.

Égalité arithmétique ou égalité proportionnelle ?

Donner à chacun ce qui lui revient peut encore vouloir dire deux choses. Soit l’égalité arithmétique : chacun reçoit strictement la même part. Soit l’égalité proportionnelle, souvent appelée équité : la répartition tient compte d’un critère pertinent, besoin, mérite, contribution ou situation.

Il faut ici faire attention à un point décisif. L’équité n’est pas une affaire de sensibilité personnelle ou de bienveillance : c’est une exigence de justification. Dire qu’un candidat en situation de handicap bénéficie d’un temps supplémentaire à l’examen n’est juste que si l’on peut expliquer pourquoi ce critère est pertinent, en l’occurrence parce que l’épreuve vise à évaluer un savoir et non une vitesse de lecture. En revanche, répartir les places selon la fortune des parents mobilise un critère qui n’a rien à voir avec ce que l’on prétend évaluer, et c’est pour cette raison que la répartition devient injuste. La question n’est donc jamais « faut-il traiter tout le monde pareil ? » mais « quel critère de différence peut-on rationnellement justifier ? ».

Légal et légitime : le repère à connaître absolument !

Voici la distinction la plus rentable de toute la notion. Elle peut à elle seule vous permettre de structurer une problématique.

Le droit positif, ce qui est légal

Le droit positif est l’ensemble des lois effectivement en vigueur dans un État. Ce qui lui est conforme est légal. Retenez que la légalité varie d’un pays à l’autre et d’une époque à l’autre : elle n’a rien d’universel.

Le droit naturel, ce qui est légitime

Le droit naturel désigne ce à quoi l’homme aurait droit en vertu de sa nature et conformément à ce que lui dit la raison, indépendamment des lois établies. Ce qui lui est conforme est légitime. C’est un idéal de justice, non un texte juridique.

Le problème, c’est qu’aucune loi ne garantit automatiquement ce droit idéal. C’est précisément cette réflexion qui a nourri, plus tard, l’idée de Droits de l’Homme. Et c’est en se référant à cet idéal que l’on peut déclarer une loi injuste tout en reconnaissant qu’elle est bien en vigueur.

Comment utiliser ce repère dans une copie

Prenons un sujet classique : Ce qui est légal est-il nécessairement juste ? À première vue, la réponse semble oui, puisque la loi est votée par des représentants et qu’elle vise le bien commun. Mais l’histoire fournit d’innombrables lois légales et profondément injustes, des lois esclavagistes aux lois raciales. Vous comprenez alors que le sujet ne demande pas votre opinion sur les lois actuelles : il vous demande d’articuler droit positif et droit naturel.

À qui appartient-il de décider du juste et de l’injuste ?

Première grande question. Qui est légitime pour définir ce qui est juste ? Faut-il des connaissances particulières, ou bien tout le monde peut-il en juger ?

Platon : gouverner est un savoir, pas une opinion

Platon, philosophe grec du 5e siècle avant J.-C., répond sans détour dans La République : la cité juste doit être dirigée par ceux qui ont été longuement formés à connaître le bien, c’est-à-dire par les philosophes. Le savoir du juste s’acquiert par l’éducation et par la dialectique, il ne se devine pas.

Son image la plus parlante est celle du navire. Un équipage qui ne connaît rien à l’art de naviguer se dispute la barre, chacun se croyant capable de conduire le bateau ; pendant ce temps, le seul homme qui sait lire les astres passe pour un rêveur inutile. Autrement dit, nous n’accepterions jamais de confier un navire à des passagers ignorants, et Platon ne voit pas pourquoi nous confierions la cité à l’opinion majoritaire. Platon n’est donc pas un démocrate.

Le contrepoint du Protagoras et la réponse d’Aristote

Le dialogue du Protagoras offre un contrepoint remarquable, et je vous conseille de l’utiliser ainsi plutôt que comme une preuve de la thèse platonicienne. Socrate y observe que, dans l’assemblée athénienne, charpentiers, forgerons et cordonniers prennent indifféremment la parole sur les affaires de la cité. Mais c’est Protagoras qui justifie cette pratique : la justice et le sens politique doivent être partagés par tous les citoyens, faute de quoi aucune cité ne pourrait exister. Le même texte contient donc la tension entre compétence et participation, ce qui en fait une ressource précieuse pour problématiser.

Aristote, philosophe grec du 4e siècle avant J.-C., prolonge cette seconde voie. Pour lui, des citoyens qui délibèrent ensemble, confrontent leurs points de vue et se corrigent mutuellement peuvent mieux juger du juste que le meilleur d’entre eux pris isolément. Dans La Politique, il défend l’idée que la multitude peut se montrer supérieure à l’élite « non pas à titre individuel, mais à titre collectif » : chacun détient une fraction de vertu et de sagesse pratique, et l’assemblée réunie forme comme un seul homme doté d’une multitude de mains et de sens.

Attention néanmoins : Aristote ne signe pas un chèque en blanc à toute opinion majoritaire. Son argument vaut pour une délibération réelle, entre citoyens qui argumentent, non pour un sondage. Une majorité qui vote sans discuter ne bénéficie d’aucune de ces vertus.

Y a-t-il de justes inégalités ?

Deuxième question, qui interroge le rapport entre justice et égalité.

Rousseau : l’égalité civique, condition de la liberté

Rousseau, philosophe genevois du 18e siècle, affirme que les citoyens doivent être égaux devant la loi. Son raisonnement mérite d’être suivi pas à pas. Sans loi, n’importe qui peut me contraindre par la force : je ne suis donc pas libre. Avec des lois que tous respectent également, chacun devient libre de faire tout ce que la loi autorise. Cela suppose que personne ne soit au-dessus des lois, à commencer par les gouvernants.

Il écrit dans les Lettres écrites de la Montagne : « Il n’y a donc point de liberté sans lois, ni où quelqu’un est au-dessus des lois. » Précisons bien de quoi il s’agit : Rousseau défend ici une égalité civique et juridique, non une identité complète des conditions sociales. Le lui faire dire serait un contresens.

Rawls : trois exigences dans un ordre strict

John Rawls, philosophe américain du 20e siècle, propose une réponse plus articulée. Libéral, il pose d’abord que les libertés fondamentales égales doivent être garanties à tous, et qu’elles sont prioritaires : on ne les sacrifie ni à l’efficacité économique ni au bien-être général. Vient ensuite l’exigence d’une juste égalité des chances : les positions doivent être réellement ouvertes à tous. Vient enfin seulement le principe de différence : les inégalités socio-économiques ne sont acceptables que si elles bénéficient au plus grand avantage des membres les plus défavorisés.

Cet ordre de priorité est essentiel. Le principe de différence ne justifie pas n’importe quelle inégalité rentable : il n’intervient qu’une fois les deux premières exigences satisfaites.

Que cela signifie-t-il concrètement ? Il ne s’agit pas de décourager ceux qui ont du talent ou de l’énergie. Il est normal qu’un chirurgien reconnu ou un entrepreneur qui réussit gagnent plus que la moyenne. Néanmoins, ils ne sont pas entièrement responsables de leurs dons : naître avec certaines aptitudes, dans un certain milieu, relève largement de la chance. C’est pourquoi ils doivent accepter qu’une partie de la richesse produite serve, par l’impôt notamment, à améliorer la situation de ceux qui n’ont pas eu les mêmes opportunités. La santé publique et l’école gratuite illustrent parfaitement ce principe.

Vous avez donc deux réponses distinctes : l’égalité civique comme condition de la liberté chez Rousseau, l’inégalité conditionnelle et hiérarchisée chez Rawls.

Peut-on préférer l’injustice au désordre ?

Troisième question, et elle est vertigineuse. Que faire quand une loi nous paraît injuste ? Faut-il obéir malgré tout pour préserver l’ordre social ?

Spinoza : l’État a pour fin la liberté, pas l’obéissance

Spinoza, philosophe hollandais du 17e siècle, refuse que chaque citoyen s’érige en interprète privé des lois. Il écrit dans le Traité politique qu’on ne saurait autoriser chacun à interpréter les décisions publiques, sans quoi chacun s’érigerait en arbitre de sa propre conduite. Son argument repose sur une anthropologie lucide : les hommes sont aussi des êtres de passion, et bien des décisions qu’ils croient rationnelles sont dictées par leurs affects.

Il faut ici faire attention à un contresens très répandu. Spinoza ne défend pas l’obéissance pour elle-même, et l’ordre n’est pas pour lui une fin en soi. Dans le Traité théologico-politique, il affirme au contraire que la fin de l’État est la liberté : sortir de l’insécurité, permettre à chacun de vivre en sûreté et d’user de sa raison, y compris pour penser et s’exprimer. La stabilité des institutions est un moyen, la liberté de penser en est le but.

Thoreau : la conscience morale face à une injustice déterminée

Thoreau, philosophe américain du 19e siècle, déplace le problème. Si une loi est injuste et que le citoyen le juge en conscience, alors il a le devoir d’y désobéir, car obéir reviendrait à cautionner cette loi. Il est l’une des grandes figures fondatrices de la désobéissance civile moderne : une violation publique, non violente et assumée d’une loi jugée injuste.

Thoreau ne s’est pas contenté de l’écrire. Alors que la loi fédérale de 1850 obligeait les citoyens à coopérer au retour des personnes esclavisées en fuite, il s’est engagé dans les réseaux abolitionnistes et en a accueilli chez lui. Dans La désobéissance civile, il formule ce principe : « agir à tout moment selon ce qui me paraît juste » est la seule obligation qu’il se reconnaisse. Sa pensée inspirera Gandhi puis Martin Luther King.

Le face-à-face devient alors beaucoup plus subtil qu’une opposition entre ordre et révolte : d’un côté la stabilité des institutions comme condition de la liberté de penser, de l’autre la primauté de la conscience face à une injustice déterminée.

Y a-t-il des violences légitimes ?

Quatrième question, particulièrement délicate, et qui touche à la nature même de l’État.

Weber : une définition sociologique, pas une justification morale

Max Weber, sociologue allemand du tournant des 19e et 20e siècles, ne cherche pas d’abord à justifier moralement la violence d’État. Dans Le Savant et le Politique, il définit l’État par sa revendication du monopole de la violence physique légitime sur un territoire donné. C’est une définition descriptive, pas un verdict moral.

Cela signifie que dans un État moderne, la police, la justice et l’armée sont censées être les seules institutions autorisées à employer la contrainte physique ou à en déléguer l’usage. En revanche, cela ne prouve nullement que toute violence effectivement exercée par un État soit juste. La vraie question philosophique commence là : à quelles conditions cette violence est-elle légitime ? C’est ici que vous mobiliserez l’État de droit, le principe de proportionnalité et le contrôle des pouvoirs publics.

Gandhi : la fin ne justifie pas n’importe quel moyen

Gandhi, dirigeant politique indien de la même époque, oppose à cette organisation de la contrainte une exigence normative : la non-violence comme principe politique et moral. Son argument n’est pas seulement moral, il est stratégique. La violence tend à reproduire la domination qu’elle prétend combattre, elle nourrit la violence de l’adversaire et lui fournit ses justifications.

En désobéissant pacifiquement tout en acceptant la peine encourue, Gandhi met ses juges face à leurs responsabilités : ils ne peuvent plus le condamner pour des actes violents, mais seulement pour ses idées. C’est là que la résistance non violente devient une arme politique redoutable, puisqu’elle oblige les spectateurs à s’interroger sur la justesse réelle des lois. Il écrit dans Tous les hommes sont frères que la non-violence est un principe universel, et que c’est dans l’adversité que se mesure son efficacité.

Le rôle de l’État est-il de faire régner la justice ?

Dernière question, qui prolonge les précédentes et vous permet de relier la justice à la notion d’État.

Rawls, nous l’avons vu, répond oui : un État n’est pleinement légitime que s’il garantit les libertés fondamentales égales, une juste égalité des chances, et une organisation des inégalités favorable aux plus défavorisés.

Robert Nozick, son contemporain et son principal contradicteur, défend l’idée d’un État minimal. L’État ne doit intervenir que là où son intervention est strictement nécessaire : faire régner l’ordre, protéger la propriété, faire respecter les contrats. Redistribuer les richesses ne fait pas partie de ses missions, car une redistribution forcée reviendrait à disposer du travail d’autrui sans son accord. Deux libéraux, deux conceptions radicalement opposées de la justice sociale : voilà un face-à-face très efficace en troisième partie de dissertation.

Les erreurs fréquentes sur la notion de justice

La première erreur, et de loin la plus fréquente, consiste à employer légal et légitime comme des synonymes. Dès que vous écrivez l’un de ces mots, demandez-vous si vous parlez de conformité à la loi existante ou de conformité à un idéal rationnel.

La deuxième erreur consiste à traiter de la justice distributive avec des exemples de justice corrective, ou l’inverse. Punir et répartir ne posent pas les mêmes problèmes.

La troisième erreur revient à réduire la justice à la vengeance. La vengeance est une réaction personnelle, immédiate, proportionnée à la colère ; la justice suppose un tiers impartial et une mesure de la peine. Le sujet Un acte de justice ne risque-t-il pas d’être un acte de vengeance ? repose entièrement sur cette différence.

La quatrième erreur est de faire de Rawls un partisan de l’égalité stricte, ou de Rousseau un partisan de l’égalité des conditions. Rawls accepte des inégalités sous conditions hiérarchisées ; Rousseau défend l’égalité devant la loi.

La cinquième erreur consiste à lire Weber comme s’il justifiait toute violence d’État. Il la définit, il ne la bénit pas.

La dernière erreur, enfin, est de plaquer les auteurs. Citer Platon, Aristote, Rousseau et Rawls en trois paragraphes sans expliquer aucune thèse ne rapporte rien. Un auteur bien expliqué vaut toujours mieux que cinq auteurs mentionnés.

À retenir : votre checklist sur la justice

  • Deux sens à distinguer dès l’introduction : la justice comme vertu morale, la justice comme institution judiciaire.
  • Deux opérations distinctes : la justice distributive (répartir) et la justice corrective (réparer, sanctionner).
  • Deux formes d’égalité : arithmétique (la même part pour tous) et proportionnelle (selon un critère qu’il faut justifier).
  • Deux notions de droit : le droit positif (le légal) et le droit naturel (le légitime).
  • Qui décide du juste ? Platon, La République (le savoir) face à Protagoras et Aristote (la participation et la délibération).
  • Les inégalités ? Rousseau (égalité civique) face à Rawls (libertés, puis égalité des chances, puis principe de différence).
  • Obéir ou désobéir ? Spinoza (des institutions stables au service de la liberté de penser) face à Thoreau (la conscience devant une injustice précise).
  • La violence ? Weber (définition du monopole étatique) face à Gandhi (exigence de non-violence).
  • Le rôle de l’État ? Rawls (justice sociale) face à Nozick (État minimal).

Ces oppositions constituent une boîte à outils très solide. Choisissez celles qui éclairent réellement les termes précis de votre sujet, plutôt que de les réciter toutes.

FAQ sur la notion de justice

Quelle est la différence entre légal et légitime ?

Est légal ce qui est conforme au droit positif, c’est-à-dire aux lois effectivement en vigueur dans un État donné. Est légitime ce qui est conforme à un idéal de justice ou au droit naturel. Une loi peut donc être parfaitement légale et parfaitement illégitime.

La justice, est-ce l’égalité ?

Pas nécessairement. L’égalité arithmétique donne la même chose à tous ; l’égalité proportionnelle tient compte d’un critère comme le besoin, le mérite ou la contribution. Toute la difficulté consiste à justifier le critère retenu.

Quels auteurs faut-il connaître sur la justice ?

Platon et Aristote sur la légitimité à décider du juste et sur les formes de justice, Rousseau et Rawls sur l’égalité, Spinoza et Thoreau sur l’obéissance aux lois, Weber et Gandhi sur la violence, Nozick si vous traitez du rôle de l’État.

Peut-on désobéir à une loi injuste ?

C’est l’objet du débat entre Spinoza et Thoreau. Spinoza refuse que chacun s’érige en interprète des lois, car les institutions stables sont ce qui rend possible la sécurité et la liberté de penser. Thoreau soutient qu’une injustice caractérisée oblige en conscience, à condition que la désobéissance soit publique, non violente et assumée.

Quelle citation utiliser sur la justice en dissertation ?

La formule de Rousseau, « il n’y a donc point de liberté sans lois, ni où quelqu’un est au-dessus des lois », est courte, exacte et applicable à de nombreux sujets. Celle de Weber sur le monopole de la violence physique légitime est indispensable dès qu’on parle de l’État. Retenez toujours l’auteur, l’œuvre, et surtout l’explication.

Conclusion

Retenez l’essentiel. La justice se dit en deux sens, moral et institutionnel, et c’est de leur écart que naissent tous les problèmes philosophiques. Le couple légal / légitime, doublé de la distinction entre justice distributive et justice corrective, vous donne des clés applicables à presque tous les sujets. Enfin, quatre oppositions de thèses vous permettent de construire des développements solides, à condition de choisir celle qui correspond réellement à votre sujet.

Pour aller plus loin, je vous renvoie à mon article sur la notion d’État, qui complète directement celui-ci, ainsi qu’à mes fiches de révision de philosophie pour mémoriser rapidement définitions, auteurs et citations avant l’épreuve, vous pouvez les télécharger juste en dessous ou en cliquant ici. Et si vous souhaitez être accompagné toute l’année, avec une méthode complète et des corrections personnalisées, découvrez la formation Objectif 17 en philo.

J’espère que cet article vous permettra d’aborder la notion de justice avec beaucoup plus de clarté et de sérénité. Si vous voulez découvrir les autres notions cliquez-ici ou sur ce lien pour les voir en vidéos.

À bientôt

Caroline

Le voile d’ignorance de Rawls



Le Voile d'Ignorance — Test Rawlsien

Expérience de pensée

Le voile
d'ignorance

Inspiré de la théorie de la justice de John Rawls, 1971


Imaginez que vous deviez choisir les règles fondamentales de votre société sans savoir qui vous y serez. Vous ignorez votre sexe, votre classe sociale, votre origine, vos talents, vos revenus.

C'est le voile d'ignorance de Rawls : un outil pour raisonner de manière véritablement impartiale sur ce qu'est une société juste.

Répondez aux 5 questions suivantes. À la fin, votre identité vous sera révélée et vous découvrirez si vos choix vous auraient protégé ou non.

Question 1 / 5
Sous le voile


/ 5


Le voile se lève — qui étiez-vous ?

Vos réponses

« Si vous raisonnez correctement, vous choisissez de protéger les plus faibles. Non par pitié, mais par prudence. » — John Rawls

La non-violence selon Gandhi

Gandhi et la non violence

Pour Gandhi, être non-violent est une nécessité car il considère qu’être violent sert finalement le mal ou en d’autres termes encourage la violence des opposants et leur donne des raisons d’être à leur tour violent.

L’attitude de Gandhi est intéressante car on associe généralement la radicalité définie comme le fait d’aller jusqu’au bout des conséquences de ses choix ou principes, à une forme de violence, car aller jusqu’au bout paraît extrême et que l’on associe un peu vite extrême et violent. Or, précisément Gandhi est radical de manière non-violente. Il défend un idéal de justice et veut le faire de manière non-violente car il pense que la violence ne fait qu’entraîner davantage de violence. Il est alors radical dans la mesure où il se dit prêt à désobéir à la loi de manière non-violente et donc à accepter la peine encourue pour sa désobéissance. On peut alors considérer qu’il va jusqu’au bout de ses principes puisqu’il accepte en un sens de se sacrifier pour rester non violent et défendre son idéal. Il renonce à se rebeller violemment contre ce qui est pourtant injuste à ses yeux.

En étant radical, c’est-à-dire en désobéissant tout en acceptant la peine encourue pour cette désobéissance, il adopte une position de résistance pacifique qui met ceux qui doivent le juger devant leurs responsabilités. Ils ne peuvent alors pas justifier sa condamnation par ses actions violentes et doivent le condamner parce qu’ils le considèrent comme une réelle menace pour la société et parce que ses idées sont mauvaises. On peut alors considérer que la radicalité non violente sert l’action révolutionnaire car en faisant cela Gandhi peut amener les autres à réfléchir au bien fondé du système et à la réelle justesse des lois qu’ils doivent appliquer. En faisant cela, il entend éveiller les consciences ce qui est nécessaire pour qu’un réel changement de système ait lieu.

Pour davantage de contenus sur la Politique et la Justice et le droit, vous pouvez consulter cette page.

Texte de Gandhi :

« Le plus grand malheur, c’est que les Anglais et leurs associés indiens qui administrent le pays ignorent qu’ils commettent le crime dont je viens de parler. J’en ai la conviction, nombre de fonctionnaires anglais en Inde croient de bonne foi que le Gouvernement qu’ils représentent est un des meilleurs qui existent et que l’Inde progresse sûrement, si elle progresse lentement. Ils ignorent qu’un système subtil, mais efficace, de terrorisme et un déploiement organisé de forces d’une part, et la privation de tout moyen de défense d’autre part ont émasculé le peuple et l’ont conduit à la dissimulation (…)

Le paragraphe 124* du Code pénal d’après lequel j’ai le bonheur d’être accusé est au premier rang de ceux qui tendent à supprimer la liberté du citoyen. La loi ne peut donner ou régler l’affection. Si l’on n’a pas d’affection pour un homme ou pour un système, on doit être libre d’exprimer sa désaffection dans toute sa force, du moment qu’on n’a pas l’intention de se montrer violent ou d’inciter à la violence (….)

Je suis d’ailleurs convaincu d’avoir rendu service à l’Inde et à l’Angleterre, en leur montrant comment la non-coopération pouvait les faire sortir de l’existence contre nature menée par toutes deux. Àmon humble avis, la non-coopération avec le mal est un devoir tout autant que la coopération avec le bien. Seulement, autrefois, la non-coopération consistait délibérément à user de violence envers celui qui faisait le mal. J’ai voulu montrer à mes compatriotes que la non-coopération violente ne faisait qu’augmenter le mal et, le mal ne se maintenant que par la violence, qu’il fallait, si nous ne voulions pas encourager le mal, nous abstenir de toute violence.

La non-violence demande qu’on se soumette volontairement à la peine encourue pour ne pas avoir coopéré avec le mal. Je suis donc ici prêt à me soumettre d’un cœur joyeux au châtiment le plus sévère qui puisse m’être infligé pour ce qui est selon la loi un crime délibéré et qui me paraît à moi le premier devoir du citoyen. Juge, vous n’avez pas le droit, il vous faut démissionner et cesser ainsi de vous associer au mal si vous considérez que la loi que vous êtes chargé d’administrer est mauvaise et qu’en réalité je suis innocent, ou m’infliger la peine la plus sévère si vous croyez que le système et la loi que vous devez appliquer sont bons pour le peuple et que mon activité par conséquent est pernicieuse pour le bien public.»

Gandhi, Extrait de «Les 100 discours qui ont marqué le XXème siècle», choisis et présentés par Hervé Broquet, Catherine Lanneau et Simpon Petermann ». URL : https://bibliobs.nouvelobs.com/documents/20081202.BIB2573/sur-la-non-violence-par-le- mahatma-gandhi.html

Léon Bourgeois contre la méritocratie

Léon Bourgeois peut être considéré comme le chef de fil du mouvement solidariste qui prend forme en France à la fin du 19e siècle. Ces républicains et hommes politiques, cherchent alors à justifier un devoir de solidarité entre les membres d’une même société. Il s’agit de s’opposer au modèle libéral qui s’appuyant sur Darwin considère qu’il est tout à fait normal que les citoyens soient en concurrence et qu’il est très sain pour l’ensemble que s’y trouvent de fortes inégalités. Les solidarites dont Léon Bourgeois commence alors par rappeler que dans la nature la coopération et au moins aussi importante que la concurrence sinon plus importante. L’espèce humaine est une espèce qui prospère parce qu’elle a développé de grandes capacités de coopération, pas parce qu’elle est constamment en concurrence.

L’individu seul serait très faible

A partir de là, Léon Bourgeois met en évidence un autre point : un individu seul ne serait rien, il n’aurait aucune connaissance, aucun pouvoir, aucune science. Chaque individu de la société est donc d’emblée riche de tout ce que la société lui a permis d’avoir. Chaque enfant, aujourd’hui, en France bénéficie d’une éducation qui est possible parce qu’elle repose sur des siècles de connaissances, de recherches scientifiques et techniques, de culture etc … C’est pourquoi, il est possible de dire, selon lui, que chaque individu « naît débiteur de l’association humaine ». Cela signifie que chaque individu a d’emblée une dette envers la société dans laquelle il est né. Peut-on dire que nous avons tous la même dette ? Selon lui, certains ont davantage profité de l’association humaine, ils auront donc une dette plus importante que celui qui a hérité d’handicaps ou qui vient d’un milieu social défavorisé.

Contre l’idée d’un mérite individuel : il n’y a pas de méritocratie

Contrairement aux libéraux, les solidaristes vont donc critiqué l’idée que l’individu devrait sa réussite à ses efforts ou à son mérite uniquement. Ils s’opposent en cela à ce que l’on appelle aujourd’hui la méritocratie. Cela ne signifie pas qu’il n’est pour rien dans sa réussite, mais il doit admettre que la société, sa famille, son éducation, la culture dans laquelle il évolue sont pour beaucoup également dans sa réussite. Il est donc juste qu’il rende un peu de sa réussite à la société pour aider ceux qui ont moins profité des bienfaits de l’association humaine.

Cette thèse solidariste a notamment inspirée plus tard au XXe siècle, la sécurité sociale, le régime des retraites et l’idée d’un impôt sur les revenus. Toutes ces garanties et préceptes de justice sociale sont aujourd’hui menacés par l’idée de méritocratie qui voudrait à nouveau que les individus ne soient que le produit de leurs propres efforts.

Conseil de lecture :

On ne peut le considérer comme un penseur solidariste mais l’idée que la nature n’est pas simplement un lieu de concurrence est une idée très bien expliquée dans ce livre de Pablo Servigne : L’entraide : l’autre loi de la Jungle

méritocratie

Retrouvez d’autres articles sur le thème de la justice et de la liberté sur la page Cours de philosophie.

Peut-on parler d’une égalité homme femme dans la famille ?

Peut-on considérer qu'il y a une égalité homme femme dans la famille ?

Peut-on considérer qu’il y a une égalité homme femme dans la famille ? Selon Pierre Bourdieu dans la Domination masculine, nous vivons dans des sociétés organisées sur le principe de la domination masculine, c’est-à-dire que la société est avant tout organisée par, autour et pour l’homme. Cette domination est dite symbolique dans la mesure où il ne s’agit pas d’un pouvoir qui s’exercerait physiquement sous forme de contrainte ou consciemment en requérant un consentement par exemple, mais inconsciemment à travers ce que Bourdieu nomme « l’incorporation de la domination ».

La domination masculine et le pouvoir au sein de la famille.

Selon Bourdieu, l’égalité homme femme n’est pas acquise. Les femmes sont dominées dans la société parce qu’elles sont éduquées d’une manière qui tend à les diminuer, elles font notamment l’apprentissage des « vertus » négatives d’abnégation, de résignation, de silence et de dispositions dites « féminines ». Elles intériorisent cette perception d’elles-mêmes et cela influence ensuite leurs pensées, leurs actions, leurs manières de se comporter et leurs habitudes. Si bien qu’elles adoptent « d’elles-mêmes » des positions subalternes dans leurs familles comme dans leurs vies professionnelles. Ainsi, une femme pourra avoir le sentiment d’avoir une vocation pour prendre soin des enfants ou pour les métiers ayant trait au soin des autres, alors qu’il ne s’agit pas réellement d’un choix, mais plutôt du résultat de l’intégration de la domination masculine.

Cette domination symbolique va ainsi avoir des effets importants au sein des familles dans la mesure où les épouses vont alors se trouver en situation d’infériorité vis-à-vis de leurs époux. Susan Moller Okin, dans Justice, Genre et Famille, montre notamment que les femmes parce qu’elles ont choisi de s’occuper de leurs familles à temps plein ou ont choisi un métier à faible revenu pour avoir plus de temps, dépendent de leurs conjoints et ne sont donc pas en position de force pour négocier un partage des tâches domestiques plus équitable ou vont hésiter à se séparer d’un conjoint quand bien même serait-il violent, car elles se trouveraient alors sans ressource.

Selon Susan Moller Okin, la famille structurée par le genre, c’est-à-dire composée d’un homme et d’une femme ayant des rôles traditionnellement distincts, est profondément injuste et il est erroné de considérer qu’il n’est pas nécessaire d’y faire régner la justice. L’égalité homme femme est ici inexistante. Cette conception d’une famille idéale cache en réalité, à ses yeux, les rapports de domination qui s’exercent au sein de la famille et empêche une véritable interrogation sur la manière dont on pourrait rendre la famille plus juste.

Moller Okin s’intéresse particulièrement à l’institution du mariage et montre qu’il est à l’origine le plus souvent d’une plus grande vulnérabilité des femmes. En effet, elle montre que les femmes envisagent d’emblée de par leur éducation qu’elles vont être dans le mariage le parent qui s’occupera principalement des enfants, elles font donc moins d’études ou s’orientent vers des métiers spécifiques aux horaires compatibles avec l’éducation d’enfants, ce qui les rend donc par la suite plus dépendantes de leurs conjoints et plus vulnérables car elles n’ont que peu ou pas de revenu. Moller Okin met alors en évidence le cercle vicieux dans lequel sont prises les femmes : au sein de la famille, elles ont le revenu le plus faible, c’est donc tout naturellement qu’elles mettent leur vie professionnelle de côté quand des enfants arrivent, renforçant ainsi le partage traditionnel des tâches qu’elles ne remettent même pas en question puisqu’il semble fait en bonne logique.

Travail rémunéré et travail non rémunéré.

Les injustices dans la famille s’expliquent également par le fait que c’est aux femmes que revient traditionnellement le travail domestique non rémunéré, ce qui nuit à leur indépendance économique et à la reconnaissance de leur rôle social. Or, cette division du travail structurée par le genre dans la famille a des conséquences importantes sur les opportunités de vie des femmes. Selon Christine Delphy, dans L’Ennemi Principal, la famille est un lieu d’oppression pour les femmes dans la mesure où dans nos sociétés patriarcales où l’autorité est détenu par le père, le travail des femmes au sein de la famille est approprié sans contrepartie par les hommes qui en profitent et n’y participent pas. Les femmes sont exploitées, selon elle, car elles effectuent la majorité des tâches domestiques et familiales (ménage, cuisine, soins aux enfants etc) alors que ces tâches ne sont pas considérées comme un réel travail productif et donc pas rémunérées. Au contraire, le travail des femmes au sein de la famille est ignoré et méprisé alors qu’il est absolument essentiel et producteur de richesse.

Dominique Méda, dans Le temps des femmes,montre notamment que si la société a changé dans la mesure où les femmes travaillent beaucoup plus hors de la maison, cela n’a pas eu d’effets sur la division du travail. Une enquête appelée « Emploi du temps » montre ainsi qu’en France au début du XXIe siècle, 80% des tâches domestiques et des soins aux enfants reposent toujours sur les femmes. Ceci car il continue à aller de soi dans la société qu’un certain nombre de tâches incombent aux femmes naturellement, mais également parce que les réformes institutionnelles qui permettraient aux femmes de travailler tout en ayant des enfants n’ont pas été faites. Or, Méda montre que cela a des conséquences importantes sur la vie des femmes. Dans le cas des femmes au foyer, le travail domestique équivaut à un emploi non rémunéré, qui peut les occuper à toute heure, qu’elles ne peuvent pas abandonner, qui n’est absolument pas reconnu socialement et qui les rend dépendantes. Dans le cas des femmes qui travaillent et s’occupent de l’essentiel du travail domestique, cela a nécessairement des conséquences importantes sur leurs carrières professionnelles dans la mesure où elles ont « une double journée ».

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