définir en philosophie

L’importance de définir en philosophie (2)

J’ai d’abord traité de l’importance de définir en philosophie dans l’introduction de la dissertation. Mais il est également important de bien définir les termes dans le développement, notamment pour que votre argumentation progresse c’est-à-dire gagne en précision et en complexité en allant que vous progressez dans votre devoir. C’est un des critères qui fait une bonne copie.

D’une manière générale, il est important de définir les termes en philosophie car les notions dont vous allez traiter vont souvent avoir plusieurs sens possibles. En quel sens entendre liberté ou bonheur ? Cela n’est pas évident. Il va donc falloir définir précisément en quel sens vous prenez le terme à chaque moment de votre devoir afin de ne pas rester dans des généralités ou des opinions communes. Bien définir ce dont vous parlez va vous permettre de proposer une analyse du sujet et une argumentation précise.

Quand et comment définir les termes dans une dissertation de philosophie ?

Normalement vous avez déjà donné quelques définitions des termes du sujet dans l’introduction. Néanmoins, vous n’y avez sans doute pas encore donné tous les sens possibles et ça n’est pas souhaitable car cela risque d’alourdir beaucoup votre début de dissertation. Je vous renvoie à cet article qui montre que certaines notions peuvent avoir de nombreux sens. Alors comment bien définir dans le développement ? Il faut que cela fasse avancer votre argumentation.

Votre devoir doit progresser en partant des sens les plus communs ou que pourrait défendre facilement l’opinion commune. Par exemple, vous pouvez commencer un sujet sur la liberté en prenant liberté au sens où pourrait l’entendre l’opinion commune c’est-à-dire comme une capacité de faire absolument tout ce que l’on veut (liberté absolue). Évidemment il faut toujours que ces définitions soient intégrées dans votre argumentation et vous permettent de répondre au sujet. Ici encore il n’est pas utile de définir les termes si c’est pour finalement ne rien en faire. Les définitions doivent être au service de l’argumentation.

Exemple avec le sujet : « Être libre, est-ce faire ce que je désire ? »

Si vous traitez le sujet « Etre libre, est-ce faire ce que je désire ? » alors une première réponse assez commune pourra consister à dire qu’effectivement être libre c’est faire ce que l’on désire puisque l’on exerce alors sa capacité de faire tout ce que l’on désire (liberté absolue). Néanmoins, il ne faudra pas en rester à cette définition un peu simple de la liberté au risque que votre argumentation ne progresse pas et se répète. Vous pourriez ainsi dans une seconde partie envisager qu’être libre c’est être autonome c’est-à-dire être capable de se donner ses propres règles et donc capable de ne pas toujours céder à ses désirs. Alors être libre ce ne serait pas toujours faire ce que je désire. Ainsi envisager des définitions différentes et de plus en plus élaborées des termes est une très bonne façon de progresser dans votre devoir.

Définir en philosophie c’est aussi faire des distinctions conceptuelles

Par ailleurs, il est très intéressant et valorisée de préciser les notions centrales du sujet en les distinguant de ce qu’elles ne sont pas tout à fait. C’est ce que l’on appelle des distinctions conceptuelles. Il s’agit au cours de votre devoir, de montrer que le terme central du sujet semble proche d’un autre mais qu’en réalité il est possible de les distinguer et que cela permet de répondre plus précisément au sujet. Par exemple sur un sujet tel que « Le bonheur est-il un idéal inaccessible ? », il peut être intéressant de distinguer le bonheur au sens d’état de satisfaction durable et global, de l’idée de joie qui semble proche mais a en réalité un sens bien différent. La joie peut par exemple être définie comme un sentiment de satisfaction intense et éphémère ressenti après avoir réussi quelque chose qui a demandé des efforts. Il pourra alors être possible de répondre au sujet que le bonheur au sens strict n’est peut-être pas accessible mais que la joie si. Vous voyez au passage que distinguer les termes et préciser leurs sens vous permettra parfois de faire une troisième partie intéressante.

Il est essentiel de réussir sa problématique en philosophie

Comment faire une bonne problématique en philosophie ?

La problématique en philosophie est essentielle pour au moins deux raisons. D’abord, une des premières choses qu’il faut apprendre à faire en philosophie c’est remettre en question l’opinion commune c’est-à-dire la réponse qui pourrait sembler évidente, si on n’y a pas tellement réfléchi. La problématique fait cela justement, le but est de montrer que le sujet pose un véritable problème et que donc des thèses vont s’affronter sur ce sujet.

Ensuite la problématique est essentielle car c’est autour de la problématique que vous allez pouvoir construire un plan cohérent ensuite et éviter le hors sujet.

Souvent, les élèves en philosophie pensent qu’une problématique est une simple question comme ils ont pu l’apprendre en littérature ou en histoire-géo. Mais, à la différence de ces matières, en philosophie le sujet est déjà une question. Vous pouvez avoir par exemple : « Un homme libre est-il nécessairement heureux ? ».

Comment formuler une problématique sans simplement répéter le sujet ?

 La solution envisagée parfois consiste à reformuler le sujet, mais c’est une solution dangereuse car le risque est alors de mal reformuler le sujet et ainsi de le réduire ou pire de le changer complètement. Vous tombez alors dans le pire que l’on puisse faire en dissertation : le hors sujet.

La deuxième solution que je recommande consiste à formuler la problématique sous la forme d’une alternative thèse/antithèse. En effet, l’objectif est de montrer qu’il y a un problème et que des thèses argumentées s’opposent. On peut donc par exemple formuler la problématique ainsi :

« A première vue, (thèse 1) il semble bien qu’un homme libre est nécessairement heureux car si être libre c’est avoir la possibilité de faire ce que l’on souhaite alors on peut dire que la liberté nous permet d’atteindre un état de satisfaction global et durable. Mais, (thèse 2) ne pourrait-on dire au contraire qu’un homme libre n’atteint pas toujours la liberté car nous pouvons très bien être libre de faire des choix et pourtant faire de mauvais choix qui vont nous conduire au malheur. »

Vous l’aurez compris, la problématique doit donc prendre la forme d’un paragraphe dans lequel vous envisagez une première réponse possible (thèse 1) et un argument, puis une deuxième réponse (thèse 2) et son argument. Ce faisant, vous montrez bien que la réponse au sujet n’est pas évidente et que ce sujet pose un véritable problème dont il va falloir débattre dans la suite de votre devoir.

Deux points importants pour faire une bonne problématique

Il faut, d’une part, que chacune de vos thèses dans la problématique soit justifiée par un argument. Vous remarquerez que dans mon exemple chaque thèse est suivie par un « car ». Il n’est pas suffisant d’affirmer une thèse il faut justifier cette thèse.

D’autre part, il est adroit de justifier vos thèses en utilisant des arguments qui vont vous permettre dans le même temps de commencer à définir les termes du sujet. On appelle cela des arguments définition. Il s’agit de justifier notre réponse en montrant  qu’elle est justifiée par la définition des termes du sujet.

Prenons le début de la problématique ci-dessous :

« A première vue, (thèse 1) il semble bien qu’un homme libre est nécessairement heureux car si être libre c’est avoir la possibilité de faire ce que l’on souhaite (définition de la liberté comme liberté d’action) alors on peut dire que la liberté nous permet d’atteindre un état de satisfaction global et durable (définition du bonheur).

La première réponse au sujet est donc justifiée par une définition possible de la liberté comme liberté d’action. Cette façon de faire permet de formuler une problématique solide tout en évitant de simplement plaquer les définitions des termes du sujet au début de votre introduction comme s’il s’agissait de décorations. Ici, vous les intégrez en partie dans la problématique, elles sont donc immédiatement utiles.

Autre Exemples de problématiques :

Sujet : « L’obéissance est-elle incompatible avec la liberté ? »

A première vue [opinion commune], nous pourrions dire que l’obéissance est bien incompatible avec la liberté, car celui qui se plie à un ordre [définition d’obéissance] ne se détermine pas par lui-même, il n’agit donc pas tel qu’il le veut [définition liberté d’action] et il ne choisit pas entre une chose et son contraire [définition de la liberté comme libre arbitre]. On peut donc dire qu’il n’exerce pas son libre arbitre. Mais [remise en question de l’opinion commune], obéir n’est-ce pas toujours choisir d’obéir ? En effet, obéir n’est-ce pas reconnaître qu’un ordre est justifié et choisir de s’y plier [liberté comme libre arbitre] ? Nous pourrions donc dire au contraire que l’obéissance est compatible avec la liberté car obéir ça n’est pas toujours se soumettre [distinction entre deux termes qui semblent proches mais à distinguer], on ne cède pas à une force physique, on choisit d’obéir.

Sujet : « Etre libre, est ce faire ce que l’on désire ? « 

A première vue, nous pourrions dire qu’être libre c’est faire ce que l’on désire, car être libre cela signifie d’abord ne pas être contraint par qui que ce soit, c’est-à-dire ne pas être empêché physiquement d’agir [une première définition de la liberté]. Or, si nous ne sommes pas contraints nous pouvons suivre nos désirs. Mais, sommes-nous libres quand nous cédons à nos désirs ? La liberté n’est-elle pas aussi dans la loi que l’on se prescrit à soi-même ? [ définition de la liberté comme autonomie] En ce sens, céder à nos désirs qui sont des impulsions spontanées et irréfléchies [définition du désir] n’est ce pas être esclave de ses désirs ?