Qu’est-ce que la philosophie ?

Qu'est-ce que la philosophie ? Que vous soyez amenés à faire de la philosophie au lycée ou juste curieux, cette question vous a sans doute effleurée l'esprit. Afin que vous sachiez un peu à quoi vous attendre je vais tenter de clarifier ce qu'est la philosophie.

Qu’est-ce que la philosophie ? Que vous soyez amenés à faire de la philosophie au lycée ou juste curieux, cette question vous a sans doute effleurée l’esprit. Afin que vous sachiez un peu à quoi vous attendre je vais tenter de clarifier ce qu’est la philosophie.

Souvent les élèves confrontés à la philosophie en terminale, ont des présupposés sur la philosophie. Il s’agirait d’une matière plutôt ennuyeuse pratiquée par des gens un peu « perchés » et dont on se demande à quoi elle sert. On sous-entend alors souvent qu’elle pourrait bien ne servir à rien ! Alors qu’est-ce que la philosophie ? Et à quoi sert-elle ?

Des conceptions différentes selon les philosophes

Définir précisément la philosophie est une entreprise complexe car ceux qui la pratiquent en ont souvent donné des définitions différentes et ont chacun leur conception de la philosophie. Voici quelques exemples :

Aristote : “C’est à bon droit que la philosophie est appelée science de la vérité” Métaphysique

Epicure : “La philosophie n’est pas une science pure et théorique, c’est une règle pratique d’action; bien plus, elle est elle-même une action, une énergie qui procure, par des discours et des raisonnements, la vie bienheureuse” Maximes

Marc-Aurèle : “La philosophie consiste à garder ses démons intérieur  à l’abri des outrages, innocent, supérieur aux plaisirs et aux peines, ne laissant rien au hasard et surtout attendant une mort propice à la pensée” Pensées pour moi-même

Pascal : “Se moquer de la philosophie, c’est vraiment philosopher” Pensées

Descartes : “Ce mot de philosophie signifie l’étude de la sagesse et par la sagesse on entend une parfaite connaissance de toutes les choses que l’homme peut savoir, tant pour la conduite de sa vie que pour la conservation de sa santé et l’invention de tous les arts” Discours de la Méthode

Descartes : “Toute la philosophie est comme un arbre, dont les racines sont la métaphysique, le tronc est la physique, et les branches qui en sortent sont toutes les autres sciences, la médecine, la mécanique et la morale” Discours de la méthode

Kant : “La philosophie est un système de connaissance rationnelle à partir de concepts” Métaphysique des Moeurs

Schopenhauer : “La philosophie naît de notre étonnement au sujet du monde et de notre existence” Le Monde comme Volonté et comme représentation

Une première définition par l’étymologie

Le mot philosophie a une origine grec. Si on décompose le terme, philo vient du verbe philein : aimer, rechercher et sophia signifie la sagesse. La philosophie serait donc l’amour ou la recherche de la sagesse. Mais qu’est-ce que la sagesse ? Que faut-il mettre derrière cette recherche de la sagesse ? S’il est difficile de donner un définition qui vaudrait pour tous les philosophes on peut néanmoins mettre en évidence un point commun. Faire de la philosophie c’est se poser des questions sur le monde et essayer d’y répondre en utilisant sa raison.

Socrate au 5e siècle av J-C pratiquait ainsi la philosophie en posant des questions à ses interlocuteurs. Son but était alors de les pousser à remettre en question leurs opinions et préjugés, il cherchait à les faire douter, afin qu’ils commencent à chercher effectivement la vérité. Vous trouverez davantage de précisions sur la vie et démarche de Socrate dans cet article.

Cette démarche de Socrate peut être considérée comme emblématique. Les philosophes posent des questions d’ordre général dans tous les domaines et essaient ensuite d’y répondre par des arguments, en donnant des preuves ou en utilisant la logique. Sur l’argumentation en philosophie, vous pouvez consulter cet article. En ce sens, ils cherchent à élaborer des connaissances. Mais alors quelle différence faire entre la philosophie et les sciences ?

Qu’est-ce que la philosophie aujourd’hui ?

On peut d’abord remarquer que si certaines questions sont devenues spécifiquement l’affaire des sciences telles que la physique, la biologie, les mathématiques, il reste de nombreux domaines qui ne font pas l’objet d’une science au sens strict et sont l’affaire de la philosophie. Il s’agit par exemple de la philosophie morale, de la philosophie politique ou encore de la philosophie de l’esprit.

De nombreuses questions sont posées par la philosophie qui ne peuvent être réglées par un protocole scientifique. Ce sont d’anciennes questions, comme la question de savoir si les hommes sont libres, ou s’il faut avoir peur de la mort, mais de nouvelles questions apparaissent avec l’essor des technologies et l’évolution de la société. La philosophie va donc poser, par exemple, la question du respect que l’on doit ou non aux animaux et à la nature, ou va encore se demander si nous devons avoir peur du développement des intelligences artificielles.

L’origine de la science et l’épistémologie

Enfin,s’il faut effectivement distinguer la philosophie des sciences dans la mesure où la philosophie ne suit pas une méthode expérimentale particulière pour arriver à une vérité, il est intéressant de remarquer que la philosophie est à l’origine des sciences et que de grands philosophes étaient également des biologistes, des mathématiciens, des physiciens. Les domaines que l’on rattache aujourd’hui aux sciences étaient autrefois des parties de la philosophie et ne s’en sont séparés que parce qu’elles se sont précisées et ont élaboré des méthodes spécifiques.

Par ailleurs, la philosophie réfléchit encore sur les sciences, c’est ce que l’on appelle l’épistémologie. La question n’est alors pas de prouver telle ou telle hypothèse en biologie ou en physique, mais de réfléchir, par exemple, sur le rapport de la théorie scientifique avec la réalité ou sur ce qui fait qu’une science est une science.

Qu’est-ce que la philosophie ? est donc une question relativement complexe, mais si l’on peut tenter une définition, il s’agit d’une activité qui à partir d’un questionnement cherche à élaborer des connaissances en s’appuyant sur la raison dans des domaines où il ne peut pas être fait de démonstrations scientifiques.

Le bonheur est-il un idéal inaccessible ?

Le bonheur est-il un idéal inaccessible ?

Qui n’a pas déjà eu le sentiment de vouloir le bonheur, de le rechercher mais sans savoir précisément ce qui le rendrait heureux ? Selon Kant, le bonheur est un idéal inaccessible car c’est une idée indéterminée c’est-à-dire que les hommes ont en général une idée très vague de ce qui pourrait faire leur bonheur si bien qu’ils n’ont aucun plan ni aucune méthode pour y parvenir.

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Pour Kant, le bonheur désigne « un maximum de bien-être dans mon état présent et dans toute ma condition future », le problème étant de déterminer ce qui nous permettra d’atteindre ce maximum de bien-être. Or, la tâche n’est pas simple car, selon lui, il n’y a pas de méthode générale que l’on pourrait appliquer pour être heureux. C’est en ce sens qu’il dit que « le bonheur est un idéal non de la raison, mais de l’imagination », nous n’avons pas de définition précise du bonheur et de la manière dont n’importe quel humain pourrait l’atteindre.

On pourrait lui objecter que pourtant de grandes sagesses comme par exemple le stoïcisme ou l’épicurisme donnent des règles de vie qui ont précisément pour but d’aider les hommes à être plus heureux. Limiter ses désirs et ne pas tomber dans la consommation à outrance n’est-ce pas une règle de vie intéressante quand on souhaite être heureux ?  Contrôler ses pensées et ne plus être négatif n’est-ce pas une bonne manière d’atteindre le bonheur ? A cela Kant répond que ces conseils et ces règles peuvent effectivement participer à nous rendre heureux mais qu’on ne peut pas être absolument sûr que nous serons heureux si nous les suivons car seule l’expérience pourra nous dire ce qui nous rendra réellement heureux.

Le bonheur est difficile à atteindre

En somme, pour Kant, il est très difficile d’atteindre le bonheur avec certitude car même si nous imaginons que quelque chose nous rendra heureux, il se pourrait que dans les faits cela nous procure plutôt de la souffrance.

On peut prendre comme exemple le personnage de Christopher dans le film Into The Wild. Christopher sait très bien ce qu’il ne veut pas, en l’occurrence, vivre dans le même bonheur matérialiste et consumériste que ses parents. Il considère que leur bonheur est une illusion et qu’ils ne sont pas réellement heureux car ils ne font que se conformer à l’idée que la société dans laquelle ils vivent se fait du bonheur et de la réussite. Ils sont donc uniquement préoccupés de renvoyer une image de réussite aux autres.

Mais sait-il pour autant ce qui le rendra heureux ? Il croit le savoir et choisit de partir loin de la société en pleine nature pour trouver le bonheur. Mais finalement il se rend compte que la vie en pleine nature qu’il avait idéalisée n’est pas complètement le bonheur non plus et finalement il meurt empoisonné car il a consommé des baies non comestibles.

L’argument de Kant est donc qu’en réalité l’homme étant un être fini et non omniscient, il ne peut pas prévoir toutes les conséquences qu’auront ses choix. De même, Chris ne pouvait pas prévoir que partir vivre seul dans la nature, le conduirait finalement à la mort.

On ne peut donc pour Kant être absolument sûr d’atteindre le bonheur. Néanmoins, même si l’on admet que nous ne pouvons pas être certains d’atteindre le bonheur, nous pouvons du moins chercher à l’atteindre en suivant les règles de vie qui font le bonheur du plus grand nombre des hommes le plus souvent. Ce que proposent de faire notamment des stoïciens comme Sénèque, Epictète, Marc Aurèle ou d’autres sages comme Epicure.

Texte de Kant :

«  Le concept de bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu’a tout homme d’arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire en termes précis et cohérents ce que véritablement il désire et il veut. La raison en est que tous les éléments qui font partie du concept du bonheur sont dans leur ensemble empiriques, c’est-à-dire qu’ils doivent être empruntés à l’expérience, et que cependant pour l’idée du bonheur un tout absolu, un maximum de bien-être  dans mon état présent et dans toute ma condition future, est nécessaire. Or il est impossible qu’un être fini, si  perspicace et en même temps si puissant qu’on le suppose, se fasse un concept déterminé de ce qu’il veut ici véritablement. Veut-il la richesse ? Que de soucis, que d’envie, que de pièges ne peut-il pas par là attirer sur sa tête ! Veut-il beaucoup de connaissance et de lumières ? Peut-être cela ne fera-t-il que lui donner un regard plus pénétrant pour lui représenter d’une manière d’autant plus terrible les maux qui jusqu’à présent se dérobent encore  à sa vue et qui sont pourtant inévitables, ou bien que charger de plus de besoins encore ses désirs qu’il a déjà bien assez de peine à satisfaire. Veut-il une longue vie ? Qui lui répond que ce ne serait pas une longue souffrance ?  Veut-il du moins la santé ? Que de fois l’indisposition du corps a détourné d’excès où aurait fait tomber une santé parfaite, etc… Bref, il est incapable de déterminer avec une entière certitude d’après quelque principe ce qui le rendrait véritablement heureux : pour cela il lui faudrait l’omniscience. On ne peut donc pas agir, pour être heureux, d’après des principes déterminés, mais seulement d’après des conseils empiriques, qui recommandent, par exemple, un régime sévère, l’économie, la politesse, la réserve,  etc…,  toutes choses qui, selon les enseignements de l’expérience, contribuent en thèse générale pour la plus grande part au bien être. Il suit de là que les impératifs de la prudence, à parler exactement, ne peuvent commander en rien, c’est-à-dire représenter des actions de manière objective comme pratiquement nécessaires, qu’il faut les tenir plutôt pour des conseils (consilia) que pour des commandements (praecepta) de la raison : le problème qui consiste à déterminer de façon sûre et générale quelle action peut favoriser le bonheur d’un être raisonnable est un problème tout à fait insoluble ; il n’y a donc pas à cet égard d’impératif qui puisse commander, au sens strict du mot, de faire ce qui rend heureux, parce que le bonheur est un idéal non de la raison mais de l’imagination, fondé uniquement sur des principes empiriques, dont on attendrait vainement qu’ils puissent déterminer une action par laquelle serait atteinte la totalité d’une série de conséquences en réalité infinie. »

Kant, Fondements de la métaphysique de mœurs (1785)