Sigmund Freud : L’hypothèse de l’inconscient

Sigmund Freud, neurologue autrichien fondateur de la psychanalyse, fait l’hypothèse de l’Inconscient à la fin du XIXe siècle.

Sigmund Freud, neurologue autrichien fondateur de la psychanalyse, fait l’hypothèse de l’Inconscient à la fin du XIXe siècle. Il fait ainsi l’hypothèse qu’une partie de l’esprit humaine reste inconsciente et que tout être humain, qu’il soit sain ou malade, a des désirs et pensées qui sont refoulées dans l’Inconscient si ceux-ci sont en contradiction avec la morale ou émotionnellement choquants.

Il s’agirait donc d’une partie de l’esprit humain qui resterait secrète pour le l’individu lui-même.

Freud en vient à faire cette hypothèse en essayant de soigner des patients atteints d’hystérie. En effet, ces patients souffrent de troubles physiques tels que cécité, tremblement des membres, paralysie des membres, insensibilité sans que l’on puisse trouver une cause physique à leurs troubles. C’est pourquoi à l’époque où Freud commence ses recherches les personnes atteintes d’hystérie (hommes ou femmes) sont généralement considérées comme des simulatrices. Freud fait alors l’hypothèse que les troubles physiques de ces patients sont bien réels mais qu’ils ont des causes psychologiques et non physiques. C’est ce qu’il appelle des névroses c’est-à-dire que le patient souffre de troubles physiques qui ont une cause psychologique. En l’occurrence, il explique les troubles physiques par l’existence d’un conflit psychique important chez le patient. Il s’agit, selon lui, d’un conflit inconscient entre des désirs ou chocs refoulés qui veulent se manifester à la conscience et le Surmoi c’est-à-dire le censeur moral du Sujet, qui repousse ces désirs dans l’inconscient. On peut donc considérer que ces pensées et désirs sont des secrets que le patient cache aux autres voire dont il n’a lui même pas conscience.

En effet, au début de ses travaux, Freud pense que les troubles du patient sont causés par des secrets que le patient cache intentionnellement.

« (…) il s’agit surtout pour moi de deviner le secret du patient et de le lui lancer au visage. Il est généralement obligé de renoncer à le nier ». (S. Freud (1895), Psychothérapie de l’hystérie, in Études sur l’hystérie, Paris, PUF, 1981)

Sigmund Freud et la psychanalyse :

La démarche du médecin consiste alors à faire parler le patient afin qu’il trahisse en partie  son secret. Le médecin peut alors deviner le secret et obliger le patient à l’admettre ce qui, selon Sigmund Freud,  guérirait les troubles car en faisant revenir à la conscience puis revivre au patient ce qu’il a refoulé, il sera alors capable de l’accepter. Freud conçoit donc dans un premier temps le travail du médecin comme une lutte pour faire dire au patient le secret qu’il cache.

« Dès le début, je soupçonnais que Fräulen Elisabeth devait connaître les motifs de sa maladie, donc qu’elle renfermait dans son conscient non point un corps étranger, mais seulement un secret » (Freud S et Breuer J., 1895, Etudes sur l’hystérie, Paris, P.U.F., 2000). Il admettra s’être trompé ensuite sur ce point.

Freud admettra ensuite s’être trompé sur ce point et fera au contraire l’hypothèse que certains secrets sont inconscients pour le patient lui-même. Or, ce serait précisément ces secrets inconscients qui en cherchant à revenir à la conscience seraient, selon lui, cause des troubles physiques du patient. En effet, le secret n’arrivant pas à se manifester et étant à nouveau refoulé dans l’inconscient par le Surmoi, réussirait néanmoins à se manifester mais de manière physique en occasionnant les troubles que Freud dépeint dans ses études sur l’hystérie. Freud en vient donc à distinguer deux types de secrets, d’une part les secrets interpersonnels c’est-à-dire les secrets que le sujet connaît mais qu’il ne partage pas avec autrui et, d’autre part, les secrets intrapsychiques ou inconscient que le Sujet ignore lui-même. 

« Chez un névropathe, il y a un secret pour sa propre conscience ; chez le criminel, il n’y a de secret que pour vous ; chez le premier existe une ignorance réelle (…) ; chez le dernier il n’y a qu’une simulation de l’ignorance ». (Freud S., 1906, « La Psychanalyse et l’établissement des faits en matière judiciaire par une méthode diagnostique », in Essais de Psychanalyse appliquée, Paris, Gallimard, 1976)

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Freud distingue, par ailleurs, le cas des patients malades qui ont des troubles physiques importants et le cas des individus sains qui ont eux aussi des manifestations inconscientes qui prennent la forme d’actes manqués, de lapsus ou qui se manifestent dans les rêves. Il se donne alors pour objectif lors de la cure psychanalytique de lire « le sens secret » de ces manifestations de l’inconscient qui sont un révélateur de « la pensée secrète » de celui qui les effectue. La cure psychanalytique consiste alors à faire beaucoup parler le patient afin qu’il finisse par laisser son inconscient s’exprimer dans ses paroles. Le rôle du psychanalyste consiste alors à relever les paroles particulièrement significatives du patient et à lui poser des questions sur ce qui lui semble être une manifestation de l’inconscient. Le patient peut alors être conduit par le psychanalyste à reprendre conscience des événements, désirs ou pensées qu’il a refoulé et se trouvera ainsi libéré du conflit psychique, ce qui fera cesser les troubles physiques.

Par la suite, Freud insistera sur l’idée que la levée des secrets ne doit pas nécessairement passer par la parole car l’inconscient se manifeste aussi très largement par le corps.

« Celui qui a des yeux pour voir et des oreilles pour entendre constate que les mortels ne peuvent cacher aucun secret. Celui dont les lèvres se taisent bavarde avec le bout des doigts ; il se trahit par tous les pores. C’est pourquoi la tâche de rendre conscientes les parties les plus dissimulées de l’âme est parfaitement réalisable ». (Freud S., 1905, « Fragments d’une analyse d’hystérie : Dora », in Cinq psychanalyses, P.U.F., 1999)

En définitive, Freud a montré que les secrets contenus dans l’Inconscient du Sujet pouvaient causer des troubles et pathologies importantes. Il participe ainsi à l’idée que garder certains secrets peut être nocif pour l’individu et qu’il est préférable de se libérer de ces secrets afin d’être en meilleur santé. Dans le cas présent, pour se libérer d’un trauma ou d’un désir refoulé, l’individu doit suivre une psychanalyse afin de reprendre conscience de ce qu’il a inconsciemment refoulé.

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Texte de Sigmund Freud :

On nous conteste de tous côtés le droit d’admettre un psychique inconscient et de travailler scientifiquement avec cette hypothèse. Nous pouvons répondre à cela que l’hypothèse de l’inconscient est nécessaire et légitime, et que nous possédons de multiples preuves de l’existence de l’inconscient. Elle est nécessaire, parce que les données de la conscience sont extrêmement lacunaires ; aussi bien chez l’homme sain que chez le malade, et il se produit fréquemment des actes psychiques qui, pour être expliqués, présupposent d’autres actes qui, eux, ne bénéficient pas du témoignage de la conscience. Ces actes ne sont pas seulement les actes manqués et les rêves, chez l’homme sain, et tout ce qu’on appelle symptômes psychiques et phénomènes compulsionnels chez le malade ; notre expérience quotidienne la plus personnelle nous met en présence d’idées qui nous viennent sans que nous en connaissions l’origine, et de résultats de pensée dont l’élaboration nous est demeurée cachée. Tous ces actes conscients demeurent incohérents et incompréhensibles si nous nous obstinons à prétendre qu’il faut bien percevoir par la conscience tout ce qui se passe en nous en fait d’actes psychiques ; mais ils s’ordonnent dans un ensemble dont on peut montrer la cohérence, si nous interpolons les actes inconscients inférés. Or, nous trouvons dans ce gain de sens et de cohérence une raison, pleinement justifiée, d’aller au-delà de l’expérience immédiate. Et s’il s’avère de plus que nous pouvons fonder sur l’hypothèse de l’inconscient une pratique couronnée de succès, par laquelle nous influençons, conformément à un but donné, le cours de processus conscients, nous aurons acquis, avec ce succès, une preuve incontestablement de l’existence de ce dont nous avons fait l’hypothèse. L’on doit donc se ranger à l’avis que ce n’est qu’au prix d’une prétention intenable que l’on peut exiger que tout ce qui se produit dans le domaine psychique doive aussi être connu de la conscience.

Sigmund Freud, Métapsychologie, §1.

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