L'Inconscient en philosophie

La notion d’inconscient en philosophie

Bienvenue dans cet article, dans lequel je vais vous présenter la notion d’inconscient, qui est l’une des dix-sept notions du programme de philosophie en terminale.

Je vais d’abord faire un point sur la manière dont on peut définir cette notion, car il y a en réalité plusieurs types d’inconscient qu’il faut bien distinguer. Puis, je vais passer en revue quelques grandes questions possibles sur l’inconscient en montrant comment on pourrait y répondre à l’aide d’auteurs classiques.

De manière générale, l’inconscient désigne l’ensemble des phénomènes psychiques qui échappent à la conscience. C’est tout ce qui se passe dans notre esprit sans que nous en ayons connaissance.

Si l’on précise il faut distinguer deux conceptions différentes de l’inconscient.

Il y a d’abord l’Inconscient psychique qui est un concept de Freud. Ce psychanalyste et médecin autrichien du XIXe-XXe siècle fait l’hypothèse qu’il y a une partie de notre esprit qui contient tous nos désirs et pulsions refoulés par le Surmoi. Le Surmoi, c’est en quelque sorte notre conscience morale intériorisée. Quand un désir est jugé inacceptable moralement ou émotionnellement intolérable, il est refoulé dans l’Inconscient. Il ne disparaît pas pour autant : il continue d’agir à notre insu.

Freud distingue ainsi trois instances dans l’appareil psychique : le Ça (nos pulsions qui cherchent la satisfaction immédiate), le Moi (l’instance rationnelle qui compose avec la réalité) et le Surmoi (la conscience morale intériorisée).

Ensuite, il y a l’inconscient cognitif, c’est-à-dire le fait que certains de nos actes sont faits de manière automatique, sans que nous en ayons conscience. C’est de cette forme d’inconscient dont parle Bergson. Quand vous conduisez votre voiture sans penser à chaque geste, ou quand vous tapez sur un clavier sans regarder les touches, c’est de l’inconscient cognitif. Cet inconscient est de plus en plus reconnu par les scientifiques.

Bien, à présent, quels sont les grands problèmes philosophiques qui peuvent être posés sur la question de l’inconscient ? Je vais vous en donner quelques uns parmi les plus importants avec quelques réponses classiques.

Premier sujet : L’IDÉE D’INCONSCIENT EXCLUT-ELLE L’IDÉE DE LIBERTÉ ?

Freud fait l’hypothèse de l’Inconscient à la fin du XIXe siècle. Il défend que tout être humain, qu’il soit sain ou malade, a des désirs, des pensées, des traumatismes qui sont refoulés dans l’Inconscient lorsqu’ils entrent en contradiction avec la morale ou sont émotionnellement intolérables. Il y aurait donc une partie de notre esprit qui resterait secrète pour nous-mêmes.

Cette hypothèse fait scandale à son époque, car elle remet en question l’idée que les êtres humains sont capables de maîtriser leurs pensées. Avec l’hypothèse de l’inconscient, il faut admettre que nous ne sommes pas totalement maîtres de notre esprit.  Comme le dit Freud : « Le moi n’est pas maître dans sa propre maison ». On comprend alors pourquoi l’inconscient peut sembler menacer la liberté : si nos choix sont influencés par des désirs dont nous n’avons même pas conscience, sommes-nous réellement libres ?

Néanmoins, À cette première thèse, on peut opposer la position de Bergson, philosophe français du XIXe-XXe siècle, qui défend que l’inconscient n’exclut pas du tout la liberté.

Pour Bergson, l’inconscient, c’est ce qui en nous prend en charge tout ce qui devient habituel ou automatique. Ce sont les pensées ou actions que nous faisons sans en avoir conscience. Mais nous restons libres, et ce pour plusieurs raisons.

D’abord, selon lui, quand nous devons faire un choix important, nous sommes particulièrement conscients. Par exemple, au moment où vous devez décider de votre orientation post bac ou prendre une décision qui aura de nombreuses conséquences dans le futur alors vous faites particulièrement attention, votre conscience est toute dédiée à la réflexion et à l’anticipation des conséquences de votre choix.

Ensuite, même une habitude devenue inconsciente a d’abord commencé par un choix conscient. Et oui, même si vous avez l’habitude de manger du chocolat avec votre café à tel point que cela se fait automatiquement, il y a néanmoins eu une première fois à ce comportement et cette fois là au moins, vous avez choisi de le faire.

Enfin, pour Bergson, le fait de faire des choses en mode automatique nous libère du temps et de l’énergie pour faire autre chose. Prenez l’exemple du pianiste virtuose. Quand il joue, il ne pense plus à chaque note : ses doigts savent où aller. Ces automatismes lui permettent de se concentrer sur l’interprétation, l’expression, le phrasé. On pourrait alors défendre que dans ce cas l’inconscient  augmente les possibilités de l’artiste. En ce sens, loin de nous enchaîner, cet inconscient cognitif nous libère.

Deuxième grand problème : Peut-il y avoir une science de l’inconscient ?

Cela peut paraître paradoxal : comment avoir une connaissance scientifique de ce qui, par définition, n’est pas connu de nous ? Pourtant, Freud défend que l’hypothèse de l’inconscient est bien une hypothèse scientifique  et pour ce faire Il avance deux arguments principaux.

Premier argument, la justification théorique : les données de la conscience sont, dit Freud, « lacunaires ». Nous observons des phénomènes – rêves, lapsus, actes manqués, symptômes névrotiques – qui semblent dépourvus de sens. L’hypothèse de l’inconscient permet de leur donner une cohérence en les rattachant à des causes psychiques refoulées. Par exemple, des troubles physiques sans cause physique apparente peuvent être expliqués par un conflit inconscient.

Deuxième argument, la justification pratique : c’est ce que Freud appelle la « preuve par les effets ». Si la psychanalyse parvient à guérir des patients en leur faisant prendre conscience de désirs refoulés, cela prouverait l’existence de ces contenus inconscients.

« On nous conteste de tous côtés le droit d’admettre un psychique inconscient et de travailler scientifiquement avec cette hypothèse. Nous pouvons répondre à cela que l’hypothèse de l’inconscient est nécessaire et légitime, et que nous possédons de multiples preuves de l’existence de l’inconscient. »

Freud, Métapsychologie

À cette thèse, on peut opposer la critique de Karl Popper, philosophe des sciences du XXe siècle. Popper est un épistémologue : il réfléchit à ce qui fait qu’une science est bien une science.

Pour Popper, une théorie n’est scientifique que si elle peut être réfutée par l’expérience. Il doit être possible de montrer qu’elle est fausse. Si la théorie ou l’hypothèse ne peut jamais être réfutée alors ça n’est pas une hypothèse scientifique.

Or, la psychanalyse semble précisément être dans ce cas. Prenons l’exemple du complexe d’Œdipe : si une personne dit qu’elle n’a jamais fait de complexe d’Œdipe, le psychanalyste peut simplement répondre qu’elle l’a refoulé. La tentative de réfutation se transforme en validation de la théorie. Si le patient accepte l’interprétation, c’est qu’elle est vraie. S’il la refuse, c’est une « résistance » qui confirme encore la théorie.

D’une manière générale, toute personne qui veut défendre que l’inconscient n’existe pas peut se voir répondre qu’elle n’en a pas conscience car elle l’a refoulé. Rien ne peut donc réfuter l’hypothèse de l’inconscient. C’est pourquoi, pour Popper, la psychanalyse n’est pas une science à proprement parler, mais plutôt une pseudo-science.

 
Troisième et dernier problème : Suis-je responsable de ce dont je n’ai pas conscience ?

Pour Sartre, philosophe français du XXe siècle, la réponse est oui, absolument. L’homme est libre, tous les choix qu’il fait sont libres. Quelqu’un qui dit pour s’excuser qu’il ne « s’est pas rendu compte » ou « n’était pas conscient de ses actes » se trouve des excuses.

Sartre fait même une critique logique du refoulement freudien : pour refouler un désir, il faut d’abord en avoir conscience. Comment la « censure » freudienne pourrait-elle rejeter hors de la conscience un désir qu’elle ne connaîtrait pas ? Le refoulement suppose donc une conscience de ce qu’on refoule, ce qui est contradictoire.

Pour Sartre, ce que Freud explique par le refoulement s’explique en réalité par la « mauvaise foi ». La mauvaise foi, c’est se mentir à soi-même, faire semblant de ne pas savoir ce qu’on sait très bien. L’homme est libre, mais cette liberté l’angoisse, et il préfère se raconter des histoires pour fuir sa responsabilité.

« L’existentialiste ne croit pas à la puissance de la passion. Il pense que l’homme est responsable de sa passion. Si nous avons défini la situation de l’homme comme un choix libre, sans excuses et sans secours, tout homme qui se réfugie derrière l’excuse de ses passions, tout homme qui invente un déterminisme est un homme de mauvaise foi. »

Sartre, L’existentialisme est un humanisme

On pourrait néanmoins nuancer la position de Sartre. Être responsable, c’est être capable de répondre de ses actes. Cela suppose donc qu’on en ait eu conscience. Si on n’a pas conscience de ce qu’on a fait, on ne peut pas expliquer pourquoi on l’a fait.

C’est pourquoi le Code pénal français prévoit que n’est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d’un trouble psychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes. Le droit reconnaît donc que la conscience est une condition de la responsabilité.

J’espère que cet article vous permettra de mieux cerner les grandes questions que vous allez rencontrer sur la notion de d’inconscient. Pour davantage d’articles sur la philosophie et le programme de terminale : cliquez ici et si vous voulez voir les notions en vidéos c’est ici !

A bientôt,

Caroline

Episode 11 : L’hypothèse de l’inconscient selon Freud

Cliquez ici pour l’écouter sur Spotify ou sur Itunes.

Freud, neurologue autrichien fondateur de la psychanalyse, fait l’hypothèse de l’Inconscient à la fin du XIXe siècle.

Sigmund Freud, neurologue autrichien fondateur de la psychanalyse, fait l’hypothèse de l’Inconscient à la fin du XIXe siècle. Il fait ainsi l’hypothèse qu’une partie de l’esprit humaine reste inconsciente et que tout être humain, qu’il soit sain ou malade, a des désirs, pensées, chocs qui sont refoulées dans l’Inconscient si ceux-ci sont en contradiction avec la morale ou émotionnellement intolérables. Il s’agirait donc d’une partie de l’esprit humain qui resterait secrète pour le Sujet lui-même.

Freud en vient à faire cette hypothèse en essayant de soigner des patients atteints d’hystérie. En effet, ces patients souffrent de troubles physiques tels que cécité, tremblement, paralysie des membres, insensibilité physique sans que l’on puisse trouver une cause physique à leurs troubles. C’est pourquoi à l’époque où Freud commence ses recherches les personnes atteintes d’hystérie (hommes ou femmes) sont généralement considérées comme des simulatrices.

Les névroses selon Freud

Freud fait alors l’hypothèse que les troubles physiques de ces patients sont bien réels mais qu’ils ont des causes psychologiques et non physiques. C’est ce qu’il appelle des névroses c’est-à-dire que le patient souffre de troubles physiques qui ont une cause psychologique. En l’occurrence, il explique les troubles physiques par l’existence d’un conflit psychique important chez le patient. Il s’agit, selon lui, d’un conflit inconscient entre des désirs ou chocs refoulés qui veulent se manifester à la conscience et le Surmoi c’est-à-dire le censeur moral du Sujet, qui repousse ces désirs dans l’inconscient. En effet, Les symptômes physiques apparaissent parce que selon Freud, ce qui est refoulé tend à revenir à la conscience et se heurtent alors au Surmoi de l’individu qui ne les laisse pas revenir à la conscience. C’est alors ce conflit psychique s’il est important qui va produire des troubles physiques ou comportementaux. Parmi ces troubles, il y a l’hystérie que nous avons vu mais également les névroses phobiques et les névroses obsessionnelles.

L’hypothèse de l’inconscient est contestée

Cette hypothèse de Freud fait scandale et provoque le rejet d’une grande partie des médecins de son époque qui n’envisagent pas qu’un symptôme physique puisse avoir une cause psychique. Plus encore cette hypothèse de l’inconscient choque car elle remet en question l’idée que les êtres humains sont capables de maitriser leurs pensées. Avec l’hypothèse de l’inconscient, il faut admettre que nous ne sommes pas totalement maitre de notre esprit, une partie nous échappe.

Freud fait cette hypothèse et entreprend donc d’essayer de soigner ces patients. Pour cela il va fonder et faire évoluer la psychanalyse. En effet, au début de ses travaux, Freud pense que les troubles du patient sont causés par des secrets que le patient cache intentionnellement.

Il dit ainsi dans Psychothérapie de l’hystérie :

« (…) il s’agit surtout pour moi de deviner le secret du patient et de le lui lancer au visage. Il est généralement obligé de renoncer à le nier ».

La démarche du médecin consiste alors à faire parler le patient afin qu’il trahisse en partie  son secret. Le médecin pourra alors deviner le secret et obliger le patient à l’admettre ce qui  guérirait les troubles. Freud conçoit donc dans un premier temps le travail du médecin comme une lutte pour faire dire au patient le secret qu’il cache. Il dit dans Etude sur l’hystérie à propos d’une de ses patientes :

« Dès le début, je soupçonnais que Fräulen Elisabeth devait connaître les motifs de sa maladie, donc qu’elle renfermait dans son conscient non point un corps étranger, mais seulement un secret »  

Freud admettra ensuite s’être trompé sur ce point et fera au contraire l’hypothèse que certains secrets sont inconscients pour le patient lui-même. Or, ce serait précisément ces secrets inconscients qui en cherchant à revenir à la conscience seraient, selon lui, cause des troubles physiques du patient. En effet, le secret n’arrivant pas à se manifester et étant à nouveau refoulé dans l’inconscient par le Surmoi, réussirait néanmoins à se manifester mais de manière physique en occasionnant les troubles que Freud dépeint dans ses études sur l’hystérie. Freud en vient donc à distinguer deux types de secrets, d’une part les secrets interpersonnels c’est-à-dire les secrets que le sujet connaît mais qu’il ne partage pas avec autrui et, d’autre part, les secrets intrapsychiques ou inconscient que le Sujet ignore lui-même. 

Il dit ainsi dans ses Essais de psychanalyse appliquée :

« Chez un névropathe, il y a un secret pour sa propre conscience ; chez le criminel, il n’y a de secret que pour vous ; chez le premier existe une ignorance réelle (…) ; chez le dernier il n’y a qu’une simulation de l’ignorance ».

L’inconscient se manifeste aussi chez l’individu sain

Freud distingue, par ailleurs, le cas des patients malades qui ont des troubles physiques importants et le cas des individus sains qui ont eux aussi des manifestations inconscientes qui prennent la forme d’actes manqués, de lapsus ou qui se manifestent dans les rêves. Il se donne alors pour objectif lors de la cure psychanalytique de lire « le sens secret » de ces manifestations de l’inconscient qui sont un révélateur de « la pensée secrète » de celui qui les effectue. La cure psychanalytique consiste alors à faire beaucoup parler le patient afin qu’il finisse par laisser son inconscient s’exprimer dans ses paroles. Le rôle du psychanalyste consiste alors à relever les paroles particulièrement significatives du patient et à lui poser des questions sur ce qui lui semble être une manifestation de l’inconscient du patient. Ce dernier peut alors être conduit par le psychanalyste à reprendre conscience des événements, désirs ou pensées qu’il a refoulé. C’est en revivant ses émotions ou désirs au moment où ils reviennent à la conscience, qu’il pourra les accepter aidé du psychanalyste. Cette acceptation empêche alors le refoulement et le patient se trouve ainsi libéré du conflit psychique, ce qui fait cesser les troubles physiques.

Ainsi, Freud a montré que les désirs, pensées, chocs contenus dans l’Inconscient du Sujet pouvaient causer des troubles et pathologies importantes et il a proposé un procédé pour soigner ces patients. Cette hypothèse de l’inconscient a suscité beaucoup de réactions et d’opposition, mais cela sera l’occasion d’un prochain épisode.

Voilà pour cet épisode sur l’hypothèse de l’inconscient de Freud, j’espère qu’il vous aura intéressé. Si vous voulez davantage de conseils ou contenus philosophique je vous invite à consulter ma chaine Youtube Apprendre la philosophie ou la page de ce blog Cours de philosophie.

Très bonne journée à vous

Sigmund Freud : L’hypothèse de l’inconscient

Sigmund Freud, neurologue autrichien fondateur de la psychanalyse, fait l’hypothèse de l’Inconscient à la fin du XIXe siècle.

Sigmund Freud, neurologue autrichien fondateur de la psychanalyse, fait l’hypothèse de l’Inconscient à la fin du XIXe siècle. Il fait ainsi l’hypothèse qu’une partie de l’esprit humaine reste inconsciente et que tout être humain, qu’il soit sain ou malade, a des désirs et pensées qui sont refoulées dans l’Inconscient si ceux-ci sont en contradiction avec la morale ou émotionnellement choquants.

Il s’agirait donc d’une partie de l’esprit humain qui resterait secrète pour le l’individu lui-même.

Freud en vient à faire cette hypothèse en essayant de soigner des patients atteints d’hystérie. En effet, ces patients souffrent de troubles physiques tels que cécité, tremblement des membres, paralysie des membres, insensibilité sans que l’on puisse trouver une cause physique à leurs troubles. C’est pourquoi à l’époque où Freud commence ses recherches les personnes atteintes d’hystérie (hommes ou femmes) sont généralement considérées comme des simulatrices. Freud fait alors l’hypothèse que les troubles physiques de ces patients sont bien réels mais qu’ils ont des causes psychologiques et non physiques. C’est ce qu’il appelle des névroses c’est-à-dire que le patient souffre de troubles physiques qui ont une cause psychologique. En l’occurrence, il explique les troubles physiques par l’existence d’un conflit psychique important chez le patient. Il s’agit, selon lui, d’un conflit inconscient entre des désirs ou chocs refoulés qui veulent se manifester à la conscience et le Surmoi c’est-à-dire le censeur moral du Sujet, qui repousse ces désirs dans l’inconscient. On peut donc considérer que ces pensées et désirs sont des secrets que le patient cache aux autres voire dont il n’a lui même pas conscience.

En effet, au début de ses travaux, Freud pense que les troubles du patient sont causés par des secrets que le patient cache intentionnellement.

« (…) il s’agit surtout pour moi de deviner le secret du patient et de le lui lancer au visage. Il est généralement obligé de renoncer à le nier ». (S. Freud (1895), Psychothérapie de l’hystérie, in Études sur l’hystérie, Paris, PUF, 1981)

Sigmund Freud et la psychanalyse :

La démarche du médecin consiste alors à faire parler le patient afin qu’il trahisse en partie  son secret. Le médecin peut alors deviner le secret et obliger le patient à l’admettre ce qui, selon Sigmund Freud,  guérirait les troubles car en faisant revenir à la conscience puis revivre au patient ce qu’il a refoulé, il sera alors capable de l’accepter. Freud conçoit donc dans un premier temps le travail du médecin comme une lutte pour faire dire au patient le secret qu’il cache.

« Dès le début, je soupçonnais que Fräulen Elisabeth devait connaître les motifs de sa maladie, donc qu’elle renfermait dans son conscient non point un corps étranger, mais seulement un secret » (Freud S et Breuer J., 1895, Etudes sur l’hystérie, Paris, P.U.F., 2000). Il admettra s’être trompé ensuite sur ce point.

Freud admettra ensuite s’être trompé sur ce point et fera au contraire l’hypothèse que certains secrets sont inconscients pour le patient lui-même. Or, ce serait précisément ces secrets inconscients qui en cherchant à revenir à la conscience seraient, selon lui, cause des troubles physiques du patient. En effet, le secret n’arrivant pas à se manifester et étant à nouveau refoulé dans l’inconscient par le Surmoi, réussirait néanmoins à se manifester mais de manière physique en occasionnant les troubles que Freud dépeint dans ses études sur l’hystérie. Freud en vient donc à distinguer deux types de secrets, d’une part les secrets interpersonnels c’est-à-dire les secrets que le sujet connaît mais qu’il ne partage pas avec autrui et, d’autre part, les secrets intrapsychiques ou inconscient que le Sujet ignore lui-même. 

« Chez un névropathe, il y a un secret pour sa propre conscience ; chez le criminel, il n’y a de secret que pour vous ; chez le premier existe une ignorance réelle (…) ; chez le dernier il n’y a qu’une simulation de l’ignorance ». (Freud S., 1906, « La Psychanalyse et l’établissement des faits en matière judiciaire par une méthode diagnostique », in Essais de Psychanalyse appliquée, Paris, Gallimard, 1976)

Freud distingue, par ailleurs, le cas des patients malades qui ont des troubles physiques importants et le cas des individus sains qui ont eux aussi des manifestations inconscientes qui prennent la forme d’actes manqués, de lapsus ou qui se manifestent dans les rêves. Il se donne alors pour objectif lors de la cure psychanalytique de lire « le sens secret » de ces manifestations de l’inconscient qui sont un révélateur de « la pensée secrète » de celui qui les effectue. La cure psychanalytique consiste alors à faire beaucoup parler le patient afin qu’il finisse par laisser son inconscient s’exprimer dans ses paroles. Le rôle du psychanalyste consiste alors à relever les paroles particulièrement significatives du patient et à lui poser des questions sur ce qui lui semble être une manifestation de l’inconscient. Le patient peut alors être conduit par le psychanalyste à reprendre conscience des événements, désirs ou pensées qu’il a refoulé et se trouvera ainsi libéré du conflit psychique, ce qui fera cesser les troubles physiques.

Par la suite, Freud insistera sur l’idée que la levée des secrets ne doit pas nécessairement passer par la parole car l’inconscient se manifeste aussi très largement par le corps.

« Celui qui a des yeux pour voir et des oreilles pour entendre constate que les mortels ne peuvent cacher aucun secret. Celui dont les lèvres se taisent bavarde avec le bout des doigts ; il se trahit par tous les pores. C’est pourquoi la tâche de rendre conscientes les parties les plus dissimulées de l’âme est parfaitement réalisable ». (Freud S., 1905, « Fragments d’une analyse d’hystérie : Dora », in Cinq psychanalyses, P.U.F., 1999)

En définitive, Freud a montré que les secrets contenus dans l’Inconscient du Sujet pouvaient causer des troubles et pathologies importantes. Il participe ainsi à l’idée que garder certains secrets peut être nocif pour l’individu et qu’il est préférable de se libérer de ces secrets afin d’être en meilleur santé. Dans le cas présent, pour se libérer d’un trauma ou d’un désir refoulé, l’individu doit suivre une psychanalyse afin de reprendre conscience de ce qu’il a inconsciemment refoulé.

Pour davantage de contenus sur le thème de l’inconscient, vous pouvez consulter la page Cours de philosophie.

Texte de Sigmund Freud :

On nous conteste de tous côtés le droit d’admettre un psychique inconscient et de travailler scientifiquement avec cette hypothèse. Nous pouvons répondre à cela que l’hypothèse de l’inconscient est nécessaire et légitime, et que nous possédons de multiples preuves de l’existence de l’inconscient. Elle est nécessaire, parce que les données de la conscience sont extrêmement lacunaires ; aussi bien chez l’homme sain que chez le malade, et il se produit fréquemment des actes psychiques qui, pour être expliqués, présupposent d’autres actes qui, eux, ne bénéficient pas du témoignage de la conscience. Ces actes ne sont pas seulement les actes manqués et les rêves, chez l’homme sain, et tout ce qu’on appelle symptômes psychiques et phénomènes compulsionnels chez le malade ; notre expérience quotidienne la plus personnelle nous met en présence d’idées qui nous viennent sans que nous en connaissions l’origine, et de résultats de pensée dont l’élaboration nous est demeurée cachée. Tous ces actes conscients demeurent incohérents et incompréhensibles si nous nous obstinons à prétendre qu’il faut bien percevoir par la conscience tout ce qui se passe en nous en fait d’actes psychiques ; mais ils s’ordonnent dans un ensemble dont on peut montrer la cohérence, si nous interpolons les actes inconscients inférés. Or, nous trouvons dans ce gain de sens et de cohérence une raison, pleinement justifiée, d’aller au-delà de l’expérience immédiate. Et s’il s’avère de plus que nous pouvons fonder sur l’hypothèse de l’inconscient une pratique couronnée de succès, par laquelle nous influençons, conformément à un but donné, le cours de processus conscients, nous aurons acquis, avec ce succès, une preuve incontestablement de l’existence de ce dont nous avons fait l’hypothèse. L’on doit donc se ranger à l’avis que ce n’est qu’au prix d’une prétention intenable que l’on peut exiger que tout ce qui se produit dans le domaine psychique doive aussi être connu de la conscience.

Sigmund Freud, Métapsychologie, §1.

Bergson, l’inconscient : obstacle à la liberté ?

Bergson défend que nos actions et nos pensées ont tendance à devenir des automatismes, c'est-à-dire qu'elles sont prises en charges par l'inconscient.

Bergson, philosophe français du XXe siècle, défend dans l’Energie spirituelle, que nos actions et nos pensées ont tendance à devenir des automatismes, c’est-à-dire qu’elles deviennent inconscientes. Selon lui, notre conscience est limitée et ne peut prendre en charge une quantité infinie de données ou d’actions. Il y a donc un moment où c’est l’inconscient qui prend le relais.

La conscience est liberté

Selon Bergson, les moments où nous sommes le plus conscient sont notamment les moments où nous devons apprendre quelque chose de nouveau. On peut penser, par exemple, à l’apprentissage d’un instrument ou encore à l’apprentissage de la conduite. Chacun se souvient à quel point, il fût d’abord difficile de coordonner nos différents mouvements lors de nos premières leçons de conduite. La difficulté était alors que nous devions faire réellement attention à nos différents mouvements et que notre conscience était saturée. Nous avions du mal à faire attention à tout et cela nous demandait beaucoup d’énergie. Mais cette difficulté s’efface dès lors que nos mouvements deviennent habituels, alors c’est l’inconscient qui prend en charge ces mouvements et ils deviennent automatiques c’est-à-dire que nous pouvons les réaliser sans y faire attention et en faisant autre chose en même temps, par exemple, parler à quelqu’un.

Un autre moment où nous restons particulièrement conscients, selon lui, sont les moments de « crises intérieures » c’est-à-dire les moments où nous devons faire un choix important pour notre avenir et où nous avons clairement conscience que la décision que nous allons prendre aura des conséquences pour nous. Alors, nous essayons d’anticiper les conséquences de nos choix et nous sommes le plus attentifs possibles afin de faire le meilleur choix possible. Dans cette situation nos pensées et nos actes sont pleinement conscients, mais en dehors de ces moments le plus gros de nos actions et pensées relèvent davantage d’automatismes et d’habitude c’est-à-dire de notre inconscient.

Quelle liberté nous reste-t-il dans cette situation ?

Le fait que la majorité de nos pensées et actions soient inconscientes et de l’ordre de l’automatisme peut nous faire gagner une certaine liberté d’action car alors il est possible de faire plusieurs choses en même temps par exemple. Mais, dans le même temps, nous perdons notre libre arbitre car quand nos actions ou pensées sont automatiques, il ne nous est plus possible de les choisir, cela se fait tout seul. C’est pourquoi en ce sens l’inconscient est plutôt un obstacle à la liberté car nous ne pouvons plus exercer notre liberté de choix. A moins de faire l’effort de redevenir conscient de nos automatismes pour les changer.

En effet, si l’inconscient semble en ce sens un obstacle à notre liberté, nous gardons néanmoins la possibilité de changer nos habitudes. Cela signifie que nous devons reprendre conscience de nos automatismes pour prendre de nouvelles habitudes de manière consciente, qui ensuite deviendront des automatismes inconscients. L’inconscient n’est donc pas un si grand obstacle à notre liberté.

Pour voir davantage d’éléments de cours sur le thème de l’inconscient vous pouvez consulter cette page.

Texte de Bergson sur l’inconscient :

Qu’arrive-t-il quand une de nos actions cesse d’être spontanée pour devenir automatique ? La conscience s’en retire. Dans l’apprentissage d’un exercice, par exemple, nous commençons par être conscients de chacun des mouvements que nous exécutons, parce qu’il vient de nous, parce qu’il résulte d’une décision et implique un choix ; puis, à mesure que ces mouvements s’enchaînent davantage entre eux et se déterminent plus mécaniquement les uns les autres, nous dispensant ainsi de nous décider et de choisir, la conscience que nous en avons diminue et disparaît. Quels sont, d’autre part, les moments où notre conscience atteint le plus de vivacité ? Ne sont-ce pas les moments de crise intérieure, où nous hésitons entre deux ou plusieurs partis à prendre, où nous sentons que notre avenir sera ce que nous l’aurons fait ? Les variations d’intensité de notre conscience semblent donc bien correspondre à la somme plus ou moins considérable de choix ou, si vous voulez, de création, que nous distribuons sur notre conduite. Si conscience signifie mémoire et anticipation, c’est que conscience est synonyme de choix.

Henri Bergson, « La conscience et la vie » (1911), dans L’Energie spirituelle.