
Afin que vous compreniez mieux ce que l’on attend de vous dans une dissertation, voici un exemple de dissertation de philosophie. A chaque fois, je précise entre parenthèses juste après à quelle étape de la méthodologie de la dissertation cela correspond. Si vous ne l’avez pas lu, je vous invite à lire d’abord cet article sur la manière de bien commencer sa dissertation de philosophie ou si vous préférez la vidéo c’est ici.
Sujet : « L’homme est-il à part dans la nature ? » (Exemple de dissertation de philosophie)
Petit rappel de la structure de l’introduction. Pour un exemple d’introduction de dissertation en vidéo c’est ici.

Introduction : exemple de dissertation de philosophie
Vinciane Despret, philosophe et psychologue, remarque combien les hommes sont enclins à se considérer eux-mêmes comme exceptionnels. Mais, à ses yeux, c’est oublier que nous sommes aussi de grands destructeurs ou si l’on peut dire des êtres particulièrement nuisibles pour les autres, pour nous-mêmes et pour la nature. Ce faisant, elle considère bien les hommes comme « à part » dans la nature, du moins par nos capacités de destruction. Mais, est-il réellement justifié de dire que nous sommes à part dans la mesure où nous restons dépend d’une nature qui peut également nous détruire en tant qu’espèce ? (Accroche qui propose une première réponse au sujet et formule un début d’objection) Alors, l’homme est-il réellement à part dans la nature ? (Rappel du sujet) A première vue, et si l’on se fie à la manière dont les hommes se considèrent eux-mêmes depuis des siècles, l’homme est bien à part dans la nature car il serait doté de facultés exceptionnelles telles la conscience, un langage riche et articulé, une raison ou encore des cultures variées et complexes qui l’éloignent toujours davantage de la vie animale. Mais, notre tendance à nous considérer comme supérieurs, ne nous fait-elle pas oublier que notre espèce comme toutes les autres est le produit de l’évolution des espèces ? Ainsi, on pourrait dire que l’homme n’est pas particulièrement à part. L’être humain reste une espèce qui, par le fait du hasard, a développé une raison, une conscience de soi, autant de facultés qui sont devenues la norme chez l’homme car elles lui procurent un avantage et lui permettent d’étendre son influence ou peut-être son territoire. Ce mécanisme est le même pour toutes les espèces, pourquoi alors considérer l’homme comme à part ? (Problématique constituée d’une première réponse au sujet « A première vue », puis d’une objection à cette première réponse « Mais »). Nous verrons d’abord que l’être humain peut effectivement être considéré comme à part dans la nature. Puis, nous nous demanderons si cette idée que nous serions une espèce à part n’est pas une pure illusion. Enfin, nous envisagerons bien une spécificité humaine, mais qui au lieu d’être un privilège est plutôt une immense responsabilité. (Annonce du plan en 3 parties).
Développement
Avant de rédiger le développement de l’exemple de dissertation de philosophie, petit rappel de la structure globale que doit avoir votre devoir. Le nombre des sous-parties est indicatif. Il doit y avoir au moins deux sous-parties par partie et pas plus de trois.

Attention, ci-dessous, je vais mettre des titres Première grande partie / premier paragraphe. Vous ne devez pas les mettre dans vos copies. Je les mets seulement pour que vous compreniez bien la structure. Afin que votre copie soit bien lisible, vous devez passer des lignes entre les grandes parties et revenir à la ligne + alinéa quand vous changez de paragraphe (ou sous-partie).
Première grande partie : l’homme est bien à part dans la nature
Premier paragraphe : l’homme peut se perfectionner
L’être humain peut semble-t-il être considéré comme à part dans la nature car il est doté de facultés qui le rendent très différent des autres espèces. (Thèse générale du paragraphe qui répond au sujet) Certes, l’être humain appartient en un sens à la nature, car si l’on définit la nature comme l’ensemble de ce qui n’a pas été créé ou transformée par l’homme (définition de la nature) alors l’espèce humaine est bien naturelle. L’homme ne s’est pas créé lui-même, il est donc un être naturel au moins en partie. Mais, l’être humain à ceci de particulier que précisément il a cette capacité à transformer sa nature et à n’être pas totalement soumis à son instinct. Il peut se cultiver c’est-à-dire se transformer si bien qu’il peut devenir réellement très différent d’un autre être humain. (Argument formulé avec mes propres termes pour soutenir la thèse) Aux yeux de Rousseau, ce qui fait la spécificité de l’être humain par rapport aux autres espèces, c’est sa capacité à « se perfectionner ». (Utilisation d’une référence à Rousseau qui justifie la thèse, avec utilisation du vocabulaire de l’auteur). Il remarque ainsi qu’un être humain peut, par les choix qu’il fait, aussi bien devenir un très grand artiste, sportif ou savant, qu’un toxicomane. C’est d’ailleurs lui qui pose la question « Pourquoi l’homme, seul, est-il sujet à devenir imbécile ? » et il y répond que c’est parce qu’il est le seul à être libre, c’est-à-dire à pouvoir ne pas suivre un programme inscrit à l’avance dans ses gènes et qui décide de son mode de vie. Ce que l’on appelle communément un instinct. L’homme peut donc se perfectionner toute sa vie, là où l’animal va très rapidement cesser de changer dès lors qu’il est adulte. (Développement en utilisant les arguments que l’auteur utilise pour justifier sa thèse) Nous pouvons donc dire que l’homme est bien à part dans la nature, car il a cette capacité de se perfectionner que n’ont pas les autres espèces. (Retour au sujet : le but est de rappeler en quoi ce que l’on vient de dire répond au sujet)
Deuxième paragraphe : l’homme, seul, a le logos selon Aristote (exemple de dissertation de philosophie)
L’être humain est unique dans la nature selon Aristote, car il est le seul à posséder le logos, c’est-à-dire la raison et la capacité de discours. (Thèse générale du paragraphe qui répond au sujet) Certes, l’homme partage avec les autres animaux des caractéristiques naturelles, car si l’on définit la nature comme l’ensemble du vivant non modifié par l’homme, alors l’homme en fait pleinement partie. L’espèce humaine est biologique, elle naît, vit et meurt au sein de cette nature. Cependant, ce qui distingue l’homme des autres créatures, c’est cette faculté de logos, qui lui permet de raisonner, de communiquer de manière complexe et de réfléchir sur sa propre existence. (Argument formulé avec mes propres termes pour soutenir la thèse) Pour Aristote, cette capacité unique de logos signifie que l’homme est capable de délibération et de choix orientés par la raison. (Utilisation d’une référence à Aristote qui justifie la thèse, avec utilisation du vocabulaire de l’auteur) Il précise que, contrairement aux animaux qui réagissent principalement par instinct, l’homme peut s’orienter vers le bien par la vertu et la réflexion. C’est ce logos qui rend l’homme apte à vivre dans une Cité, une société structurée par des lois et règles réfléchies, là où les animaux ne s’organisent qu’en suivant leur instinct. (Développement en utilisant les arguments que l’auteur utilise pour justifier sa thèse) Ainsi, on peut dire que l’homme est véritablement à part dans la nature, car sa possession du logos lui confère une capacité de rationalité et de communication que n’ont pas les autres espèces. (Retour au sujet : le but est de rappeler en quoi ce que l’on vient de dire répond au sujet)
Troisième paragraphe : l’homme, seul, a conscience de lui-même selon Pascal
L’être humain est singulier dans la nature selon Pascal, car il est le seul à posséder une conscience de soi, c’est-à-dire une capacité introspective et réflexive. (Thèse générale du paragraphe qui répond au sujet) Ce qui le distingue fondamentalement des autres animaux, c’est cette conscience qui lui permet de se percevoir non seulement comme un être vivant, mais comme un être pensant capable de réflexion sur lui-même et sur le monde. (Argument formulé avec mes propres termes pour soutenir la thèse) Pour Pascal, cette conscience de soi est à la fois une grandeur et une misère : elle permet à l’homme de comprendre sa condition limitée, mais aussi de prendre conscience de sa finitude et de l’immensité de l’univers qui l’entoure. (Utilisation d’une référence à Pascal qui justifie la thèse, avec utilisation du vocabulaire de l’auteur) Pascal souligne que contrairement aux animaux, qui vivent selon leurs instincts sans réflexion, l’homme est capable de méditer sur son existence, sur le sens de la vie, et sur sa place dans le monde. Il remarque que cette capacité à la conscience est ce qui pousse l’homme à rechercher le savoir et à développer des civilisations. (Développement en utilisant les arguments que l’auteur utilise pour justifier sa thèse) Ainsi, nous pouvons dire que l’homme est véritablement à part dans la nature, car cette conscience de soi le distingue radicalement des autres espèces et lui permet de transcender sa condition d’être purement naturel. (Retour au sujet : le but est de rappeler en quoi ce que l’on vient de dire répond au sujet)
Nous venons de montrer que l’homme dispose de facultés remarquables : la perfectibilité, le logos, la conscience de soi. Mais ces facultés suffisent vraiment à le placer hors de la nature ? Et si c’était plutôt l’homme qui se flatte de sa propre supériorité ? (Transition qui annonce un changement de point de vue et introduit la deuxième partie).
Deuxième grande partie : l’idée d’une humanité à part est sans doute une illusion
Premier paragraphe : l’homme, un produit de l’évolution comme les autres espèces
L’homme n’est sans doute pas à part dans la nature, car il est une espèce parmi d’autres, née du même processus que toutes les formes de vie. (Thèse générale du paragraphe qui répond au sujet) Ses facultés les plus admirées, la raison, le langage, la conscience, n’ont en réalité rien de surnaturel. Elles ressemblent à n’importe quel autre caractère apparu dans le vivant, comme la rapidité du guépard ou la vue perçante de l’aigle. Si elles se sont répandues dans notre espèce, c’est parce qu’elles offraient un avantage pour survivre et se reproduire, non parce qu’un privilège nous aurait été accordé. (Argument formulé avec mes propres termes pour soutenir la thèse) C’est précisément ce que montre Charles Darwin avec la théorie de l’évolution. (Référence à Darwin qui justifie la thèse, avec le vocabulaire de l’auteur) Selon lui, les espèces se transforment par mutations apparues au hasard, puis par sélection naturelle : les individus dont les caractères sont les mieux adaptés à leur milieu survivent davantage et transmettent leurs gènes. L’homme n’échappe pas à cette règle. Il n’est ni le sommet ni le but de l’évolution, mais un cousin des autres animaux, avec lesquels il partage un ancêtre commun. (Développement à partir des arguments de l’auteur) Nous pouvons donc dire que l’homme n’est pas réellement à part dans la nature : ses facultés ne le sortent pas du vivant, elles en sont elles aussi le produit. (Retour au sujet)
Deuxième paragraphe : se croire à part, un préjugé culturel
Croire que l’homme forme une catégorie à part relève sans doute moins d’un fait que d’un préjugé culturel propre à l’Occident. (Thèse générale du paragraphe qui répond au sujet) Nous avons tellement l’habitude d’opposer l’homme d’un côté et la nature de l’autre que nous oublions à quel point cette séparation n’a rien d’évident. D’autres cultures ne la pratiquent pas du tout. (Argument formulé avec mes propres termes pour soutenir la thèse) L’anthropologue Philippe Descola observe ainsi que certains peuples, comme les Aborigènes d’Australie, n’ont même pas de mot pour désigner la nature. (Référence à Descola qui justifie la thèse) Pour eux, l’humanité n’est qu’une espèce parmi d’autres, sans statut séparé ni supérieur. L’idée d’un homme placé plus haut que le reste du vivant est née en Occident, renforcée d’abord par les religions qui font de l’homme une créature à l’image de Dieu, puis par des philosophes comme Descartes, pour qui les animaux ne seraient que des machines dépourvues de conscience. (Développement à partir des arguments de l’auteur) Autrement dit, penser l’homme comme à part n’est pas une vérité universelle, mais une représentation héritée d’une histoire et d’une culture particulières. Sur ce point encore, l’homme ne paraît pas vraiment à part. (Retour au sujet)
Mais il n’y aurait donc rien de propre à l’homme ? Ce serait aller trop vite. Rappelons l’accroche : si nous sommes de si grands destructeurs, c’est bien que nous pouvons quelque chose que les autres espèces ne peuvent pas. Et si la véritable spécificité de l’homme n’était pas un privilège, mais un fardeau ? (Transition qui introduit la troisième partie en repartant de l’accroche)
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Troisième grande partie : une spécificité réelle, mais qui est une responsabilité et non un privilège
Premier paragraphe : l’homme, seul capable de détruire la nature, est seul responsable
L’homme a bien une spécificité dans la nature, mais elle ne réside pas dans une supériorité qui l’autoriserait à tout : elle réside dans une puissance qui l’oblige. (Thèse générale du paragraphe qui répond au sujet) L’homme est en effet le seul être capable de modifier la nature à l’échelle de la planète entière, et même de la rendre invivable. Aucune autre espèce ne possède un tel pouvoir de destruction. Or un tel pouvoir ne donne pas un droit, il crée un devoir. (Argument formulé avec mes propres termes pour soutenir la thèse) C’est exactement la thèse du philosophe Hans Jonas dans Le principe de responsabilité. (Référence à Jonas qui justifie la thèse) Il constate que la puissance technique de l’humanité menace désormais la nature et les générations à venir, par la pollution, le réchauffement climatique ou les armes les plus destructrices. Il en tire une nouvelle règle morale : « Agis de telle sorte que tes actions soient compatibles avec la permanence d’une vie humaine authentique sur la terre. » Nous avons donc des devoirs, non seulement envers les hommes présents, mais aussi envers la nature et envers ceux qui ne sont pas encore nés. (Développement à partir des arguments de l’auteur) Ainsi, l’homme est bien à part dans la nature, mais cette place particulière n’est pas un trône : c’est une charge. Sa spécificité est d’être responsable. (Retour au sujet)
Deuxième paragraphe : cette responsabilité nous rattache à la nature au lieu de nous en sortir
Loin de nous placer hors de la nature, cette responsabilité nous y enracine plus profondément encore. (Thèse générale du paragraphe qui répond au sujet) Car nous restons une espèce vivante, fragile, dépendante d’un milieu qui peut très bien nous détruire à son tour. Nous croire à part au point de tout dominer serait donc une dangereuse illusion, celle qui nous a précisément conduits à abîmer ce dont nous avons besoin pour vivre. (Argument formulé avec mes propres termes pour soutenir la thèse) Bien avant l’écologie, Montaigne invitait déjà l’homme à renoncer à ce qu’il appelait sa « royauté imaginaire » sur les autres créatures. (Référence à Montaigne qui justifie la thèse) Pour lui, nous devons de la douceur et de la bienveillance aux êtres vivants, car ils sont sensibles comme nous et partagent notre condition. La barrière que nous dressons entre l’homme et le reste du vivant lui paraît bien moins solide que nous aimons le croire. (Développement à partir des arguments de l’auteur) Nous pouvons donc dire que l’homme est à part, mais d’une manière qui l’engage envers la nature plutôt qu’elle ne l’en sépare. Sa singularité n’est pas un privilège qui l’élève, c’est une responsabilité qui le relie. (Retour au sujet)
Conclusion
Au terme de notre réflexion, nous pouvons répondre à la question posée. (Annonce de la conclusion) Nous avons d’abord constaté que l’homme paraît à part dans la nature, grâce à des facultés exceptionnelles : la perfectibilité décrite par Rousseau, le logos d’Aristote, la conscience de soi de Pascal. Bilan de la première partie Mais nous avons ensuite vu que cette idée d’une humanité à part est sans doute une illusion : avec Darwin, l’homme apparaît comme une espèce née de l’évolution comme les autres, et l’opposition entre l’homme et la nature se révèle être un préjugé culturel propre à l’Occident. Bilan de la deuxième partie Enfin, nous avons reconnu une spécificité bien réelle de l’homme, mais qui n’est pas un privilège : avec Jonas, sa puissance de destruction le rend responsable de la nature et des générations futures. (Bilan de la troisième partie) Finalement, l’homme est à part non parce qu’il dominerait la nature, mais parce qu’il est le seul à pouvoir la protéger ou la détruire. (Réponse claire et nuancée au sujet)
J’espère que cet exemple de dissertation de philosophie vous aidera à comprendre ce que l’on attend de vous !
▶️ Je vous montre comment développer une sous-partie en vidéo ci-dessous :
Je trouve vos articles très intéressants. Dommage, quelques coquilles!!!