La notion de justice au programme de philosophie en terminale

La justice en philosophie : définitions, auteurs et sujets de bac

Imaginez une loi votée dans les règles, appliquée par des tribunaux compétents, respectée par la majorité des citoyens. Cette loi est parfaitement légale. Et pourtant, en 1850 aux États-Unis, cette loi fédérale obligeait les citoyens à coopérer à la capture des esclaves en fuite. Légale, oui. Juste, sûrement pas.

Aujourd’hui, nous allons voir ensemble comment définir cette notion, quelles distinctions maîtriser absolument, et surtout comment répondre aux grandes questions qui tombent au bac grâce aux auteurs classiques. À la fin de cet article, vous saurez distinguer le légal du légitime, vous disposerez de plusieurs oppositions de thèses réutilisables en dissertation, et vous connaîtrez les erreurs à éviter.

Qu’est-ce que la justice ? Deux sens qu’il ne faut jamais confondre

Le mot justice recouvre deux réalités très différentes. Ne pas les distinguer dès l’introduction, c’est la garantie d’un devoir confus.

La justice comme vertu morale

Au sens moral, la justice est une vertu, une valeur, un idéal : elle consiste à donner à chacun ce qui lui revient. Pensez à un partage entre amis, à une transaction honnête, à une note attribuée sans favoritisme. En ce sens, être juste, c’est traiter les autres de manière équitable. La justice est ici une qualité de la personne, pas une institution.

La justice comme institution

Au second sens, la justice désigne l’institution qui fait respecter la loi dans les tribunaux. Elle appartient alors à l’État, c’est-à-dire à l’ensemble des institutions politiques, juridiques et militaires qui gouvernent une société et détiennent le pouvoir sur un territoire donné. Le juge, le procureur, le code pénal : voilà la justice au sens institutionnel.

Ces deux sens sont liés, bien sûr. La loi vise le plus souvent à faire régner la justice entre les citoyens, ne serait-ce qu’en les rendant égaux en droits. Mais il arrive que l’on juge une loi injuste. Et c’est très exactement de cet écart que naît toute la réflexion philosophique sur la justice.

Distribuer ou réparer : les deux visages de la justice selon Aristote

Voici une distinction que peu d’élèves maîtrisent et qui impressionne toujours un correcteur. Aristote sépare deux opérations que nous appelons du même nom.

La justice distributive répartit les biens, les honneurs et les charges entre les membres d’une communauté, selon un critère à justifier : le mérite, le besoin, la contribution. C’est elle qui est en jeu quand on parle d’impôt, de salaires ou d’accès aux études.

La justice corrective ne distribue rien : elle répare un tort ou sanctionne une faute, en rétablissant l’équilibre rompu entre deux parties. C’est elle qui est en jeu au tribunal, dans un dédommagement ou une peine.

Vous voyez donc que le sujet Qu’est-ce qu’une juste punition ? et le sujet Y a-t-il de justes inégalités ? ne portent pas du tout sur la même justice. Les confondre, c’est traiter un sujet à côté de l’autre.

Égalité arithmétique ou égalité proportionnelle ?

Donner à chacun ce qui lui revient peut encore vouloir dire deux choses. Soit l’égalité arithmétique : chacun reçoit strictement la même part. Soit l’égalité proportionnelle, souvent appelée équité : la répartition tient compte d’un critère pertinent, besoin, mérite, contribution ou situation.

Il faut ici faire attention à un point décisif. L’équité n’est pas une affaire de sensibilité personnelle ou de bienveillance : c’est une exigence de justification. Dire qu’un candidat en situation de handicap bénéficie d’un temps supplémentaire à l’examen n’est juste que si l’on peut expliquer pourquoi ce critère est pertinent, en l’occurrence parce que l’épreuve vise à évaluer un savoir et non une vitesse de lecture. En revanche, répartir les places selon la fortune des parents mobilise un critère qui n’a rien à voir avec ce que l’on prétend évaluer, et c’est pour cette raison que la répartition devient injuste. La question n’est donc jamais « faut-il traiter tout le monde pareil ? » mais « quel critère de différence peut-on rationnellement justifier ? ».

Légal et légitime : le repère à connaître absolument !

Voici la distinction la plus rentable de toute la notion. Elle peut à elle seule vous permettre de structurer une problématique.

Le droit positif, ce qui est légal

Le droit positif est l’ensemble des lois effectivement en vigueur dans un État. Ce qui lui est conforme est légal. Retenez que la légalité varie d’un pays à l’autre et d’une époque à l’autre : elle n’a rien d’universel.

Le droit naturel, ce qui est légitime

Le droit naturel désigne ce à quoi l’homme aurait droit en vertu de sa nature et conformément à ce que lui dit la raison, indépendamment des lois établies. Ce qui lui est conforme est légitime. C’est un idéal de justice, non un texte juridique.

Le problème, c’est qu’aucune loi ne garantit automatiquement ce droit idéal. C’est précisément cette réflexion qui a nourri, plus tard, l’idée de Droits de l’Homme. Et c’est en se référant à cet idéal que l’on peut déclarer une loi injuste tout en reconnaissant qu’elle est bien en vigueur.

Comment utiliser ce repère dans une copie

Prenons un sujet classique : Ce qui est légal est-il nécessairement juste ? À première vue, la réponse semble oui, puisque la loi est votée par des représentants et qu’elle vise le bien commun. Mais l’histoire fournit d’innombrables lois légales et profondément injustes, des lois esclavagistes aux lois raciales. Vous comprenez alors que le sujet ne demande pas votre opinion sur les lois actuelles : il vous demande d’articuler droit positif et droit naturel.

À qui appartient-il de décider du juste et de l’injuste ?

Première grande question. Qui est légitime pour définir ce qui est juste ? Faut-il des connaissances particulières, ou bien tout le monde peut-il en juger ?

Platon : gouverner est un savoir, pas une opinion

Platon, philosophe grec du 5e siècle avant J.-C., répond sans détour dans La République : la cité juste doit être dirigée par ceux qui ont été longuement formés à connaître le bien, c’est-à-dire par les philosophes. Le savoir du juste s’acquiert par l’éducation et par la dialectique, il ne se devine pas.

Son image la plus parlante est celle du navire. Un équipage qui ne connaît rien à l’art de naviguer se dispute la barre, chacun se croyant capable de conduire le bateau ; pendant ce temps, le seul homme qui sait lire les astres passe pour un rêveur inutile. Autrement dit, nous n’accepterions jamais de confier un navire à des passagers ignorants, et Platon ne voit pas pourquoi nous confierions la cité à l’opinion majoritaire. Platon n’est donc pas un démocrate.

Le contrepoint du Protagoras et la réponse d’Aristote

Le dialogue du Protagoras offre un contrepoint remarquable, et je vous conseille de l’utiliser ainsi plutôt que comme une preuve de la thèse platonicienne. Socrate y observe que, dans l’assemblée athénienne, charpentiers, forgerons et cordonniers prennent indifféremment la parole sur les affaires de la cité. Mais c’est Protagoras qui justifie cette pratique : la justice et le sens politique doivent être partagés par tous les citoyens, faute de quoi aucune cité ne pourrait exister. Le même texte contient donc la tension entre compétence et participation, ce qui en fait une ressource précieuse pour problématiser.

Aristote, philosophe grec du 4e siècle avant J.-C., prolonge cette seconde voie. Pour lui, des citoyens qui délibèrent ensemble, confrontent leurs points de vue et se corrigent mutuellement peuvent mieux juger du juste que le meilleur d’entre eux pris isolément. Dans La Politique, il défend l’idée que la multitude peut se montrer supérieure à l’élite « non pas à titre individuel, mais à titre collectif » : chacun détient une fraction de vertu et de sagesse pratique, et l’assemblée réunie forme comme un seul homme doté d’une multitude de mains et de sens.

Attention néanmoins : Aristote ne signe pas un chèque en blanc à toute opinion majoritaire. Son argument vaut pour une délibération réelle, entre citoyens qui argumentent, non pour un sondage. Une majorité qui vote sans discuter ne bénéficie d’aucune de ces vertus.

Y a-t-il de justes inégalités ?

Deuxième question, qui interroge le rapport entre justice et égalité.

Rousseau : l’égalité civique, condition de la liberté

Rousseau, philosophe genevois du 18e siècle, affirme que les citoyens doivent être égaux devant la loi. Son raisonnement mérite d’être suivi pas à pas. Sans loi, n’importe qui peut me contraindre par la force : je ne suis donc pas libre. Avec des lois que tous respectent également, chacun devient libre de faire tout ce que la loi autorise. Cela suppose que personne ne soit au-dessus des lois, à commencer par les gouvernants.

Il écrit dans les Lettres écrites de la Montagne : « Il n’y a donc point de liberté sans lois, ni où quelqu’un est au-dessus des lois. » Précisons bien de quoi il s’agit : Rousseau défend ici une égalité civique et juridique, non une identité complète des conditions sociales. Le lui faire dire serait un contresens.

Rawls : trois exigences dans un ordre strict

John Rawls, philosophe américain du 20e siècle, propose une réponse plus articulée. Libéral, il pose d’abord que les libertés fondamentales égales doivent être garanties à tous, et qu’elles sont prioritaires : on ne les sacrifie ni à l’efficacité économique ni au bien-être général. Vient ensuite l’exigence d’une juste égalité des chances : les positions doivent être réellement ouvertes à tous. Vient enfin seulement le principe de différence : les inégalités socio-économiques ne sont acceptables que si elles bénéficient au plus grand avantage des membres les plus défavorisés.

Cet ordre de priorité est essentiel. Le principe de différence ne justifie pas n’importe quelle inégalité rentable : il n’intervient qu’une fois les deux premières exigences satisfaites.

Que cela signifie-t-il concrètement ? Il ne s’agit pas de décourager ceux qui ont du talent ou de l’énergie. Il est normal qu’un chirurgien reconnu ou un entrepreneur qui réussit gagnent plus que la moyenne. Néanmoins, ils ne sont pas entièrement responsables de leurs dons : naître avec certaines aptitudes, dans un certain milieu, relève largement de la chance. C’est pourquoi ils doivent accepter qu’une partie de la richesse produite serve, par l’impôt notamment, à améliorer la situation de ceux qui n’ont pas eu les mêmes opportunités. La santé publique et l’école gratuite illustrent parfaitement ce principe.

Vous avez donc deux réponses distinctes : l’égalité civique comme condition de la liberté chez Rousseau, l’inégalité conditionnelle et hiérarchisée chez Rawls.

Peut-on préférer l’injustice au désordre ?

Troisième question, et elle est vertigineuse. Que faire quand une loi nous paraît injuste ? Faut-il obéir malgré tout pour préserver l’ordre social ?

Spinoza : l’État a pour fin la liberté, pas l’obéissance

Spinoza, philosophe hollandais du 17e siècle, refuse que chaque citoyen s’érige en interprète privé des lois. Il écrit dans le Traité politique qu’on ne saurait autoriser chacun à interpréter les décisions publiques, sans quoi chacun s’érigerait en arbitre de sa propre conduite. Son argument repose sur une anthropologie lucide : les hommes sont aussi des êtres de passion, et bien des décisions qu’ils croient rationnelles sont dictées par leurs affects.

Il faut ici faire attention à un contresens très répandu. Spinoza ne défend pas l’obéissance pour elle-même, et l’ordre n’est pas pour lui une fin en soi. Dans le Traité théologico-politique, il affirme au contraire que la fin de l’État est la liberté : sortir de l’insécurité, permettre à chacun de vivre en sûreté et d’user de sa raison, y compris pour penser et s’exprimer. La stabilité des institutions est un moyen, la liberté de penser en est le but.

Thoreau : la conscience morale face à une injustice déterminée

Thoreau, philosophe américain du 19e siècle, déplace le problème. Si une loi est injuste et que le citoyen le juge en conscience, alors il a le devoir d’y désobéir, car obéir reviendrait à cautionner cette loi. Il est l’une des grandes figures fondatrices de la désobéissance civile moderne : une violation publique, non violente et assumée d’une loi jugée injuste.

Thoreau ne s’est pas contenté de l’écrire. Alors que la loi fédérale de 1850 obligeait les citoyens à coopérer au retour des personnes esclavisées en fuite, il s’est engagé dans les réseaux abolitionnistes et en a accueilli chez lui. Dans La désobéissance civile, il formule ce principe : « agir à tout moment selon ce qui me paraît juste » est la seule obligation qu’il se reconnaisse. Sa pensée inspirera Gandhi puis Martin Luther King.

Le face-à-face devient alors beaucoup plus subtil qu’une opposition entre ordre et révolte : d’un côté la stabilité des institutions comme condition de la liberté de penser, de l’autre la primauté de la conscience face à une injustice déterminée.

Y a-t-il des violences légitimes ?

Quatrième question, particulièrement délicate, et qui touche à la nature même de l’État.

Weber : une définition sociologique, pas une justification morale

Max Weber, sociologue allemand du tournant des 19e et 20e siècles, ne cherche pas d’abord à justifier moralement la violence d’État. Dans Le Savant et le Politique, il définit l’État par sa revendication du monopole de la violence physique légitime sur un territoire donné. C’est une définition descriptive, pas un verdict moral.

Cela signifie que dans un État moderne, la police, la justice et l’armée sont censées être les seules institutions autorisées à employer la contrainte physique ou à en déléguer l’usage. En revanche, cela ne prouve nullement que toute violence effectivement exercée par un État soit juste. La vraie question philosophique commence là : à quelles conditions cette violence est-elle légitime ? C’est ici que vous mobiliserez l’État de droit, le principe de proportionnalité et le contrôle des pouvoirs publics.

Gandhi : la fin ne justifie pas n’importe quel moyen

Gandhi, dirigeant politique indien de la même époque, oppose à cette organisation de la contrainte une exigence normative : la non-violence comme principe politique et moral. Son argument n’est pas seulement moral, il est stratégique. La violence tend à reproduire la domination qu’elle prétend combattre, elle nourrit la violence de l’adversaire et lui fournit ses justifications.

En désobéissant pacifiquement tout en acceptant la peine encourue, Gandhi met ses juges face à leurs responsabilités : ils ne peuvent plus le condamner pour des actes violents, mais seulement pour ses idées. C’est là que la résistance non violente devient une arme politique redoutable, puisqu’elle oblige les spectateurs à s’interroger sur la justesse réelle des lois. Il écrit dans Tous les hommes sont frères que la non-violence est un principe universel, et que c’est dans l’adversité que se mesure son efficacité.

Le rôle de l’État est-il de faire régner la justice ?

Dernière question, qui prolonge les précédentes et vous permet de relier la justice à la notion d’État.

Rawls, nous l’avons vu, répond oui : un État n’est pleinement légitime que s’il garantit les libertés fondamentales égales, une juste égalité des chances, et une organisation des inégalités favorable aux plus défavorisés.

Robert Nozick, son contemporain et son principal contradicteur, défend l’idée d’un État minimal. L’État ne doit intervenir que là où son intervention est strictement nécessaire : faire régner l’ordre, protéger la propriété, faire respecter les contrats. Redistribuer les richesses ne fait pas partie de ses missions, car une redistribution forcée reviendrait à disposer du travail d’autrui sans son accord. Deux libéraux, deux conceptions radicalement opposées de la justice sociale : voilà un face-à-face très efficace en troisième partie de dissertation.

Les erreurs fréquentes sur la notion de justice

La première erreur, et de loin la plus fréquente, consiste à employer légal et légitime comme des synonymes. Dès que vous écrivez l’un de ces mots, demandez-vous si vous parlez de conformité à la loi existante ou de conformité à un idéal rationnel.

La deuxième erreur consiste à traiter de la justice distributive avec des exemples de justice corrective, ou l’inverse. Punir et répartir ne posent pas les mêmes problèmes.

La troisième erreur revient à réduire la justice à la vengeance. La vengeance est une réaction personnelle, immédiate, proportionnée à la colère ; la justice suppose un tiers impartial et une mesure de la peine. Le sujet Un acte de justice ne risque-t-il pas d’être un acte de vengeance ? repose entièrement sur cette différence.

La quatrième erreur est de faire de Rawls un partisan de l’égalité stricte, ou de Rousseau un partisan de l’égalité des conditions. Rawls accepte des inégalités sous conditions hiérarchisées ; Rousseau défend l’égalité devant la loi.

La cinquième erreur consiste à lire Weber comme s’il justifiait toute violence d’État. Il la définit, il ne la bénit pas.

La dernière erreur, enfin, est de plaquer les auteurs. Citer Platon, Aristote, Rousseau et Rawls en trois paragraphes sans expliquer aucune thèse ne rapporte rien. Un auteur bien expliqué vaut toujours mieux que cinq auteurs mentionnés.

À retenir : votre checklist sur la justice

  • Deux sens à distinguer dès l’introduction : la justice comme vertu morale, la justice comme institution judiciaire.
  • Deux opérations distinctes : la justice distributive (répartir) et la justice corrective (réparer, sanctionner).
  • Deux formes d’égalité : arithmétique (la même part pour tous) et proportionnelle (selon un critère qu’il faut justifier).
  • Deux notions de droit : le droit positif (le légal) et le droit naturel (le légitime).
  • Qui décide du juste ? Platon, La République (le savoir) face à Protagoras et Aristote (la participation et la délibération).
  • Les inégalités ? Rousseau (égalité civique) face à Rawls (libertés, puis égalité des chances, puis principe de différence).
  • Obéir ou désobéir ? Spinoza (des institutions stables au service de la liberté de penser) face à Thoreau (la conscience devant une injustice précise).
  • La violence ? Weber (définition du monopole étatique) face à Gandhi (exigence de non-violence).
  • Le rôle de l’État ? Rawls (justice sociale) face à Nozick (État minimal).

Ces oppositions constituent une boîte à outils très solide. Choisissez celles qui éclairent réellement les termes précis de votre sujet, plutôt que de les réciter toutes.

FAQ sur la notion de justice

Quelle est la différence entre légal et légitime ?

Est légal ce qui est conforme au droit positif, c’est-à-dire aux lois effectivement en vigueur dans un État donné. Est légitime ce qui est conforme à un idéal de justice ou au droit naturel. Une loi peut donc être parfaitement légale et parfaitement illégitime.

La justice, est-ce l’égalité ?

Pas nécessairement. L’égalité arithmétique donne la même chose à tous ; l’égalité proportionnelle tient compte d’un critère comme le besoin, le mérite ou la contribution. Toute la difficulté consiste à justifier le critère retenu.

Quels auteurs faut-il connaître sur la justice ?

Platon et Aristote sur la légitimité à décider du juste et sur les formes de justice, Rousseau et Rawls sur l’égalité, Spinoza et Thoreau sur l’obéissance aux lois, Weber et Gandhi sur la violence, Nozick si vous traitez du rôle de l’État.

Peut-on désobéir à une loi injuste ?

C’est l’objet du débat entre Spinoza et Thoreau. Spinoza refuse que chacun s’érige en interprète des lois, car les institutions stables sont ce qui rend possible la sécurité et la liberté de penser. Thoreau soutient qu’une injustice caractérisée oblige en conscience, à condition que la désobéissance soit publique, non violente et assumée.

Quelle citation utiliser sur la justice en dissertation ?

La formule de Rousseau, « il n’y a donc point de liberté sans lois, ni où quelqu’un est au-dessus des lois », est courte, exacte et applicable à de nombreux sujets. Celle de Weber sur le monopole de la violence physique légitime est indispensable dès qu’on parle de l’État. Retenez toujours l’auteur, l’œuvre, et surtout l’explication.

Conclusion

Retenez l’essentiel. La justice se dit en deux sens, moral et institutionnel, et c’est de leur écart que naissent tous les problèmes philosophiques. Le couple légal / légitime, doublé de la distinction entre justice distributive et justice corrective, vous donne des clés applicables à presque tous les sujets. Enfin, quatre oppositions de thèses vous permettent de construire des développements solides, à condition de choisir celle qui correspond réellement à votre sujet.

Pour aller plus loin, je vous renvoie à mon article sur la notion d’État, qui complète directement celui-ci, ainsi qu’à mes fiches de révision de philosophie pour mémoriser rapidement définitions, auteurs et citations avant l’épreuve, vous pouvez les télécharger juste en dessous ou en cliquant ici. Et si vous souhaitez être accompagné toute l’année, avec une méthode complète et des corrections personnalisées, découvrez la formation Objectif 17 en philo.

J’espère que cet article vous permettra d’aborder la notion de justice avec beaucoup plus de clarté et de sérénité. Si vous voulez découvrir les autres notions cliquez-ici ou sur ce lien pour les voir en vidéos.

À bientôt

Caroline

L’État en philosophie

La notion d’État – programme de philosophie

Bienvenue dans cet article, dans lequel nous allons parler de la notion d’État en philosophie.

Je vais d’abord faire un point sur la définition que l’on peut donner de l’État. Puis, je reviendrai sur les grands problèmes classiques qui se posent sur la notion d’État en mentionnant quelques auteurs intéressants à connaître sur cette notion.

Aujourd’hui on peut définir l’État comme l’ensemble des institutions politiques, juridiques, militaires, administratives et économiques qui organisent une société sur un territoire donné.

C’est une autorité souveraine qui s’exerce sur un peuple particulier. Cette autorité est dite souveraine car l’État exerce un pouvoir sur le peuple et n’est lui-même soumis à aucune autorité supérieure. Il n’y a rien au dessus de l’État. Même quand un État rejoint l’Union européenne par exemple, il peut décider ensuite de ne pas appliquer ces décisions ou même de quitter cette union. C’est ce qu’a choisi de faire l’État anglais avec le Brexit.

Enfin, l’État est un pouvoir dit institutionnalisé, cela signifie que le pouvoir de l’État est détaché de ceux qui exercent concrètement le pouvoir. L’État existe et existera même si le roi ou le Président change.

C’est donc un pouvoir permanent. c’est cette permanence du pouvoir de l’État qu’exprime la formule « le roi est mort, vive le roi ! »

Pour voir la vidéo

A présent voici quelques grandes questions philosophiques sur la notion d’État :

– Premier sujet : L’État restreint-il la liberté individuelle ?

L’État en tant qu’il exerce une autorité sur le peuple par l’intermédiaire de lois est-il une limite à la liberté individuelle ? Ou au contraire, est-il une condition de cette liberté individuelle ?

En d’autres termes, serions-nous davantage libres s’il n’y avait pas de loi ? A cette question, le philosophe libéral Locke, répond sans ambiguité :

 » Il est certain que la fin d’une loi n’est pas d’abolir ou de restreindre la liberté mais de la préserver et de l’augmenter. (…) Car la liberté consiste à n’être pas exposé à la contrainte et à la violence des autres ; ce qui ne peut se trouver là ou il n’y a pas de loi.

En effet, pour Locke, l’Etat est crée pour faire en sorte que la vie, la liberté et la propriété de chaque individu soit protégée. En l’absence d’Etat et de lois, chaque individu risquerait d’être soumis par un autre dès lors qu’il est plus fort que lui. Ce serait le règne de la loi du plus fort et dans cette condition s’il nous arrive d’être libre nous ne le restons pas longtemps.

Mais, si l’Etat apparait comme une condition de la liberté individuelle, ne peut-il pas aussi être un danger pour cette liberté ? Que dire d’un Etat qui aurait à sa tête un despote  gouvernant seul et exerçant un pouvoir absolu ?

Ne représenterait-il pas alors plutôt un danger pour la liberté individuelle ?

Sur cette question,  vous pouvez vous intéresser notamment à Montesquieu, qui est un philosophe français du 18e siècle. Il est notamment connu pour avoir écrit De l’esprit des lois, œuvre dans laquelle il réfléchit notamment aux raisons qui expliquent la corruption des régimes politiques c’est-à-dire par exemple comment une démocratie peut dégénérer en despotisme.

Pour Montesquieu, il n’est pas réaliste d’attendre que le souverain quel qu’il soit, soit toujours moral et toujours honnête. Les êtres humains sont ainsi fait que lorsqu’ils ont le pouvoir, il leur est difficile de rester intègre. Montesquieu développe ainsi cette idée, aujourd’hui bien connue, selon laquelle le pouvoir corrompt.

Il dit ainsi : « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser »

Alors, pour s’assurer que le souverain ne soit pas tenté d’abuser de son pouvoir, il faut mettre en place des règles qui vont limiter son pouvoir. C’est ce que Montesquieu appelle la séparation des pouvoirs. Principe qui est devenu un fondement de nos démocraties contemporaines. Selon ce principe, il est nécessaire afin que le régime ne dégénère pas en despotisme que les pouvoirs (exécutifs, législatifs et judiciaires) restent séparés, c’est-à-dire qu’ils ne doivent pas être aux mains des mêmes personnes.

– Deuxième sujet : Peut-il y avoir une société sans État ?

Ou en d’autres termes, les êtres humains peuvent-ils vivre ensemble pacifiquement sans qu’un État exerce sur eux une autorité ?

Sur cette question Hobbes, philosophe anglais du 17e siècle répondra catégoriquement non. A ses yeux, en l’absence d’État, il n’y a pas de vie en société possible, mais seulement une « guerre de chacun contre chacun ».

Dans l’hypothétique état de nature, même si la majorité des hommes sont rationnels, il y a une minorité irrationnelle qui attaque les autres et va ce faisant conduire chaque individu à craindre pour sa vie et à attaquer les autres. La constitution d’un État qui assure la sécurité apparaît alors comme absolument nécessaire pour que les hommes puissent vivre ensemble et ce, même si une fois édifié, cet État peut représenter un danger pour l’individu s’il abuse de son pouvoir.

Mais cette idée que l’État serait finalement un mal nécessaire n’est-elle pas une idée défendue par la classe dominante afin de garder le contrôle sur le reste de la société ? L’anarchiste russe du 19e siècle Bakounine défend ainsi que l’État est toujours contrôlé par la classe dominante de la société qui s’en sert pour servir ses intérêts et exploiter les classes inférieures. A ses yeux, tant que l’État subsiste, ceux qui sont à sa tête abuseront du pouvoir.

Or, pour lui, l’idée qu’il doit toujours y avoir un État n’est pas vraie. Il doit y avoir un ordre et une organisation, à n’en pas douter, et c’est en ce sens que l’anarchie contrairement à ce que l’on pense souvent n’est pas le chaos. Mais, pour Bakounine, cet ordre doit être assuré à une échelle plus petite que l’État. Il propose ainsi d’organiser la société en fédération. Pour lui, chaque individu doit appartenir à une commune ou à une association et ces groupes doivent interagir entre eux et s’organiser au maximum de manière horizontal.

Troisième sujet : L’obéissance à l’État est-elle toujours une obligation ?

Ou en d’autres termes, faut-il toujours obéir à l’État et aux lois si celui ci édicte des lois injustes par exemple ? Ne peut-on pas et même ne doit on pas désobéir si la loi nous apparaît contraire au bien ?

A cela Spinoza répond qu’il faut toujours obéir à l’État car même si parfois certaines lois sont injustes, cela fait courir beaucoup trop de risques à la société et donc aux individus si chacun commence à juger du juste et de l’injuste par lui-même.

Pour justifier cette thèse Spinoza avance entre autres deux arguments :

– D’abord, l’État garantit la paix et la sécurité aux individus, ils doivent donc éviter de remettre en question les lois de l’État car c’est parce que les lois sont respectées par la majorité qu’ils sont en sécurité. Ils risquent de perdre cette sécurité en fragilisant l’État.

– Deuxième argument :  Pour Spinoza, les hommes doivent admettre qu’ils sont aussi des êtres de sentiment et qu’il y a donc très souvent des décisions qu’ils prennent poussés par des sentiments plutôt que par leur raison. Ils doivent donc s’abstenir de décider tout seul.

Spinoza dit ainsi :

« On ne saurait concevoir que chaque citoyen soit autorisé à interpréter les décisions ou lois nationales. Sinon, chacun s’érigerait ainsi en arbitre de sa propre conduite. » Spinoza, Traité politique

A cette thèse de Spinoza, on peut opposer celle de Thoreau, philosophe américain du 19e siècle qui dans « De la désobéissance civile » écrit :

« La seule obligation que j’ai le droit d’adopter c’est d’agir à tout moment selon ce qui me paraît juste » Thoreau, La désobéissance civile

Selon lui, il est légitime de commettre des actions illégales non violentes afin de protester contre une loi injuste. Il affirme la primauté de la conscience morale sur la loi de l’État c’est-à-dire que si la loi est injuste et si le citoyen juge en conscience qu’elle l’est alors il a le devoir d’y désobéir. Il est l’inventeur du concept de « désobéissance civile »: la désobéissance devient, selon lui, un devoir moral lorsque la loi est injuste ou immorale, car obéir serait une manière de cautionner cette loi. C’est ce qu’il fait notamment avec l’esclavage. Il accueille des esclaves en fuite chez lui et en aide quelques-uns alors que les autorités de son pays pourchassent les esclaves en fuite et demandent aux citoyens de les dénoncer.

Pour davantage de vidéos sur le programme vous pouvez consulter ma chaîne en cliquant ici.

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La liberté en philosophie

La liberté en philosophie

Bienvenue dans cet article, dans lequel je vais vous présenter la notion de liberté en philosophie. La liberté en philosophie peut être comprise de plusieurs manières. Il faut commencer par définir ce que l’on entend par liberté.

Je vais d’abord envisager quelques définitions possibles du terme liberté. Il est important de connaître ces définitions car elles vont vous permettre de bien comprendre les sujets et leurs enjeux. Puis, nous verrons quelques grands problèmes philosophiques sur cette notion.

Communément, quand on parle de liberté, on pense d’abord à la liberté d’action. Être libre en ce sens ce serait : avoir la possibilité de réaliser notre volonté sans contrainte ou obstacle. Je suis libre si rien ne m’empêche d’agir. Ou tout simplement, je suis libre si je ne suis pas en prison.

Mais peut-on en rester là ? Avoir la liberté d’action est-ce vraiment et toujours être libre ?

En effet, celui qui boit beaucoup trop tous les jours, peut-on vraiment dire qu’il est libre ? Ou n’est-il pas plutôt soumis à ses désirs et passions ?

On peut alors envisager une autre conception de la liberté : être libre ce serait être maître de soi-même, c’est-à-dire pouvoir résister à ses impulsions pour faire ce que dicte notre raison et qui est dans notre intérêt. En ce sens, l’alcoolique n’est pas libre car il n’arrive pas à se contrôler, il est soumis à son addiction.

Troisième définition possible de la liberté : être libre, ce n’est pas simplement avoir la possibilité d’agir, mais également avoir la possibilité de choisir ce que l’on va faire.

En d’autres termes, être libre c’est avoir le libre arbitre : c’est-à-dire la capacité de choisir et de décider entre plusieurs choses sans être influencé.

À ce stade, nous avons donc vu trois conceptions possibles de la liberté, je vous les rappelle :

  • la liberté d’action
  • la liberté comme maîtrise de soi
  • et le libre arbitre

À cela, on peut ajouter la liberté entendue comme autonomie.

L’autonomie, c’est la capacité d’un individu à se donner ses propres règles. On dit souvent d’un enfant qu’il n’est pas autonome quand on considère qu’il n’est pas encore capable de savoir ce qui est bon pour lui et doit donc suivre les règles que ses parents lui demandent de suivre.

Enfin, la liberté est également une notion très importante dans le domaine politique.

Trois conceptions de la liberté en philosophie politique

D’abord, il y a la liberté civile : la liberté civile, c’est la capacité de faire tout ce qui est autorisé par les lois. Par exemple, si la loi dit que vous avez le droit d’aller voter, alors si quelqu’un essaie de vous en empêcher, vous pouvez faire appel à la police. En d’autres termes, la liberté civile se traduit pour le citoyen par des droits qui sont garantis par l’État. L’État vous garantit que vous pouvez faire ceci ou cela sans qu’aucun autre individu ne vienne nous en empêcher.

La liberté civile est à opposer à la liberté dite naturelle qui est la capacité de faire absolument tout ce que l’on veut sans aucune limite. Le problème est qu’assez vite, si tout le monde fait absolument tout ce qu’il veut, c’est la loi du plus fort qui règne et même le plus fort ne reste pas très longtemps libre. La liberté naturelle peut donc sembler intéressante et pourtant c’est une illusion.

Enfin, dernier sens possible de la liberté : c’est la liberté politique que l’on peut aussi penser comme une forme d’autonomie politique. Un peuple a la liberté politique quand il se donne ses propres règles, c’est-à-dire qu’il choisit lui-même les lois auxquelles il va obéir. Vous comprenez que le régime qui permet la liberté politique est la démocratie.

Quelques grands problèmes philosophiques sur la liberté en philosophie.

Premier grand problème : Sommes-nous réellement libres ? Ou bien sommes-nous au contraire déterminés ?

Ce problème porte essentiellement sur l’existence du libre arbitre. Avoir le libre arbitre, nous l’avons vu, c’est pouvoir faire des choix sans être influencé en faisant usage de notre volonté et peut-être aussi de notre raison si nous avons réfléchi un minimum avant de faire notre choix.

Mais une telle capacité de choix existe-t-elle réellement ? Peut-on dire que nous faisons des choix rationnels sans être influencé et en optant pour ce qui nous semble le mieux pour nous, par exemple ? Ou bien faut-il admettre qu’en réalité, nos choix sont tout à fait déterminés par notre environnement social, notre famille, nos amis ? Ou encore par nos expériences passées et les traces qu’elles ont laissées dans notre psyché ?

Un fervent défenseur du libre arbitre est le philosophe français du 17e siècle René Descartes qui dit : « La liberté de notre volonté se connaît sans preuve, par la seule expérience que nous en avons. »

En effet, à ses yeux, il est évident que nous sommes libres, car nous ressentons cette liberté quand nous devons prendre une décision. Nous savons qu’il dépend de nous de faire un choix ou un autre et que nous serons responsables de ce choix.

Mais si nous sommes bien conscients que c’est nous qui faisons le choix, pouvons-nous réellement affirmer que nous le faisons librement, c’est-à-dire sans subir l’influence de notre passé ou de notre groupe social, par exemple ?

Au contraire, pour Spinoza, nous ne sommes pas libres, mais nous avons l’illusion d’être libres, car nous sommes conscients des choix que nous faisons et des actions que nous entreprenons, mais pas des causes profondes qui nous ont poussé à faire ces choix.

Deuxième problème classique sur la liberté en philosophie :

A-t-on besoin d’apprendre à être libre ? Ou bien peut-on dire que nous sommes libres spontanément ?

Il est alors question de décider si la liberté est quelque chose qui s’apprend et que l’on peut acquérir ou s’il s’agit de quelque chose d’inné.

Sur cette question, il est possible de s’appuyer sur une thèse de Sartre, qui affirme que l’homme est condamné à être libre. Par là, il veut dire notamment que l’homme ne choisit pas d’être libre ou non car il ne choisit pas de naître. Il est jeté dans le monde sans l’avoir choisi, mais nous dit Sartre, une fois qu’il est au monde, alors il est fondamentalement libre et responsable de ce qu’il devient, quoi qu’il puisse en dire.

À cette thèse de Sartre, on pourrait opposer une thèse défendue par Kant dans « Qu’est-ce que les lumières ? » Pour le philosophe allemand, la liberté n’est pas quelque chose qui va de soi pour les hommes. Au contraire, à ses yeux, la plupart des hommes, bien qu’ayant atteint l’âge adulte, restent des mineurs, c’est-à-dire qu’ils ne se servent pas de leur propre entendement et continuent de suivre sans réfléchir ce que les autorités du moment leur commandent de faire. En ce sens, il faudrait bien que les hommes apprennent à se servir de leur raison et sans cela, ils ne sont pas réellement libres.

Troisième problème philosophique sur la liberté : un homme libre est-il nécessairement heureux ?

Ou en d’autres termes, peut-on affirmer que la liberté nous apportera toujours le bonheur ? Ou bien faut-il au contraire défendre que l’on peut être libre et malheureux ?

Pour traiter ce problème, on peut notamment penser au philosophe grec de l’antiquité, Epicure, pour qui être libre c’est notamment être maître de soi et savoir renoncer à certains désirs qui risquent de causer en nous des souffrances et des douleurs. Alors, à ses yeux, le sage libre est maître de ses désirs et n’est pas soumis à des peurs irrationnelles, ce qui le rend heureux.

Mais si l’on peut admettre que la liberté entendue comme maîtrise de soi nous rend heureux, en est-il de même du libre arbitre ? Si l’on en croit Sartre, cette capacité que nous avons de faire des choix peut aussi produire en nous une grande angoisse car pouvoir faire des choix ne signifie pas être sûr de faire les bons choix. Il n’est pas toujours facile d’être libre, car faire un choix, c’est prendre le risque de se tromper. Nous sommes responsables de ce que nous devenons pour Sartre et cette responsabilité est source d’angoisse.

Enfin, dernier problème que l’on peut se poser sur la liberté en philosophie.

La liberté consiste t-elle à faire tout ce qui nous plaît ?

Ou en d’autres termes, est-ce que les lois auxquelles nous obéissons lorsque nous vivons en société sont des limites à notre liberté ? Ou bien faudrait-il au contraire les voir comme des conditions de notre liberté ?

En effet, si l’on prend la liberté au sens de la liberté naturelle comme la possibilité de faire tout ce que nous voulons, alors effectivement les lois apparaissent comme des limites à cette liberté.

Mais est-ce que la liberté naturelle est une véritable liberté ? Resterions-nous libres très longtemps s’il n’y avait aucune loi et que la loi du plus fort régnait ? Sans doute pas très longtemps, car nous serions rapidement soumis par une puissance plus forte que nous. Cette thèse est notamment défendue par Rousseau dans le Contrat social. À ses yeux, la seule liberté réelle est la liberté civile, c’est-à-dire que nous sommes libres lorsque nous faisons ce qui est permis par les lois, et nous sommes d’autant plus libres dans ce cas que l’État nous garantit qu’aucun autre individu ne viendra nous empêcher de faire ce que nous avons le droit de faire. Par exemple, nous avons le droit de posséder des biens et si quelqu’un vient nous les prendre, nous pouvons faire appel à la police. La loi est donc en réalité une garantie de notre liberté, car elle nous protège de ceux qui voudraient nous soumettre à leur volonté.

Néanmoins, qu’en est-il si les lois auxquelles nous obéissons ne sont pas décidées par le peuple, mais par un roi ou par une minorité d’individus qui détiennent le pouvoir ? Alors, est-ce que les lois ne sont pas effectivement des limites à notre liberté et n’aurions-nous pas le droit, voire même le devoir, de désobéir ? C’est ce que défend le philosophe américain du 19e siècle Henry David Thoreau dans son Essai intitulé De la désobéissance civile.

Voilà pour cet article, j’espère qu’il vous aidera à mieux comprendre la notion de liberté en philosophie et les différents problèmes qu’elle peut poser. Pour retrouver tous les cours par notions, vous pouvez vous rendre sur cette page. Pour une présentation du programme en vidéos, c’est ici.

Citation de Spinoza

Citation de Spinoza
Citation de Spinoza

Pour Spinoza, nous avons tendance à nous moquer des hommes et à les juger durement car nous croyons à la toute puissance du libre arbitre. Nous pensons que l’homme est libre et donc pleinement responsable de ses choix, là où, en réalité, les hommes sont déterminés par les circonstances et par leurs passions. C’est ce que dit Spinoza dans l’Ethique, les hommes croient être libres car ils n’ont pas conscience des causes qui les déterminent. Ils ne voient pas à quel point, ils sont influencés par des causes antérieures qui agissent sur leurs choix.

La conséquence de cette illusion, pour Spinoza, est que nous avons tendance à émettre des jugements moraux sur la conduite des autres, en les louant ou en les blâmant, car nous les pensons pleinement responsables de leurs actes. Nous allons également nous indigner, pleurer ou nous moquer face à ce que nous pensons être un mauvais usage du libre arbitre. Mais, pour Spinoza, ces jugements et ces réactions émotionnelles n’ont pas grand sens et il vaut mieux philosopher et chercher à comprendre la nature humaine plutôt que de blâmer les hommes pour des comportements qu’ils n’ont pas choisi.

« Ni rire, ni pleurer, ni détester, mais comprendre ». Cette citation de Spinoza, nous enjoint donc à chercher à comprendre plutôt qu’à blâmer.

Texte pour comprendre la citation de Spinoza :

« La plupart de ceux qui ont parlé des sentiments et des conduites humaines paraissent traiter, non de choses naturelles qui suivent les lois ordinaires de la Nature, mais de choses qui seraient hors Nature. Mieux, on dirait qu’ils conçoivent l’homme dans la Nature comme un empire dans un empire. Car ils croient que l’homme trouble l’ordre de la Nature plutôt qu’il ne le suit, qu’il a sur ses propres actions une puissance absolue et qu’il n’est déterminé que par soi.

Et ils attribuent la cause de l’impuissance et de l’inconstance humaines, non à la puissance ordinaire de la Nature, mais à je ne sais quel vice de la nature humaine : et les voilà qui pleurent sur elle, se rient d’elle, la méprisent ou, le plus souvent, lui vouent de la haine ; qui sait avec plus d’éloquence ou de subtilité accabler l’impuissance de l’esprit humain passe pour divin. Sans doute n’a-t-il pas manqué d’hommes éminents (et nous avouons devoir beaucoup à leur labeur, à leur ingéniosité) pour écrire sur la droite conduite de la vie beaucoup de choses excellentes et pour donner aux mortels de sages conseils : mais la nature des sentiments, leur force impulsive et, à l’inverse, le pouvoir modérateur de l’esprit sur eux, personne, à ma connaissance, ne les a déterminés. Je sais bien que le très illustre Descartes, encore qu’il ait cru au pouvoir absolu de l’esprit sur ses actions, a tenté l’explication des sentiments humains par leurs causes premières et à montrer en même temps comment l’esprit peut dominer absolument les sentiments ; mais, à mon avis, il n’a rien montré du tout que l’acuité de sa grande intelligence, comme je le démontrerai en son lieu.

Je veux donc revenir à ceux qui préfèrent haïr ou railler les sentiments et les actions des hommes, plutôt que de les comprendre. Sans doute leur paraîtra-t-il extraordinaire que j’entreprenne de traiter des vices et de la futilité des hommes selon la méthode géométrique, que je veuille démontrer par un raisonnement rigoureux (certa) ce qu’ils proclament sans cesse contraire (repugnare) à la Raison, cela même qu’ils disent vain, absurde et horrifique. Mais voici mon argument (ratio). Il ne se produit rien dans la Nature qui puisse lui être attribué comme un vice inhérent ; car la Nature est toujours la même, et partout sa vertu et sa puissance d’action (agendi) est une et identique. Ce qui signifie que les lois et les règles de la Nature, suivant lesquelles toute chose est produite et passe d’une forme à une autre, sont partout et toujours les mêmes, et par conséquent il ne peut exister aussi qu’un seul et même moyen de comprendre la nature des choses, quelles qu’elles soient : par les lois et les règles universelles de la Nature.

Voilà pourquoi les sentiments de haine, de colère, d’envie, etc., considérés en eux-mêmes, obéissent à la même nécessité et à la même vertu de la Nature que les autres choses singulières ; et par suite ils admettent des causes rigoureuses (certas) qui les font comprendre, et ils ont des propriétés bien définies (certas) tout aussi dignes d’être connues que les propriétés d’une quelconque autre chose dont la seule considération nous satisfait. Je traiterai donc de la nature et de la force impulsive des sentiments et de la puissance de l’esprit sur eux selon la même méthode qui m’a précédemment servi en traitant de Dieu et de l’Esprit, et je considérerai les actions et les appétits humains de même que s’il était question de lignes, de plans ou de corps ».

Spinoza, Ethique, III, De l’origine et de la nature des sentiments

Citation de Baruch Spinoza

Baruch Spinoza ne pense pas comme Platon que le désir est quelque chose qui nous éloigne de notre nature d’être humain rationnel. Au contraire, à ses yeux, l’homme est par nature un être de désir c’est-à-dire un être qui vise « à persévérer dans son être » ou encore qui cherche à croître constamment. Pour Spinoza, l’homme désire devenir plus fort, créer, s’améliorer, ceci est dans sa nature. Il affirme que c’est là son essence ou sa nature car alors l’homme ressent la joie.

Texte de Baruch Spinoza :

Toute chose s’efforce – autant qu’il est en son pouvoir – de persévérer dans son être. L’effort par lequel toute chose s’efforce de persévérer dans son être n’est rien d’autre que l’essence actuelle de cette chose. Cet effort, en tant qu’il a rapport à l’âme seule, s’appelle : Volonté. Mais lorsqu’il a rapport en même temps à l’Âme et au Corps, il se nomme : Appétit. L’appétit, par conséquence, n’est pas autre chose que l’essence même de l’homme, de la nature de laquelle les choses qui servent à sa propre conservation résultent nécessairement ; et par conséquent, ces mêmes choses, l’homme est déterminé à les accomplir. En outre, entre l’appétit et le désir il n’existe aucune différence, sauf que le désir s’applique, la plupart du temps, aux hommes lorsqu’ils ont conscience de leur appétit et, par suite, le désir peut être ainsi défini : « Le désir est un appétit dont on a conscience. » Il est donc constant, en vertu des théorèmes qui précèdent, que nous ne nous efforçons pas de faire une chose, que nous ne voulons pas une chose, que nous n’avons non plus l’appétit ni le désir de quelque chose parce que nous jugeons que cette chose est bonne ; mais qu’au contraire nous jugeons qu’une chose est bonne parce que nous nous efforçons vers elle, que nous la voulons, que nous en avons l’appétit et le désir.
Spinoza, Éthique (1675).

Citation de Spinoza sur le déterminisme

Spinoza, dans cette Lettre, montre en prenant l’exemple d’une pierre qui devient consciente alors qu’elle est en l’air et vole, que les hommes croient être libres parce qu’ils ignorent les causes qui les poussent. Tout comme la pierre, ils ont été poussés mais comme ils n’en sont pas conscients, ils se croient libres. C’est la thèse déterministe qui défend l’idée que les hommes sont déterminés par leur génétique, leur psychologie, leur milieu social, le monde physique et n’ont en réalité pas de libre arbitre.

Texte de Spinoza :

« une pierre par exemple reçoit d’une cause extérieure qui la pousse, une certaine quantité de mouvement et, l’impulsion de la cause extérieure venant à cesser, elle continuera à se mouvoir nécessairement. Cette persistance de la pierre dans le mouvement est une contrainte, non parce qu’elle est nécessaire, mais parce qu’elle doit être définie par l’impulsion d’une cause extérieure. Et ce qui est vrai de la pierre il faut l’entendre de toute chose singulière, quelle que soit la complexité qu’il vous plaise de lui attribuer, si nombreuses que puissent être ses aptitudes, parce que toute chose singulière est nécessairement déterminée par une cause extérieure à exister et à agir d’une certaine manière déterminée. Concevez maintenant, si vous voulez bien, que la pierre, tandis qu’elle continue de se mouvoir, pense et sache qu’elle fait effort, autant qu’elle peut, pour se mouvoir. Cette pierre assurément, puisqu’elle a conscience de son effort seulement et qu’elle n’est en aucune façon indifférente, croira qu’elle est très libre et qu’elle ne persévère dans son mouvement que parce qu’elle le veut. Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leur appétits et ignorent les causes qui les déterminent. Un enfant croit librement appeter le lait, un jeune garçon irrité vouloir se venger et, s’il est poltron, vouloir fuir. Un ivrogne croit dire par un libre décret de son âme ce qu’ensuite, revenu à la sobriété, il aurait voulu taire. De même un délirant, un bavard, et bien d’autres de même farine, croient agir par un libre décret de l’âme et non se laisser contraindre. »

Baruch Spinoza (1632-1677),  Lettre 58 à Schuller (1674).