Anarchisme

Comprendre l’Anarchisme : Origines, Figures, Évolutions

Quand on évoque l’anarchisme, beaucoup pensent immédiatement au chaos, à la violence, aux bombes. C’est une image tenace, mais profondément réductrice. Car l’anarchisme est avant tout une philosophie politique élaborée, avec ses penseurs, ses débats internes et ses expériences concrètes. C’est aussi un mouvement social qui a mobilisé des millions de travailleurs, notamment en France, en Espagne, en Italie, en Argentine ou au Brésil.

Alors, comment ce mouvement est-il né ? Quelles sont ses grandes figures ? Comment a-t-il évolué au fil du temps ?

Dans l’usage politique européen, le terme a longtemps eu une connotation péjorative. On l’employait pour désigner le désordre dans un État dû à l’absence ou à la faiblesse du gouvernement, puis, par extension, toute situation de confusion ou de désorganisation. Quand quelqu’un parlait d’« anarchie » au XIXe siècle, il pensait généralement à quelque chose de négatif, de dangereux. Mais certains penseurs vont tenter de changer cette signification.

L’anarchie comme projet politique

En Angleterre, dès la fin du XVIIIe siècle, William Godwin publie en 1793 son Enquête sur la justice politique. Sans utiliser le terme « anarchiste », il développe une critique radicale de l’État et de la propriété, et défend l’idée que les êtres humains peuvent s’organiser librement par la raison, sans autorité supérieure. On considère souvent Godwin comme un précurseur de l’anarchisme, même s’il n’a pas fondé de mouvement.

En Allemagne, dans les années 1840, Max Stirner publie L’Unique et sa propriété (1844). Stirner y développe ce qu’on pourrait appeler un « égoïsme radical » : il rejette toutes les abstractions qui prétendent dominer l’individu, que ce soit Dieu, l’État, la société, ou même l’humanité. Pour Stirner, seul l’individu concret existe et a de la valeur. Cette pensée influencera plus tard l’anarchisme individualiste.

Mais c’est véritablement avec Pierre-Joseph Proudhon que l’anarchisme naît comme mouvement politique conscient de lui-même.

Proudhon : le père fondateur

En 1840, un ouvrier typographe français de 31 ans publie un mémoire qui va faire scandale : Qu’est-ce que la propriété ? Son nom : Pierre-Joseph Proudhon. Sa réponse à la question qu’il pose : « La propriété, c’est le vol ». Dans ce même ouvrage, Proudhon se déclare « anarchiste ». C’est la première fois qu’un penseur revendique positivement ce terme. Et il lui donne une signification nouvelle : l’anarchie, c’est l’ordre sans le pouvoir.

Que veut-il dire par là ? Proudhon ne prône pas le chaos. Au contraire, il imagine une société parfaitement organisée, mais sans autorité imposée d’en haut. Une société où les individus s’associent librement, échangent sur la base de la réciprocité, et coordonnent leurs activités par le contrat plutôt que par la loi.

Proudhon développe sa pensée dans de nombreux ouvrages : Système des contradictions économiques (1846), Idée générale de la révolution (1851), Du principe fédératif (1863)… Il élabore le concept de mutualisme qui désigne une économie fondée sur l’échange équitable et le crédit gratuit — et celui de fédéralisme : une organisation politique largement décentralisée, où les communes s’associent librement sans être soumises à un État centralisateur.

Proudhon meurt en 1865, mais ses idées lui survivent. Elles vont profondément influencer le mouvement ouvrier naissant, notamment au sein de la Première Internationale.

La Première Internationale : proudhoniens contre marxistes

En 1864, à Londres, est fondée l’Association Internationale des Travailleurs, que l’on appelle aujourd’hui la Première Internationale. Elle réunit des ouvriers et des militants de toute l’Europe, venus d’horizons très différents : syndicalistes anglais, mutuellistes français, républicains italiens, socialistes allemands…

Au sein de cette organisation, deux tendances vont progressivement s’affronter.

  • D’un côté, les partisans de Karl Marx. Pour eux, la transformation de la société passe par la conquête du pouvoir politique. Le prolétariat doit s’organiser en parti, prendre le contrôle de l’État, et utiliser cet État pour abolir le capitalisme. C’est seulement ensuite, dans un futur lointain, que l’État pourra « dépérir ».
  • De l’autre côté, les héritiers de Proudhon, rejoints bientôt par un nouveau venu : Mikhaïl Bakounine. Pour eux, l’État est l’ennemi, même quand il prétend être « ouvrier » ou « socialiste ». On ne libère pas les travailleurs en leur donnant de nouveaux maîtres. La révolution doit détruire l’État, pas s’en emparer.

Cette opposition va structurer tout le mouvement ouvrier pour plus d’un siècle.


Bakounine : l’anarchisme collectiviste

Mikhaïl Bakounine (1814-1876) est un aristocrate russe devenu révolutionnaire. Il a participé aux insurrections de 1848 à travers toute l’Europe, a été emprisonné en Saxe, livré à la Russie, déporté en Sibérie, d’où il s’est évadé pour rejoindre l’Europe occidentale via le Japon et les États-Unis. Un parcours romanesque, à l’image du personnage.

Bakounine reprend la critique proudhonienne de l’État, mais il la radicalise. Pour lui, tout pouvoir politique corrompt. Même une « dictature du prolétariat » — concept défendu par Marx — serait une dictature, c’est-à-dire une oppression. Il écrit : « Prenez le révolutionnaire le plus radical, mettez-le sur le trône de toutes les Russies, et avant un an il sera pire que le Tsar lui-même. »

Sur le plan économique, Bakounine s’éloigne du mutualisme proudhonien. Il défend ce qu’il appelle le collectivisme : les moyens de production (terres, usines, machines) doivent appartenir collectivement aux travailleurs, pas à des individus. La rémunération, cependant, reste proportionnelle au travail fourni : « À chacun selon son travail ».

Bakounine joue un rôle central dans les conflits qui déchirent la Première Internationale. Au congrès de La Haye en 1872, Marx fait exclure Bakounine et ses partisans. C’est la scission. Les « anti-autoritaires » se retrouvent au congrès de Saint-Imier (Suisse) et fondent leur propre organisation, la Fédération jurassienne, qui proclame : « L’autonomie et l’indépendance des fédérations et sections ouvrières sont la première condition de l’émancipation des travailleurs ».

C’est dans ce berceau jurassien que l’anarchisme organisé prend véritablement son essor.


Kropotkine : l’anarcho-communisme et l’entraide

Après la mort de Bakounine en 1876, une nouvelle figure émerge : Pierre Kropotkine (1842-1921). Lui aussi est un aristocrate russe, mais c’est surtout un scientifique, géographe et naturaliste de formation.

Kropotkine va développer ce qu’on appelle l’anarcho-communisme. Il s’écarte du collectivisme bakouninien sur un point crucial : la rémunération. Pour Kropotkine, le principe « à chacun selon son travail » est encore une forme d’inégalité et de marchandage. Il lui préfère la formule : « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ».

Autrement dit, dans une société anarchiste-communiste, les biens seraient mis en commun et chacun prendrait librement ce dont il a besoin, sans comptabilité mesquine. C’est une vision généreuse, fondée sur la confiance dans la nature humaine.

Et c’est précisément sur ce point que Kropotkine apporte une contribution originale. Dans son livre L’Entraide, un facteur de l’évolution (1902), il s’oppose à la vision darwinienne vulgaire de la « lutte pour la vie ». En observant le monde animal et les sociétés humaines, il montre que la coopération, l’entraide, la solidarité sont des facteurs d’évolution au moins aussi importants que la compétition. L’être humain n’est pas naturellement égoïste. Il est capable de générosité, d’altruisme et de dévouement au bien commun.

Cette thèse aura une influence considérable. Elle fonde l’optimisme anarchiste : si l’être humain est capable de coopérer spontanément, alors une société sans État n’est pas une utopie, mais une possibilité réelle.

La « propagande par le fait » : la tentation terroriste

Les années 1880-1890 marquent un tournant sombre dans l’histoire de l’anarchisme. Frustrés par la lenteur des transformations sociales, certains anarchistes se tournent vers l’action directe violente, ce qu’ils appellent la « propagande par le fait ».

L’idée est la suivante : un acte spectaculaire — assassinat d’un roi, d’un président, d’un patron — frappera les esprits et « réveillera » les masses populaires. C’est une théorie de l’exemplarité révolutionnaire.

Les attentats se multiplient. En France, Ravachol, Émile Henry, Auguste Vaillant commettent des attentats à la bombe. Le président Sadi Carnot est assassiné en 1894. En Italie, le roi Humbert Ier est tué en 1900. En Espagne, aux États-Unis, en Russie, des attentats anarchistes font régulièrement la une des journaux.

La répression est féroce. En France, les « lois scélérates » de 1894 permettent de poursuivre non seulement les auteurs d’attentats, mais aussi tous ceux qui font l’« apologie » de l’anarchisme. De nombreux militants sont arrêtés, emprisonnés et parfois exécutés.

Cette période « terroriste » a profondément marqué l’image de l’anarchisme dans l’opinion publique. C’est de là que vient l’association entre « anarchiste » et « poseur de bombes ». Mais il faut bien comprendre que cette stratégie terroriste n’a jamais fait l’unanimité dans le mouvement. Beaucoup d’anarchistes l’ont critiquée, considérant qu’elle était contre-productive et contraire aux principes libertaires.

Le syndicalisme révolutionnaire :

Face à l’impasse du terrorisme, de nombreux anarchistes vont se tourner vers une autre stratégie : le syndicalisme. C’est un tournant majeur dans l’histoire du mouvement.

En France, une figure incarne cette évolution : Fernand Pelloutier (1867-1901). Journaliste, militant infatigable malgré une santé fragile, il devient en 1895 secrétaire de la Fédération des Bourses du Travail.

Les Bourses du Travail sont des institutions originales. Ce sont des lieux où les ouvriers peuvent se réunir, s’informer, se former, s’organiser. Elles fonctionnent de manière autonome, indépendamment des partis politiques et de l’État. Pour Pelloutier, elles préfigurent la société future : des « organisations quasi libertaires, supprimant de fait tout pouvoir politique ».

En 1895, Pelloutier publie un texte important : « L’anarchisme et les syndicats ouvriers ». Il y appelle les anarchistes à abandonner définitivement le terrorisme et à rejoindre les syndicats. Le syndicat devient l’instrument privilégié de la transformation sociale.

Cette orientation va donner naissance au syndicalisme révolutionnaire, qui s’affirme notamment avec la Charte d’Amiens de 1906. La CGT française proclame alors son indépendance vis-à-vis de tous les partis politiques et fait de la grève générale l’arme principale de la révolution.

Le syndicalisme révolutionnaire n’est pas exactement l’anarchisme. Il s’en distingue par son pragmatisme et sa volonté d’unir tous les travailleurs, quelle que soit leur idéologie. Mais il en partage les principes fondamentaux : autonomie ouvrière, action directe, refus de la politique parlementaire, organisation fédéraliste.

Ce modèle français va essaimer dans le monde entier. En Espagne avec la CNT, en Italie avec l’USI, en Argentine avec la FORA, au Brésil, aux États-Unis avec les IWW… Le syndicalisme révolutionnaire devient, au début du XXe siècle, un mouvement international de masse.

Espagne 1936 : l’anarchisme au pouvoir ?

Le moment le plus spectaculaire de l’histoire anarchiste est sans doute la révolution espagnole de 1936.

En juillet 1936, des généraux nationalistes, dont Francisco Franco, tentent un coup d’État contre la République espagnole. Dans plusieurs régions, notamment en Catalogne et en Aragon, les ouvriers et les paysans s’arment pour résister. Et ils ne se contentent pas de repousser les putschistes : ils font la révolution.

En quelques semaines, les usines sont collectivisées et gérées par les travailleurs. Les terres sont mises en commun. Les services publics fonctionnent sous contrôle ouvrier. À Barcelone, la CNT (Confédération Nationale du Travail), le grand syndicat anarchiste espagnol, est la force dominante.

C’est une expérience unique dans l’histoire : des millions de personnes vivent pendant plusieurs mois selon les principes anarchistes. George Orwell, qui combat dans les milices républicaines, témoigne de cette atmosphère extraordinaire dans son Hommage à la Catalogne (1938).

Mais cette révolution est prise en étau. D’un côté, les franquistes avancent, soutenus par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste. De l’autre, les communistes staliniens, influents au sein du gouvernement républicain, cherchent à reprendre le contrôle et à mettre fin aux expériences libertaires. En mai 1937, des affrontements éclatent à Barcelone entre anarchistes et communistes. La révolution est brisée de l’intérieur.

En 1939, Franco l’emporte. Des dizaines de milliers d’anarchistes sont exécutés ou contraints à l’exil. Le mouvement anarchiste espagnol, le plus puissant du monde, est décimé.

L’après-guerre : déclin et renaissance

Après 1945, l’anarchisme semble entrer en hibernation. Le mouvement ouvrier est dominé par les partis communistes, liés à l’Union soviétique. Le syndicalisme révolutionnaire a disparu ou s’est intégré dans des confédérations réformistes. Les grandes figures historiques sont mortes depuis longtemps.

Pourtant, les idées libertaires ne disparaissent pas. Elles ressurgissent en Mai 68, quand les étudiants et les ouvriers français se révoltent contre l’autoritarisme — celui de l’État, mais aussi celui des partis et des syndicats traditionnels. Les slogans fleurissent : « Il est interdit d’interdire », « L’imagination au pouvoir », « Ni Dieu ni maître »…

Mai 68 n’est pas un mouvement anarchiste au sens strict. Mais il porte une sensibilité libertaire, une méfiance envers toutes les formes de pouvoir, un désir d’autogestion et de démocratie directe. C’est ce qu’on appellera plus tard l’esprit « libertaire », distinct de l’anarchisme militant mais apparenté à lui.

Dans les décennies suivantes, cette sensibilité va irriguer de nombreux mouvements : écologistes, féministes, altermondialistes… On la retrouve dans la critique de la centralisation, dans la valorisation des initiatives locales, dans les expériences d’économie solidaire, dans les zones à défendre (ZAD)…


L’anarchisme aujourd’hui

Où en est l’anarchisme aujourd’hui ? Le mouvement anarchiste organisé existe toujours, avec ses fédérations, ses journaux, ses librairies, ses militants. Mais il reste marginal, loin de la puissance qu’il avait au début du XXe siècle.

En revanche, les idées anarchistes n’ont jamais été aussi répandues. La critique de l’État, le refus de la hiérarchie, l’aspiration à l’autogestion, la défense de l’autonomie individuelle et collective — tous ces thèmes font partie du paysage intellectuel contemporain.

On les retrouve dans l’économie sociale et solidaire, dans les coopératives de production, dans les associations de consommateurs. On les retrouve dans les mouvements de défense de l’environnement, qui critiquent la croissance et le productivisme. On les retrouve dans les expériences de démocratie participative, dans les budgets citoyens, dans les assemblées de quartier.

Murray Bookchin, penseur américain décédé en 2006, a développé le concept de « municipalisme libertaire » : une forme de démocratie directe à l’échelle locale, où les citoyens participent directement aux décisions qui les concernent. Cette idée a inspiré le mouvement kurde au Rojava (nord de la Syrie), où une expérience d’autonomie démocratique est en cours depuis 2012. L’anarchisme, en somme, n’est pas un vestige du passé. C’est une tradition vivante, qui continue de poser les questions essentielles : comment vivre ensemble sans domination ? Comment organiser la société sans écraser la liberté ? Comment concilier l’autonomie individuelle et la solidarité collective ?

Ces questions, posées par Proudhon il y a près de deux siècles, restent les nôtres.

J’espère que cet article vous aura permis de mieux comprendre l’histoire du mouvement anarchiste. Si vous souhaitez approfondir, n’hésitez pas à lire mon article sur l’anarchisme de Proudhon ou à découvrir d’autres contenus sur mon blog.

À bientôt !

Caroline

L’État en philosophie

La notion d’État – programme de philosophie

Bienvenue dans cet article, dans lequel nous allons parler de la notion d’État en philosophie.

Je vais d’abord faire un point sur la définition que l’on peut donner de l’État. Puis, je reviendrai sur les grands problèmes classiques qui se posent sur la notion d’État en mentionnant quelques auteurs intéressants à connaître sur cette notion.

Aujourd’hui on peut définir l’État comme l’ensemble des institutions politiques, juridiques, militaires, administratives et économiques qui organisent une société sur un territoire donné.

C’est une autorité souveraine qui s’exerce sur un peuple particulier. Cette autorité est dite souveraine car l’État exerce un pouvoir sur le peuple et n’est lui-même soumis à aucune autorité supérieure. Il n’y a rien au dessus de l’État. Même quand un État rejoint l’Union européenne par exemple, il peut décider ensuite de ne pas appliquer ces décisions ou même de quitter cette union. C’est ce qu’a choisi de faire l’État anglais avec le Brexit.

Enfin, l’État est un pouvoir dit institutionnalisé, cela signifie que le pouvoir de l’État est détaché de ceux qui exercent concrètement le pouvoir. L’État existe et existera même si le roi ou le Président change.

C’est donc un pouvoir permanent. c’est cette permanence du pouvoir de l’État qu’exprime la formule « le roi est mort, vive le roi ! »

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A présent voici quelques grandes questions philosophiques sur la notion d’État :

– Premier sujet : L’État restreint-il la liberté individuelle ?

L’État en tant qu’il exerce une autorité sur le peuple par l’intermédiaire de lois est-il une limite à la liberté individuelle ? Ou au contraire, est-il une condition de cette liberté individuelle ?

En d’autres termes, serions-nous davantage libres s’il n’y avait pas de loi ? A cette question, le philosophe libéral Locke, répond sans ambiguité :

 » Il est certain que la fin d’une loi n’est pas d’abolir ou de restreindre la liberté mais de la préserver et de l’augmenter. (…) Car la liberté consiste à n’être pas exposé à la contrainte et à la violence des autres ; ce qui ne peut se trouver là ou il n’y a pas de loi.

En effet, pour Locke, l’Etat est crée pour faire en sorte que la vie, la liberté et la propriété de chaque individu soit protégée. En l’absence d’Etat et de lois, chaque individu risquerait d’être soumis par un autre dès lors qu’il est plus fort que lui. Ce serait le règne de la loi du plus fort et dans cette condition s’il nous arrive d’être libre nous ne le restons pas longtemps.

Mais, si l’Etat apparait comme une condition de la liberté individuelle, ne peut-il pas aussi être un danger pour cette liberté ? Que dire d’un Etat qui aurait à sa tête un despote  gouvernant seul et exerçant un pouvoir absolu ?

Ne représenterait-il pas alors plutôt un danger pour la liberté individuelle ?

Sur cette question,  vous pouvez vous intéresser notamment à Montesquieu, qui est un philosophe français du 18e siècle. Il est notamment connu pour avoir écrit De l’esprit des lois, œuvre dans laquelle il réfléchit notamment aux raisons qui expliquent la corruption des régimes politiques c’est-à-dire par exemple comment une démocratie peut dégénérer en despotisme.

Pour Montesquieu, il n’est pas réaliste d’attendre que le souverain quel qu’il soit, soit toujours moral et toujours honnête. Les êtres humains sont ainsi fait que lorsqu’ils ont le pouvoir, il leur est difficile de rester intègre. Montesquieu développe ainsi cette idée, aujourd’hui bien connue, selon laquelle le pouvoir corrompt.

Il dit ainsi : « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser »

Alors, pour s’assurer que le souverain ne soit pas tenté d’abuser de son pouvoir, il faut mettre en place des règles qui vont limiter son pouvoir. C’est ce que Montesquieu appelle la séparation des pouvoirs. Principe qui est devenu un fondement de nos démocraties contemporaines. Selon ce principe, il est nécessaire afin que le régime ne dégénère pas en despotisme que les pouvoirs (exécutifs, législatifs et judiciaires) restent séparés, c’est-à-dire qu’ils ne doivent pas être aux mains des mêmes personnes.

– Deuxième sujet : Peut-il y avoir une société sans État ?

Ou en d’autres termes, les êtres humains peuvent-ils vivre ensemble pacifiquement sans qu’un État exerce sur eux une autorité ?

Sur cette question Hobbes, philosophe anglais du 17e siècle répondra catégoriquement non. A ses yeux, en l’absence d’État, il n’y a pas de vie en société possible, mais seulement une « guerre de chacun contre chacun ».

Dans l’hypothétique état de nature, même si la majorité des hommes sont rationnels, il y a une minorité irrationnelle qui attaque les autres et va ce faisant conduire chaque individu à craindre pour sa vie et à attaquer les autres. La constitution d’un État qui assure la sécurité apparaît alors comme absolument nécessaire pour que les hommes puissent vivre ensemble et ce, même si une fois édifié, cet État peut représenter un danger pour l’individu s’il abuse de son pouvoir.

Mais cette idée que l’État serait finalement un mal nécessaire n’est-elle pas une idée défendue par la classe dominante afin de garder le contrôle sur le reste de la société ? L’anarchiste russe du 19e siècle Bakounine défend ainsi que l’État est toujours contrôlé par la classe dominante de la société qui s’en sert pour servir ses intérêts et exploiter les classes inférieures. A ses yeux, tant que l’État subsiste, ceux qui sont à sa tête abuseront du pouvoir.

Or, pour lui, l’idée qu’il doit toujours y avoir un État n’est pas vraie. Il doit y avoir un ordre et une organisation, à n’en pas douter, et c’est en ce sens que l’anarchie contrairement à ce que l’on pense souvent n’est pas le chaos. Mais, pour Bakounine, cet ordre doit être assuré à une échelle plus petite que l’État. Il propose ainsi d’organiser la société en fédération. Pour lui, chaque individu doit appartenir à une commune ou à une association et ces groupes doivent interagir entre eux et s’organiser au maximum de manière horizontal.

Troisième sujet : L’obéissance à l’État est-elle toujours une obligation ?

Ou en d’autres termes, faut-il toujours obéir à l’État et aux lois si celui ci édicte des lois injustes par exemple ? Ne peut-on pas et même ne doit on pas désobéir si la loi nous apparaît contraire au bien ?

A cela Spinoza répond qu’il faut toujours obéir à l’État car même si parfois certaines lois sont injustes, cela fait courir beaucoup trop de risques à la société et donc aux individus si chacun commence à juger du juste et de l’injuste par lui-même.

Pour justifier cette thèse Spinoza avance entre autres deux arguments :

– D’abord, l’État garantit la paix et la sécurité aux individus, ils doivent donc éviter de remettre en question les lois de l’État car c’est parce que les lois sont respectées par la majorité qu’ils sont en sécurité. Ils risquent de perdre cette sécurité en fragilisant l’État.

– Deuxième argument :  Pour Spinoza, les hommes doivent admettre qu’ils sont aussi des êtres de sentiment et qu’il y a donc très souvent des décisions qu’ils prennent poussés par des sentiments plutôt que par leur raison. Ils doivent donc s’abstenir de décider tout seul.

Spinoza dit ainsi :

« On ne saurait concevoir que chaque citoyen soit autorisé à interpréter les décisions ou lois nationales. Sinon, chacun s’érigerait ainsi en arbitre de sa propre conduite. » Spinoza, Traité politique

A cette thèse de Spinoza, on peut opposer celle de Thoreau, philosophe américain du 19e siècle qui dans « De la désobéissance civile » écrit :

« La seule obligation que j’ai le droit d’adopter c’est d’agir à tout moment selon ce qui me paraît juste » Thoreau, La désobéissance civile

Selon lui, il est légitime de commettre des actions illégales non violentes afin de protester contre une loi injuste. Il affirme la primauté de la conscience morale sur la loi de l’État c’est-à-dire que si la loi est injuste et si le citoyen juge en conscience qu’elle l’est alors il a le devoir d’y désobéir. Il est l’inventeur du concept de « désobéissance civile »: la désobéissance devient, selon lui, un devoir moral lorsque la loi est injuste ou immorale, car obéir serait une manière de cautionner cette loi. C’est ce qu’il fait notamment avec l’esclavage. Il accueille des esclaves en fuite chez lui et en aide quelques-uns alors que les autorités de son pays pourchassent les esclaves en fuite et demandent aux citoyens de les dénoncer.

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