Comment faire un plan dialectique pour sa dissertation

Comment faire un plan dialectique pour sa dissertation

Dans cette vidéo, je vais vous expliquer comment construire un plan dialectique pour votre dissertation de philosophie.

Dans une précédente vidéo, je vous ai montré comment analyser le sujet et formuler la problématique, si vous ne l’avez pas vu, je vous conseille de la regarder. le lien apparait en haut à droite de la vidéo. Cette étape est importante car si vous avez bien formulé la problématique, vous avez déjà un début de plan dialectique.

En effet, en montrant le problème du sujet, c’est-à-dire en montrant qu’il y a au moins deux réponses qui s’opposent sur ce sujet, vous avez déjà une idée de la première et de la deuxième partie de votre plan. Par exemple, sur le sujet « le bonheur est-il un idéal inaccessible ? », vous pouvez d’abord défendre dans une première partie qu’effectivement le bonheur semble difficilement accessible. Puis dans une seconde partie, vous développerez une argumentation qui défendra au contraire que le bonheur est bien un idéal accessible. Vous commencerez alors un plan de dissertation que l’on nomme plan dialectique.

Alors qu’est-ce qu’un plan dialectique ? Et avec quoi ne faut-il pas le confondre ?

Le principe du plan dialectique est que votre devoir doit être organisé comme un débat. Votre plan va alors prendre la forme suivante : thèse/antithèse/thèse. Cela signifie que par exemple si le sujet est « Faut-il rechercher le bonheur ? », votre première partie doit répondre soit oui, il faut rechercher le bonheur, soit non il ne faut pas recherche le bonheur. Et si votre première partie défend plutôt oui, alors la deuxième partie doit s’y opposer et défendre plutôt que non. Enfin si vous avez défendu le non en deuxième partie, votre troisième partie devrait plutôt s’y opposer et défendre que oui.

Il est aujourd’hui plutôt déconseillé de faire une synthèse en troisième partie, car cela entraîne très souvent des troisièmes parties peu intéressantes où l’on finit sur un « peut-être que oui, peut-être que non ». Or, le but de la dissertation est tout de même d’arriver à une réponse argumentée relativement solide. En d’autres termes, il faut que vous preniez position sur le sujet dans un sens ou dans un autre. Le correcteur doit pouvoir dire à la fin si vous avez répondu plutôt oui ou plutôt non au sujet.

Par ailleurs, il faut vous assurer que chacune de vos parties réponde au sujet dans son intégralité et éviter le plan thématique qui justement risque de ne pas répondre au sujet. Le pire consiste à découper le sujet selon les différentes notions du sujet et à les traiter séparément dans les parties. Par exemple, sur le sujet « un homme libre est-il nécessairement heureux ? » où il y a deux grandes notions du programme la liberté et le bonheur, si vous faites : Première partie le bonheur, deuxième partie la liberté, troisième partie le bonheur et la liberté, alors vos deux premières parties sont hors sujet car elles ne répondent pas au sujet. En effet, expliquer ce qu’est le bonheur dans une première partie ne répond pas à la question de savoir si un homme libre est nécessairement heureux.

Donc point très important, chacune de vos parties doit répondre au sujet de manière claire sinon vous risquez de faire un hors sujet.

A présent nous allons voir comment construire son plan concrètement ? Je vais vous donner d’abord une méthode à suivre si vous êtes totalement débutant en philosophie. Disons que c’est un bon point de départ si vous êtes en terminale.

Le but est de construire un plan qui fasse thèse/antithèse/thèse : si je simplifie beaucoup cela signifie que vous devez arriver à quelque chose comme oui/non/oui ou non/oui/non.

Il faut alors que vous commenciez par déterminer quelle est la position que vous voulez défendre pour finir c’est-à-dire en troisième partie car vous allez construire votre plan en fonction de cela. La thèse que vous défendez en troisième partie doit être celle qui vous semble la plus juste et la plus convaincante.

Une fois que vous avez déterminé la réponse que vous voulez défendre pour finir, il vous faut construire vos parties 1 et 2 en conséquences.

Si vous voulez finir en défendant non alors votre deuxième partie devra défendre le oui et la première le non.

Il y a alors deux cas de figures possibles :

– soit vous n’avez pas d’avis particulier sur le sujet et ne voulez pas défendre une thèse en particulier, alors vous allez simplement vous demandez pour quelle réponse au sujet vous avez le plus d’arguments. Par exemple, si sur le sujet le bonheur est-il un idéal inaccessible ?, vous avez d’avantage d’arguments pour défendre que le bonheur est bien inaccessible alors vous ferez un plan en Oui/Non/Oui. Vous veillerez évidemment à ce que les arguments les plus forts soient dans la troisième partie car ce sont ceux qui ont résisté aux objections de la deuxième partie.

– soit vous voulez défendre une réponse en particulier, alors vous allez organiser votre plan de manière à finir en troisième partie par la réponse que vous voulez défendre. Ceci car dans un discours ou une argumentation, les éléments qui arrivent en dernier sont souvent les plus forts et ceux qui vont rester en mémoire. Dans ce cas, si vous voulez finir par la thèse selon laquelle le bonheur n’est pas un idéal inaccessible, alors vous allez faire un plan en Non/Oui/Non.

A présent je vais vous expliquer comment faire une très bonne troisième partie. Chose que vous pourriez arriver à faire avec un peu de pratique de la philosophie et qui correspond à un niveau plus confirmé.

Il y a plusieurs façons de faire une bonne troisième partie dans un plan dialectique. Le mieux est de faire en sorte que la troisième partie apporte réellement quelque chose et fasse progresser l’argumentation et la définition des termes du sujet.

Une façon de faire encore facile consiste à s’appuyer sur un élément secondaire du sujet comme l’adverbe. Par exemple, si le sujet est : « un homme libre est-il nécessairement heureux ? » alors vous pouvez vous appuyer sur le « nécessairement » pour montrer qu’un homme libre peut souvent être heureux mais pas nécessairement.

Je vais à présent vous présenter deux manières de faire une troisième partie qui me semblent parmi les plus habiles :

– 1er façon de faire : Faire une troisième partie en s’appuyant sur une distinction conceptuelle. Qu’est-ce que cela signifie ? Dans votre devoir, vous devez gagner en précision dans la définition des termes du sujet et notamment distinguer de plus en plus le terme principal des autres termes qui semblent d’abord proches mais n’ont cependant pas exactement le même sens. Par exemple, si vous avez le terme bonheur dans le sujet, les termes proches sont plaisir et joie. Ainsi, si le sujet est « le bonheur est-il un idéal inaccessible ? », vous pourriez faire une troisième partie qui défend que le bonheur entendu comme état de satisfaction durable et global est sans doute inaccessible, mais que ça n’est peut-être pas le cas de la joie entendue comme état de satisfaction plus éphémère et plus intense ressenti lorsque l’on réussit quelque chose qui a demandé des efforts. Vous pourriez alors finir en défendant que le bonheur est bien inaccessible mais pas la joie. Vous proposez alors une réponse intéressante au sujet en précisant le sens des termes.

– 2e façon de faire : Faire une troisième partie en « dépassant » le sujet. Il n’est pas rare d’entendre que la troisième partie doit opérer un dépassement du sujet. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela peut signifier, par exemple, que l’on va montrer qu’il y a peut-être une manière plus satisfaisante et intéressante de poser le problème en déplaçant le point de vue que l’on adopte pour traiter le sujet. Le risque néanmoins ici est de changer complètement le sujet et de faire un hors sujet. Faire une troisième partie de ce type demande donc une très bonne compréhension du sujet.

Comment faire pour éviter un hors sujet dans ce cas ?

D’abord, il faut être conscient que cette forme de troisième partie ne sera pas toujours possible ou ne conviendra pas toujours à la direction qu’a prise votre argumentation. Ne cherchez donc pas à faire ainsi à toute force.

Une bonne manière de dépasser le sujet peut consister à reposer le sujet non pas en terme de possibilité mais en terme de légitimité ou de valeur. Par exemple, si le sujet est « Peut-on échapper au temps ? », après avoir fait les deux premières parties en traitant de la possibilité ou non d’échapper au temps, vous pouvez en troisième partie, vous demandez si la question ne serait pas plutôt de savoir s’il est souhaitable de vouloir échapper au temps.  est-ce légitime ? est-ce bien ? Alors la troisième partie de votre plan dialectique défendra par exemple que même s’il était possible d’échapper au temps ce n’est peut-être pas souhaitable. 

Pour davantage de cours sur la méthode de la dissertation, vous pouvez consulter cette page ou regarder mes autres vidéos sur la méthode de la dissertation.

Hobbes : L’homme est un loup pour l’homme »

l'homme est un loup pour l'homme
Thomas Hobbes

Si Hobbes dit que l’homme est un loup pour l’homme c’est parce qu’il cherche à justifier la nécessité de l’Etat. Il fait alors une hypothèse sur la nature des rapports entre les hommes s’il n’y avait pas d’Etat et pas de lois. C’est alors qu’il dit qu’à l’état de nature, l’homme est un loup pour l’homme. Qu’entend-il par là ?

Selon lui, si les hommes vivaient sans force supérieure pour faire régner la paix entre eux alors chaque individu serait mû par son instinct de conservation et chercherait donc à survivre mais également à gagner en puissance. Le problème apparaît quand les hommes qui souhaitent se conserver veulent les mêmes choses. Alors, selon Hobbes, ils vont entrer en concurrence et parfois se battre. Est-ce que pour autant tous les hommes en viendraient à la violence ?

Pour Hobbes, la majorité des hommes sont plutôt rationnels, ils voient donc qu’il n’est pas réellement dans leur intérêt d’être violent avec les autres car alors les autres risquent d’être violents avec eux. Néanmoins, certains individus ne sont pas rationnels et vont donc attaquer les autres. C’est pourquoi même ceux qui sont rationnels ont peur et vont comprendre que s’ils veulent survivre ils doivent attaquer à leur tour et même attaquer préventivement. Ce qui a pour conséquence d’instaurer un état de guerre permanent entre les individus.

Vous remarquez que « l’homme est un loup pour l’homme » ne signifie pas que les hommes sont méchants ou mauvais par nature, mais simplement que, dans une certaine situation, leur instinct de conservation et leur peur de mourir les poussent à se défendre et à se battre.

Cet état de guerre est un état de désolation où les hommes vivent malheureux car on ne peut rien construire, rien apprendre et rien créer quand on a constamment peur pour sa vie et que l’on est en train d’attaquer ou de se défendre. C’est pourquoi, selon Hobbes, les hommes qui sont rationnels décident de renoncer à leur pouvoir de se défendre pour se soumettre à un roi qui fera régner l’ordre entre les individus car il sera craint de tous. Ils sont alors soumis au roi mais n’ont plus à craindre d’être soumis par les autres. Ce roi incarne l’Etat.

Retrouvez davantage de cours sur la politique sur cette page.

Texte de Hobbes :

« Par cela il est manifeste que pendant ce temps où les humains vivent sans qu’une puissance commune ne leur impose à tous un respect mêlé d’effroi, leur condition est ce qu’on appelle la guerre ; et celle-ci est telle qu’elle est une guerre de chacun – contre chacun. En effet, la GUERRE ne consiste pas seulement dans la bataille ou dans l’acte de combattre, mais dans cet espace de temps pendant lequel la volonté d’en découdre par un combat est suffisamment connue (…).

Donc toutes les conséquences du temps de guerre, où chacun est l’ennemi de chacun, sont les mêmes que celles du temps où les humains vivent sans autre sécurité que celle procurée par leur propre force, ou leur propre ingéniosité. Dans une telle situation, il n’y a de place pour aucune entreprise parce que le bénéfice est incertain, et, par conséquent, il n’y a pas d’agriculture, pas de navigation, on n’utilise pas les marchandises importées par mer, il n’y a ni vastes bâtiments, ni engins servant à déplacer et déménager ce qui nécessite beaucoup de force ; il n’y a aucune connaissance de la surface terrestre, aucune mesure du temps, ni arts ni lettres, pas de société ; et, ce qui est pire que tout, il règne une peur permanente, un danger de mort violente. La vie humaine est solitaire, misérable, dangereuse, animale et brève. (…)

Tel est donc le misérable état du genre humain dans lequel il se trouve par nature ; il lui est pourtant possible d’en sortir, pour une part par les passions et, pour une autre part, par sa raison. »

Thomas HOBBES, Léviathan (1651), chapitre XIII : « De la condition du genre humain »

Méthodologie de la dissertation de philosophie

Méthodologie de la dissertation de philosophie (Résumé)

Méthodologie de la dissertation de philosophie
Méthodologie de la dissertation de philosophie

Cet article est un résumé des principales étapes de la méthodologie de la dissertation de philosophie. Vous pouvez également retrouver la méthode en vidéos ici.

Le travail au brouillon :

  1. Commencez par analyser le sujet.

Pour faire une bonne dissertation, il faut d’abord bien comprendre la question qui est posée. Commencez par analyser chaque terme du sujet : demandez-vous ce que signifient les mots employés, comment vous pourriez les définir, ce qu’ils évoquent, à quels concepts vous pouvez les associer et à quels aspects du cours ou à quels auteurs étudiés vous pouvez les rattacher.

Pour bien comprendre la question, essayer de la reformuler en n’oubliant aucun aspect important : cela vous permet de comprendre exactement ce qui est demandé afin de ne pas faire de hors-sujet ! C’est une des étapes les plus importantes de la méthodologie de la dissertation de philosophie.

  1. Trouver des idées.

Une fois que vous avez bien compris le sujet, il faut vous demander ce que vous pourriez répondre à cette question et surtout comment vous pourriez défendre vos réponses, c’est-à-dire les argumenter, les justifier. Mais, vous ne devez pas vous contenter d’une seule réponse : il faut que vous vous demandiez quelles objections on pourrait vous faire, comment on pourrait envisager les choses autrement, etc. Il s’agit de dialoguer avec vous-mêmes !

En fait, vous devez trouver quels arguments permettraient de défendre les deux réponses possibles (oui et non) : l’objectif est de comprendre la complexité de la question, autrement dit de saisir pourquoi elle pose un problème qui ne permet pas de donner une réponse unique et définitive. En d’autres termes, vous devez comprendre pourquoi elle suscite un débat !

Pour trouver des idées, il faut réfléchir ! Mais vous pouvez aussi vous référer au cours, aux auteurs étudiés, vous pouvez également analyser des exemples, des références littéraires ou cinématographiques, etc.

  1. Construire la problématique.

Une fois que vous avez trouvé suffisamment d’idées, vous devez essayer de formuler précisément le problème que soulève ce sujet. Une problématique, en philosophie, c’est ce qui permet de comprendre pourquoi on ne peut pas répondre de manière immédiate, unique et définitive à la question qui est posée. Si cela n’est pas possible, c’est parce que la question posée suscite un débat qui oblige à envisager plusieurs éléments de réponse pour comprendre la complexité de la réalité évoquée.

Pour construire la problématique, il faut suivre trois étapes :

Commencez par énoncer et expliquer brièvement la réponse la plus évidente que l’on pourrait donner à cette question. Cette réponse correspond  le plus souvent au sens commun : ce que l’on pense spontanément sans avoir réfléchi à la question.

Expliquer ensuite quelle objection on pourrait faire à cette première thèse : vous pouvez vous appuyer sur un exemple que vous analyserez brièvement. Cette objection permet de faire surgir la dimension problématique en montrant que la réponse n’est pas aussi simple et évidente que l’on pouvait le penser, parce qu’une difficulté surgit. Utilisez des définitions des termes du sujet.

Ensuite, vous présentez une nouvelle objection à la thèse précédente en vous appuyant sur des définitions et un exemple.

  1. Construire le plan.

Votre plan doit comporter obligatoirement trois parties : les deux premières correspondent aux deux premières étapes de votre problématique.

La première partie expose de manière détaillée la réponse la plus évidente, immédiate que l’on peut donner au sujet : cette réponse correspond  le plus souvent au sens commun. Il s’agira donc d’expliquer pourquoi on peut être amené à penser cela.

La deuxième partie expose les objections que l’on peut faire à cette thèse immédiate : cette deuxième partie est plus « philosophique » parce qu’elle présente un raisonnement plus approfondi.

La troisième partie approfondit encore le raisonnement en apportant une nouvelle idée : CE N’EST PAS une synthèse, c’est-à-dire un mélange des deux premières parties. Il s’agit de défendre la thèse avec des arguments plus forts qui résistent aux objections de la deuxième partie.

Par exemple : pour le sujet « peut-on forcer quelqu’un à être libre ? », la troisième partie explique pourquoi on peut dire, à la fois, que la liberté n’est pas compatible avec la contrainte (1ère partie), et que la contrainte est nécessaire pour que les hommes deviennent libres (2ème partie). La résolution de cette contradiction se trouve dans le concept d’autonomie. En effet, la vraie liberté consiste à être autonome, c’est-à-dire à être capable de se donner soi-même des règles, mais cette autonomie n’est pas innée : elle ne peut être développée que par l’intériorisation et la compréhension des contraintes. Autrement dit, l’homme ne peut devenir autonome qu’à partir du moment où il a d’abord été forcé à respecter des règles (rôle de l’éducation), règles qu’il est ensuite devenu capable de comprendre et de s’appliquer par lui-même grâce à sa raison.

Méthodologie de la dissertation de philosophie : La Rédaction

  1. L’introduction

L’introduction comporte deux parties :

Le premier paragraphe est la présentation détaillée de la problématique.

Le deuxième paragraphe est l’exposé rapide du plan que vous allez suivre : présentez rapidement l’idée principale de chaque partie.

  1. Le développement

Chaque partie doit commencer par l’annonce de l’idée principale que vous allez défendre dans cette partie, et elle doit se terminer par un rapide bilan de ce que vous avez montré dans cette partie. Par ailleurs, entre deux parties, vous devez faire suivre le bilan d’une transition qui doit faire apparaître une difficulté posée par l’idée que vous venez de défendre. Cette transition permet de montrer pourquoi il faut poursuivre la réflexion en envisageant une nouvelle réponse, ou une nouvelle idée. 

Chaque partie doit comporter plusieurs arguments donc plusieurs sous-partie : au minimum deux ! Ces arguments peuvent être de plusieurs nature, mais ils doivent tous être précisément et clairement expliqués. Ce peut être : l’analyse d’une définition, une idée personnelle, une idée exposée en cours, une thèse développée par un auteur, l’analyse d’un exemple, la référence à un livre ou un film, ou tout autre œuvre culturelle. 

Enfin, vous devez définir clairement chaque concept important que vous utilisez. La première partie doit contenir au moins la définition des termes importants du sujet, mais vous pouvez apporter de nouveaux concepts jusque dans la troisième partie : il faudra alors les définir.

  1. La conclusion

La conclusion comporte trois parties : 1. La reprise rapide de la question posée par le sujet et du problème qu’elle soulevait. 2. Le résumé de votre développement. 3. Une ouverture qui explique quelle nouvelle question votre raisonnement ouvre : il s’agit de montrer que la réflexion peut se poursuivre, éventuellement en faisant le lien avec une autre notion du programme.

J’espère que ce résumé de la méthodologie de la dissertation de philosophie vous aidera a bien commencé, vous trouverez encore davantage de conseils sur la page Méthode.

Citation de Nietzsche sur l’artiste

Cette citation de Nietzsche sur l'art

Cette citation de Nietzsche sur l’art est représentative de sa conception de l’artiste et du génie. Nietzsche s’oppose à la conception du génie de Kant, inspirée du romantisme. Il combat ici l’idée d’un génie qui parce qu’il est inspiré et que les idées lui viennent toutes seules, n’a pas besoin de travailler. Au contraire, pour lui, l’artiste ou le scientifique de génie est quelqu’un qui doit travailler beaucoup.

Selon lui, le génie n’est pas un homme « inspiré » c’est un homme comme les autres « dont la pensée est active dans une direction unique, qui utilisent tout comme matière première, qui ne cessent d’observer leur vie intérieure et celle d’autrui et qui ne se lassent pas de combiner leurs moyens en vue d’une fin unique ».

Il prend la métaphore du bâtisseur. Le génie apprend d’abord à poser des pierres, il travaille, il bâtit et c’est en travaillant qu’il donne peu à peu forme à son œuvre.

Cette citation de Nietzsche peut être intéressante sur le sujet : « Peut-on parler d’un travail de l’artiste ? »

Texte de Nietzsche :

« Les artistes ont quelque intérêt à ce qu’on croie à leurs intuitions subites, à leurs prétendues inspirations ; comme si l’idée de l’œuvre d’art, du poème, la pensée fondamentale d’une philosophie tombaient du ciel tel un rayon de la grâce. En vérité, l’imagination du bon artiste, ou penseur, ne cesse pas de produire, du bon, du médiocre et du mauvais, mais son jugement, extrêmement aiguisé et exercé, rejette, choisit, combine ; on voit ainsi aujourd’hui, par les Carnets de Beethoven, qu’il a composé ses plus magnifiques mélodies petit à petit, les tirant pour ainsi dire d’esquisses multiples. Quant à celui qui est moins sévère dans son choix et s’en remet volontiers à sa mémoire reproductrice, il pourra le cas échéant devenir un grand improvisateur ; mais c’est un bas niveau que celui de l’improvisation artistique au regard de l’idée choisie avec peine et sérieux pour une œuvre. Tous les grands hommes étaient de grands travailleurs, infatigables quand il s’agissait d’inventer, mais aussi de rejeter, de trier, de remanier, d’arranger.

Si la faculté de produire s’est quelque temps suspendue et a été arrêtée dans son cours par un obstacle, elle fournit enfin un flot aussi subit que si une inspiration immédiate, sans travail intérieur préalable, autrement dit que si un miracle s’accomplissait. C’est ce qui produit l’illusion connue, au maintien de laquelle, comme j’ai dit, l’intérêt de tous les artistes est un peu trop attaché. Le capital n’a fait juste que s’accumuler, il n’est pas en une fois tombé du ciel. Il y a du reste encore autre part une telle inspiration apparente, par exemple dans le domaine de la bonté, de la vertu, du vice.»

Friedrich NIETZSCHE, Humain, trop humain (1880), §§ 155-156

Pour davantage de contenu sur la notion de l’art, consultez la page Cours de philosophie.

Platon : L’allégorie de la caverne

L’allégorie de la caverne est un des passages les plus connus de La République et sans doute un des écrits les plus connus de Platon. Il y est question de la condition humaine, de la Vérité et également de la vocation de la philosophie.

L’allégorie de la caverne représente la situation la plus commune des hommes, selon Platon, qui vivent dans l’illusion et n’ont que des opinions alors même qu’ils pourraient se tourner vers la connaissance. Ainsi, pour Platon, les hommes vivent communément comme s’ils étaient dans une caverne. Ils sont au fond pieds, bras et tête enchainés, ils sont contraints de regarder un mur sur lequel des ombres apparaissent. En effet, dans leurs dos, se trouvent un feu et des montreurs de marionnettes qui se déplacent devant le feu afin que les hommes puissent voir des ombres. Ces individus ne sont jamais sorti de la caverne et ne peuvent tourner la tête, ils prennent donc les ombres pour la réalité.

L’allégorie de la caverne : Quelle signification ?

Pour Platon, les hommes enchainés au fond de la caverne sont les hommes en général. Les ombres qu’ils voient passer représentent les illusions des hommes. Selon lui, les hommes se laissent tromper par leurs sens et ils restent dans le domaine de l’illusion et de l’opinion alors même qu’ils pourraient se tourner vers la vérité et acquérir une véritable connaissance des choses. Vous comprenez que dans cette allégorie, le soleil hors de la caverne représente la vérité. Par ailleurs, les montreurs de marionnettes sont les politiques ou les sophistes qui manipulent les hommes en les incitant à rester dans l’illusion.

Que se passe-t-il alors ?

Platon raconte que l’un des hommes réussit à se détacher et sort de la caverne. Là il est d’abord ébloui par la vérité, puis prenant conscience que tous vivent dans l’illusion sans saisir la réalité des choses, il entreprend de redescendre dans la caverne pour libérer les autres. C’est alors que les autres refusent de le croire, le traitent de fou et tentent même de le tuer. On voit communément ici une référence faite par Platon à son maître Socrate qui accusé de corrompre la jeunesse fût condamné à mort et but la ciguë. Vous trouvez un récit de cette épisode dans l’Apologie de Socrate. Tout comme Socrate dérange et finit par être tué car il veut désillusionner les hommes, le philosophe qui redescend dans la caverne est mal accueilli car il est difficile de remettre en question ce que l’on croit être vrai depuis toujours. Il est difficile d’admettre que nous vivons dans l’opinion et pourtant c’est une nécessité pour s’engager sur le chemin de la connaissance. Avant de prétendre chercher le savoir encore faut-il admettre que l’on ne sait pas. D’où cette phrase attribuée à Socrate « Je sais que je ne sais pas ».

Pour Platon, la seule manière pour les hommes de sortir de la caverne consiste à prendre conscience qu’ils vivent dans l’illusion puis à utiliser leur raison pour commencer à connaitre les choses telle qu’elles sont réellement et pas telle qu’elles apparaissent si l’on se fie aux sens ou aux opinions des autres. Mais l’allégorie de la caverne se termine sur une note pessimiste puisque le philosophe est menacé.

Texte de Platon, La République : L’allégorie de la caverne.

Représente-toi de la façon que voici l’état de notre nature relativement à l’instruction et à l’ignorance. Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière. Ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu’ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête. La lumière leur vient d’un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux. Entre le feu et les prisonniers passe une route élevée. Imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles.

Je vois cela, dit-il

Figure-toi maintenant le long de ce petit mur des hommes portant des objets de toute sorte, qui dépassent le mur, et des statuettes d’hommes et d’animaux, en pierre, en bois et en toute espèce de matière. Naturellement, parmi ces porteurs, les uns parlent et les autres se taisent.

Voilà, s’écria-t-il, un étrange tableau et d’étranges prisonniers.

Ils nous ressemblent, répondis-je. Penses-tu que dans une telle situation ils n’aient jamais vu autre chose d’eux mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face ?

Et comment ? observa-t-il, s’ils sont forcés de rester la tête immobile durant toute leur vie ?

Et pour les objets qui défilent n’en est-il pas de même ?

Sans contredit.

Si donc ils pouvaient s’entretenir ensemble ne penses-tu pas qu’ils prendraient pour des objets réels les ombres qu’ils verraient ?

Il y a nécessité.

Et si la paroi du fond de la prison avait un écho, chaque fois que l’un des porteurs parlerait, croiraient-ils entendre autre chose que l’ombre qui passerait devant eux ?

Non par Zeus, dit-il.

Assurément, repris-je, de tels hommes n’attribueront de réalité qu’aux ombres des objets fabriqués.

C’est de toute nécessité.

Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement si on les délivre de leurs chaînes et qu’on les guérisse de leur ignorance. Qu’on détache l’un de ces prisonniers, qu’on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière : en faisant tous ces mouvements il souffrira, et l’éblouissement l’empêchera de distinguer ces objets dont tout à l’heure il voyait les ombres. Que crois-tu donc qu’il répondra si quelqu’un lui vient dire qu’il n’a vu jusqu’alors que de vains fantômes, mais qu’à présent, plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste ? si, enfin, en lui montrant chacune des choses qui passent, on l’oblige, à force de questions, à dire ce que c’est ? Ne penses-tu pas qu’il sera embarrassé, et que les ombres qu’il voyait tout à l’heure lui paraîtront plus vraies que les objets qu’on lui montre maintenant ?

Beaucoup plus vraies, reconnut-il.

Et si on le force à regarder la lumière elle-même, ses yeux n’en seront-ils pas blessés ? n’en fuira-t-il pas la vue pour retourner aux choses qu’il peut regarder, et ne croira-t-il pas que ces dernières sont réellement plus distinctes que celles qu’on lui montre ?

Assurément.

Et si, reprise-je, on l’arrache de sa caverne, par force, qu’on lui fasse gravir la montée rude et escarpée, et qu’on ne lâche pas avant de l’avoir traîné jusqu’à la lumière du soleil, ne souffrira-t-il pas vivement, et ne se plaindra-t-il pas de ces violences ? Et lorsqu’il sera parvenu à la lumière, pourra-t-il, les yeux tout éblouis par son éclat, distinguer une seule des choses que maintenant nous appelons vraies ?

Il ne le pourra pas, répondit-il; du moins dès l’abord.

Il aura, je pense, besoin d’habitude pour voir les objets de la région supérieure. D’abord ce seront les ombres qu’il distinguera le plus facilement, puis les images des hommes et des autres objets qui se reflètent dans les eaux, ensuite les objets eux-mêmes. Après cela, il pourra, affrontant la clarté des astres et de la lune, contempler plus facilement pendant la nuit les corps célestes et le ciel lui-même, que pendant le jour le soleil et sa lumière.

Sans doute.

A la fin, j’imagine, ce sera le soleil – non ses vaines images réfléchies dans les eaux ou en quelque autre endroit -mais le soleil lui-même à sa vraie place, qu’il pourra voir et contempler tel qu’il est.

Nécessairement, dit-il.

Après cela il en viendra à conclure au sujet du soleil, que c’est lui qui fait les saisons et les années, qui gouverne tout dans le monde visible, et qui, d’une certaine manière, est la cause de tout ce qu’il voyait avec ses compagnons dans la caverne.

Évidemment, c’est à cette conclusion qu’il arrivera.

Or donc, se souvenant de sa première demeure, de la sagesse que l’on y professe, et de ceux qui y furent ses compagnons de captivité, ne crois-tu pas qu’il se réjouira du changement et plaindra ces derniers ?

Si, certes.

Et s’ils se décernaient alors entre aux honneurs et louanges, s’ils avaient des récompenses pour celui qui saisissait de l’oeil le plus vif le passage des ombres, qui se rappelait le mieux celles qui avaient coutume de venir les premières ou les dernières, ou de marcher ensemble, et qui par là était le plus habile à deviner leur apparition, penses-tu que notre homme fût jaloux de ces distinctions, et qu’il portât envie à ceux qui, parmi les prisonniers, sont honorés et puissants ? Ou bien, comme le héros d’Homère, ne préférera-t-il pas mille fois n’être qu’un valet de charrue, au service d’un pauvre laboureur, et de souffrir tout au monde plutôt que de revenir à ses anciennes illusions et vivre comme il vivait ?

Je suis de ton avis, dit-il; il préférera tout souffrir plutôt que de vivre de cette façon là.

Imagine encore que cet homme redescende dans la caverne et aille s’asseoir à son ancienne place : n’aura-t-il pas les yeux aveuglés par les ténèbres en venant brusquement du plein soleil ?

Assurément si, dit-il.

Et s’il lui faut entrer de nouveau en compétition, pour juger ces ombres, avec les prisonniers qui n’ont point quitté leurs chaînes, dans le moment où sa vue est encore confuse et avant que ses yeux se soient remis (or l’accoutumance à l’obscurité demandera un temps assez long), n’apprêtera-t-il pas à rire à ses dépens, et ne diront-ils pas qu’étant allé là-haut il en est revenu avec la vue ruinée, de sorte que ce n’est même pas la peine d’essayer d’y monter ? Et si quelqu’un tente de les délier et de les conduire en haut, et qu’ils le puissent tenir en leurs mains et tuer, ne le tueront-ils pas ?

Sans aucun doute, répondit-il.

Maintenant, mon cher Glaucon, repris-je, il faut appliquer point par point cette image à ce que nous avons dit plus haut, comparer le monde que nous découvre la vue au séjour de la prison, et la lumière du feu qui l’éclaire à la puissance du soleil. Quant à la montée dans la région supérieure et à la contemplation de ses objets, si tu la considères comme l’ascension de l’âme vers le lieu intelligible, tu ne te tromperas pas sur ma pensée, puisque aussi bien tu désires la connaître. Dieu sait si elle est vraie. Pour moi, telle est mon opinion : dans le monde intelligible l’idée du bien est perçue la dernière et avec peine, mais on ne la peut percevoir sans conclure qu’elle est la cause de tout ce qu’il y a de croit et de beau en toutes choses; qu’elle a, dans le monde visible, engendré la lumière et le souverain de la lumière; que, dans le monde intelligible, c’est elle-même qui est souveraine et dispense la vérité et l’intelligence; et qu’il faut la voir pour se conduire avec sagesse dans la vie privée et dans la vie publique.

Platon, La république, Livre III, L’allégorie de la caverne.

Léon Bourgeois contre la méritocratie

Léon Bourgeois peut être considéré comme le chef de fil du mouvement solidariste qui prend forme en France à la fin du 19e siècle. Ces républicains et hommes politiques, cherchent alors à justifier un devoir de solidarité entre les membres d’une même société. Il s’agit de s’opposer au modèle libéral qui s’appuyant sur Darwin considère qu’il est tout à fait normal que les citoyens soient en concurrence et qu’il est très sain pour l’ensemble que s’y trouvent de fortes inégalités. Les solidarites dont Léon Bourgeois commence alors par rappeler que dans la nature la coopération et au moins aussi importante que la concurrence sinon plus importante. L’espèce humaine est une espèce qui prospère parce qu’elle a développé de grandes capacités de coopération, pas parce qu’elle est constamment en concurrence.

L’individu seul serait très faible

A partir de là, Léon Bourgeois met en évidence un autre point : un individu seul ne serait rien, il n’aurait aucune connaissance, aucun pouvoir, aucune science. Chaque individu de la société est donc d’emblée riche de tout ce que la société lui a permis d’avoir. Chaque enfant, aujourd’hui, en France bénéficie d’une éducation qui est possible parce qu’elle repose sur des siècles de connaissances, de recherches scientifiques et techniques, de culture etc … C’est pourquoi, il est possible de dire, selon lui, que chaque individu « naît débiteur de l’association humaine ». Cela signifie que chaque individu a d’emblée une dette envers la société dans laquelle il est né. Peut-on dire que nous avons tous la même dette ? Selon lui, certains ont davantage profité de l’association humaine, ils auront donc une dette plus importante que celui qui a hérité d’handicaps ou qui vient d’un milieu social défavorisé.

Contre l’idée d’un mérite individuel : il n’y a pas de méritocratie

Contrairement aux libéraux, les solidaristes vont donc critiqué l’idée que l’individu devrait sa réussite à ses efforts ou à son mérite uniquement. Ils s’opposent en cela à ce que l’on appelle aujourd’hui la méritocratie. Cela ne signifie pas qu’il n’est pour rien dans sa réussite, mais il doit admettre que la société, sa famille, son éducation, la culture dans laquelle il évolue sont pour beaucoup également dans sa réussite. Il est donc juste qu’il rende un peu de sa réussite à la société pour aider ceux qui ont moins profité des bienfaits de l’association humaine.

Cette thèse solidariste a notamment inspirée plus tard au XXe siècle, la sécurité sociale, le régime des retraites et l’idée d’un impôt sur les revenus. Toutes ces garanties et préceptes de justice sociale sont aujourd’hui menacés par l’idée de méritocratie qui voudrait à nouveau que les individus ne soient que le produit de leurs propres efforts.

Conseil de lecture :

On ne peut le considérer comme un penseur solidariste mais l’idée que la nature n’est pas simplement un lieu de concurrence est une idée très bien expliquée dans ce livre de Pablo Servigne : L’entraide : l’autre loi de la Jungle

méritocratie

Retrouvez d’autres articles sur le thème de la justice et de la liberté sur la page Cours de philosophie.

Exemple d’explication de texte en philosophie

Je vous montre ici un exemple d'explication de texte en philosophie. Vous trouverez dans l'ordre le texte à expliquer puis l'introduction et le début de l'explication linéaire.

Je vous montre ici un exemple d’explication de texte en philosophie. Vous trouverez dans l’ordre le texte à expliquer puis l’introduction et le début de l’explication linéaire. Je vous précise à chaque fois entre parenthèses à quel élément de la méthode de l’explication de texte ce passage correspond. Si vous ne l’avez pas fait, je vous conseille de lire les articles qui traitent de la méthode de l’explication de texte, vous pouvez les trouver sur cette page. Si vous préférez voir la méthode en vidéo c’est ici.

Texte de Pascal :

« Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours ; ou nous rappelons le passé, pour l’arrêter comme trop prompt : si imprudents que nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient : et si vains que nous songeons à ceux qui ne sont rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C’est que le présent, d’ordinaire, nous, blesse. Nous le cachons à notre vue parce qu’il nous afflige et s’il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l’avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps où nous n’avons aucune assurance d’arriver. Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et l’avenir. Nous ne pensons presque point au présent ; et, si nous y pensons, ce n’est que pour en prendre la lumière pour disposer de l’avenir. Le présent n’est jamais notre fin : le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. » 

Pascal, Pensées, Brunschvicg 172 / Lafuma 47.

Introduction de l’explication de texte

Dans ce texte de Pascal, extrait des Pensées, il est question du bonheur et de notre rapport au temps (Thème). L’auteur s’est demandé si notre tendance à nous tourner constamment vers le passé ou vers le futur n’était pas un obstacle au bonheur. Dans ce texte, Pascal montre que nous avons tendance à toujours nous tourner vers le futur (pour espérer) et vers le passé (pour regretter ce que nous avons fait ou ce que nous avons perdu) si bien que nous ne vivons jamais au présent, ce qui nous rend finalement malheureux. Ainsi du début du texte à la ligne 4, l’auteur énonce la première partie de sa thèse selon laquelle nous ne vivons pas au présent. Puis de « C’est que le présent » à « aucune assurance d’arriver », il formule un premier argument en faveur de sa thèse. Enfin de « Que chacun examine ses pensées » à la fin du texte, il formule un second argument puis énonce l’enjeu. Notre rapport au temps, nous rend malheureux.

Développement de l’explication de texte :

Dans ce texte, Pascal commence par énoncer la première partie de sa thèse, (étape du raisonnement), il nous dit “nous ne tenons jamais au temps présent” c’est-à-dire que l’homme ne vit pas le moment présent mais regarde le futur ou le passé (bonne paraphrase). Ici par temps, on peut entendre le temps objectif c’est-à-dire la durée qui est mesurée par l’horloge ou la montre de la même manière pour tous (définition). Le temps présent est le temps où nous sommes en train de vivre, car c’est en réalité le seul qui existe objectivement (définition). En effet, le passé n’existe plus et le futur n’existe pas encore si ce n’est dans notre esprit (définition). Ainsi, on peut observer que nombre de voyageurs passent beaucoup de temps à prendre des photos de leurs voyages au lieu de profiter des paysages directement. Ils semblent plus préoccupés par le fait de garder des souvenirs du passé plutôt que de vivre pleinement au présent (Exemple). Ensuite l’auteur remarque que nous considérons le futur avec espoir et nous voulons qu’il arrive plus vite. Il semble dire implicitement que nous ne sommes pas satisfaits du présent et que donc nous voulons que le futur arrive. Il remarque qu’ils veulent hâter le futur or il est impossible de faire venir le futur plus vite objectivement (justification). Et si l’on considère le temps subjectif c’est-à-dire le temps vécu et que nous percevons singulièrement, alors regarder le futur ne le fait pas passer plus vite, au contraire il faudrait s’amuser au présent et y vivre pleinement pour que le futur arrive plus vite (justification). De même, selon lui, nous avons tendance à vouloir retenir le passé car nous regrettons qu’il disparaisse, peut-être pensons que nous étions mieux dans le passé (Bonne paraphrase). Les nostalgiques ont ainsi ce regret du passé et ils ne sont pas très heureux au présent. Ainsi, dans Midnight in Paris de Woody Allen, le personnage principal déménage à Paris et il n’est pas heureux dans le présent car il considère le 19e siècle à Paris comme l’âge d’or de la culture humaine. Un événement fantastique a lieu et il se trouve conduit dans le passé et à cette époque il rencontre une femme qui, elle, est nostalgique de la Belle époque. Elle ne se trouve alors pas bien dans l’époque où elle est et qu’admire tant le personnage principal. (Exemple)

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On voit donc que souvent les hommes ont tendance à ne pas se satisfaire de leur époque même si elle est de valeur et à vouloir le passé sans vivre dans le moment présent. L’auteur a donc montré que nous ne vivons pas bien au présent et espérons le futur ou regrettons le passé (étape du raisonnement).  Il remarque que de ce fait “nous errons dans des temps qui ne sont pas nôtres”. Il qualifie cela d’imprudent. Il veut dire par là que le présent est tout ce que l’on possède, c’est le seul temps dont nous pouvons disposer car le passé n’existe plus et le futur n’est pas encore (bonne paraphrase). Nous pourrions néanmoins dire qu’il est possible de faire nôtre le futur en essayant de l’influencer de manière indirecte en agissant sur le présent (Objection). Néanmoins, cette thèse semble avoir des limites car les personnes qui cherchent à contrôler le futur y arrivent rarement car le futur a de nombreuses causes autre que nous, nous ne pouvons pas être certain qu’un ou des événements imprévus ne vont pas venir déjouer nos plans. L’auteur a donc raison de nous dire imprudents car délaisser le présent est la meilleure manière d’être malheureux dans le présent et dans le futur.(Justification) Il nous dit ensuite que nous oublions le temps que nous pouvons contrôler mais pensons seulement à ceux qui n’existent pas. De ce fait, nous n’agissons pas sur le seul temps sur lequel nous avons une influence car nous ne pouvons influer que sur ce qui existe. (Bonne paraphrase) C’est une attitude irréfléchie car cela peut nous conduire à ne rien faire au présent si bien que nous n’obtiendrons rien dans le futur malgré nos espoirs.(Justification) Ainsi dans cette partie l’auteur a énoncé sa thèse et a montré que vivre dans le futur ou le passé était imprudents. Il va ensuite donner un argument pour soutenir sa thèse et montrer pourquoi nous avons tendance à fuir le présent. (étape du raisonnement)

A présent l’auteur va développer un argument pour justifier sa thèse principale (étape du raisonnement). Il dit “c’est que le présent d’ordinaire nous blesse”. En effet, selon lui, il est plus facile de s’imaginer un futur satisfaisant que de vivre le présent tel qu’il est, car l’imagination embellit souvent les choses rendant le présent plus difficile à vivre et terne (justification). L’imagination est cette faculté intellectuelle qui fabrique des images mentales à partir de nos expériences sensibles et grâce à laquelle nous pouvons souvent embellir le réel (définition). Nous avons tendance à ne pas vouloir voir notre présent car il nous fait souffrir ou nous déçoit donc nous préférons concentrer notre attention sur le futur qui pourrait être meilleur. Donc nous pourrions dire que penser au futur est une forme de distraction au sens où on cherche à ne pas penser au présent. (justification) Mais et si le présent est un présent heureux ? Car tous les moments présents ne peuvent pas être tous malheureux ? (Objection) Et bien là encore selon Pascal, les hommes gâchent leur bonheur présent car ils ont tendance à craindre de ne pas pouvoir reproduire leur bonheur dans le futur alors paradoxalement alors qu’ils sont heureux ils continuent de regarder le futur au lieu de se concentrer sur le présent. (justification)

J’espère que cet exemple d’explication de texte en philosophie, vous aura aidé à mieux comprendre ce que l’on attend de vous.

Episode 14 : 8 erreurs à éviter pour réussir sa dissertation de philosophie

Cliquez ici pour l’écouter sur Spotify ou sur Itunes.

Bonjour, bienvenue dans cette vidéo dans laquelle nous allons voir les 8 erreurs que vous devez éviter pour réussir votre dissertation de philosophie.

Je vais commencer par les erreurs que vous devez absolument éviter car elles risquent de vous conduire au hors sujet jusqu’aux erreurs moins dommageables mais qu’il faut chercher à éviter néanmoins.

Première erreur très courante et pourtant très dommageable :

1. Ne pas formuler de problématique pour sa dissertation de philosophie

La problématique est vraiment l’élément essentiel de votre introduction de dissertation. Il faut toujours avoir en tête que la démarche philosophique consiste à remettre en question les opinions communes. Cela signifie que dans votre introduction, vous devez montrer que si la réponse au sujet peut sembler évidente, ça n’est en réalité pas si simple. En d’autres termes, vous devez montrer le problème du sujet c’est-à-dire que ce sujet fait débat et que des réponses opposées peuvent être défendu sur cette question.

Bien formuler la problématique est également très important dans votre dissertation de philosophie car cela vous permet d’éviter le hors sujet. En effet, si vous avez compris quelles grandes réponses peuvent s’opposer sur ce sujet, vous avez déjà une idée de votre plan et vos parties seront sans doute dans le sujet. 

Sur la formulation de la problématique dans l’introduction de dissertation, je vous conseille de regarder cette vidéo.

2. Ne pas voir le présupposé du sujet et faire donc un hors sujet dans l’une ou plusieurs de ses parties.

Effectivement, il n’est pas rare que le sujet que l’on vous donne comporte un présupposé. Qu’est-ce qu’un présupposé ? Un présupposé est une thèse ou affirmation que l’on vous demande d’admettre avant de traiter le sujet et qui ne sera donc pas l’objet de la réflexion.

Par exemple, le sujet : « Un homme libre est-il nécessairement heureux ? »  comporte un magnifique présupposé.

D’après vous, quelle est la thèse qui est admise dans ce sujet et qui ne doit pas être discutée ici, même si par ailleurs c’est un problème philosophique que l’on peut poser ?

« L’homme peut être libre », en effet, le sujet « un homme libre » suppose que l’homme peut être libre, ce qui n’est pas du tout évident. Néanmoins, si dans ce sujet, vous commencez à dire que l’homme n’est pas libre, vous ne répondez plus au sujet, car « l’homme n’est pas libre » n’est pas une réponse au sujet « un homme libre est-il nécessairement heureux ? ».

On vous demande donc d’admettre l’hypothèse que l’homme peut être libre pour vous concentrer sur le problème de savoir si cette liberté rendra toujours l’homme heureux.

3e erreur très courante et qui cause bien des hors sujets.

3. Faire des parties qui ne répondent pas au sujet dans son intégralité mais traitent seulement des morceaux du sujet.

Il faut que vous gardiez en tête que votre devoir doit être une argumentation, vous devez défendre d’abord une certaine réponse au sujet dans la première partie puis une autre réponse au sujet en deuxième partie. Dans tous les cas, chacune de vos parties doit répondre au sujet dans son intégralité.

Qu’est-ce que cela signifie ? Reprenons l’exemple du sujet : « un homme libre est-il nécessairement heureux ? »

Si vous vous dites en analysant le sujet, bon il est question de la liberté et du bonheur donc I) la liberté II) le bonheur III) le liberté et le bonheur.

Alors votre première et votre deuxième partie sont hors sujet car vous ne répondez pas directement au sujet. Définir ce qu’est la liberté et vous demandez si l’homme est libre ne répond pas à la question : « un homme libre est-il nécessairement heureux ? » Assurez-vous donc toujours que vous répondez au sujet dans son intégralité.

4. Ne pas définir les termes du sujet

Définir les termes du sujet est ce que vous devez faire au tout début lorsque vous analysez le sujet au brouillon. C’est une étape très importante car vous devez bien comprendre de quoi il est question dans le sujet pour espérer montrer le problème et ensuite faire un plan cohérent. Par exemple, si le sujet porte sur le devoir est que vous n’avez pas idée de ce que ce terme peut signifier, en dehors d’une disserte à rendre pour demain, c’est mal parti. Il est donc essentiel que vous connaissiez au moins les définitions classiques des grandes notions du programme. Par ailleurs, si pendant votre dissertation vous parlez du devoir en général sans préciser si vous pensez au devoir moral ou encore au devoir civique, il est probable que votre argumentation va rester plutôt vague et imprécise ce qui est à éviter dans une dissertation de philosophie.

5. Etre relativiste et prétendre tout le long du devoir que de toute façon « c’est relatif ».

Cette erreur peut sembler anodine, mais il n’en est rien, elle peut même être fatale ! Pourquoi ? Le relativisme est une thèse que l’on peut défendre en philosophie. On parlera par exemple de relativisme moral ou encore de relativisme esthétique. Cela signifie que vous défendez que sur telle ou telle question, par exemple, sur la valeur d’une oeuvre d’art, il est impossible d’arriver à un jugement objectif et que donc cela dépend du point de vue ou de la sensibilité de chacun. Sur certains sujets, cela peut être une réponse intéressante. Néanmoins attention, il faut en faire un usage très modéré car si vous défendez sur tout et à tout propos que « cela dépend des points de vue », cela signifie qu’il n’est plus possible d’argumenter sur quelque sujet que ce soit. En d’autres termes, dire « cela dépend des points de vue » est souvent une façon de refuser le débat. Si je simplifie : Etre constamment relativiste dans votre copie revient à dire au correcteur, cette question n’a pas lieu d’être discutée ou ce sujet est sans intérêt et je ne vois pas pourquoi on en parle puisque cela dépend des points de vue. Cela revient presque à dire que la philosophie ne sert à rien, puisque tout est relatif ! Indépendamment du fait que cette affirmation est très contestable, je crois que vous commencez à voir le problème. Autant vous dire que le prof de philo n’aime pas particulièrement que l’on nie l’utilité de la philosophie. Essayez donc plutôt de montrer en quoi ce sujet est particulièrement intéressant et pose un réel problème.

6. Parler d’un auteur en deux lignes et passer à autre chose

Si vous faites référence à un philosophe c’est pour développer sa thèse et vous appuyez sur ses arguments. Si vous ne faites que le nommer sans prendre la peine de développer sa pensée, ça ne sert à rien car alors ce que vous dites de l’auteur ne vous permet pas de justifier réellement votre réponse au sujet. Sur ce point, vous pouvez regarder ma vidéo sur comment formuler un bon argument. J’y explique notamment ce qu’est un argument d’autorité et à quelles conditions il peut être intéressant en philosophie.

7e erreur : Commencer votre introduction par « De tout temps », « Au jour d’aujourd’hui »

Ou encore une phrase très vague et générale du même genre qui a toutes les chances d’être une banalité ou une idée reçue. Il ne s’agit pas, vous le comprenez, d’une erreur aussi dommageable que d’oublier de faire une problématique dans votre introduction. Néanmoins, il est dommage de commencer votre dissertation par une banalité, cela fait plutôt mauvais effet et dispose mal votre correcteur pour la suite. Je vous suggère donc de plutôt faire une accroche en prenant un exemple ou en citant un auteur. Sur cette question, vous pouvez regarder ma vidéo sur l’accroche où j’explique tout cela en détails.

8. Commencer votre paragraphe par selon Descartes, selon Kant, selon Epictète…

Le problème n’est pas de se référer à un philosophe dans votre copie et au contraire il vaut quand même mieux qu’il y ait des philosophes dans votre dissertation de philosophie. Mais votre devoir doit néanmoins rester votre argumentation. Il faut donc éviter de juxtaposer simplement des références dans votre copie et il faut vous approprier les auteurs. Cela signifie par exemple que vous pouvez formuler un argument avec vos propres termes pour ensuite seulement faire référence à un auteur qui développe cet argument et apporte son propre vocabulaire pour justifier sa thèse. Par ailleurs, vous pouvez également développer des arguments sans référence philosophique. Il vaut bien mieux formuler un argument précis sans référence philosophique que de réciter la doctrine d’un auteur sans montrer comment il peut répondre au sujet.

Voilà pour cette vidéo j’espère qu’elle vous aidera à réussir votre dissertation de philosophie, si vous voulez davantage de conseils je vous invite à aller lire mes articles qui traitent de la méthode de la dissertation sur mon blog apprendre la philosophie et si la vidéo vous a aidé, n’oubliez pas de vous abonner à la chaine pour être informé des prochaines.

Citation de Tocqueville : Pourquoi un peuple ne vote plus ?

Citation de Tocqueville
Citation de Tocqueville

Alexis de Tocqueville est un philosophe très connu pour avoir mis en garde sur les risques que la démocratie ne devienne finalement une nouvelle forme de despotisme. Il s’inquiète notamment que les citoyens ne se désintéressent de la vie commune et en viennent à se refermer sur leur cercle privé sans prendre le temps de s’assurer que les politiques prennent des décisions dans le but de servir le bien commun. Il y revient plus précisément dans cette citation de Tocqueville que je vous ai déjà présenté où il parle du despotisme doux. Il reproche également aux citoyens des démocratie leur tendance à l’individualisme.

Dans la citation de Tocqueville ci-dessus, il insiste sur un autre aspect qui n’est pas moins important. Pour que le peuple continue de s’intéresser au bien commun, pour qu’il continue de participer aux votes, il faut qu’il ait le sentiment qu’il a encore effectivement le pouvoir. En d’autres termes, si quelque soit la manière dont le peuple vote, les décisions politiques de ses représentants restent toujours les mêmes. Si quelque soit son vote, sa situation ne change pas et ne s’améliore pas, alors c’est que sans doute il n’y a plus là que de « vains semblants de la liberté » selon Tocqueville.

Ainsi, selon Tocqueville, la crise de la démocratie ne vient pas réellement des citoyens qui se désintéressent du politique, mais leur désintérêt n’est que la conséquence du fait qu’on leur a, en réalité, confisqué le pouvoir. Ce qui peut être le cas, par exemple, si les représentants du peuple ne le représentent plus, mais ne servent plus que leurs propres intérêts. Alors les citoyens n’étant pas des sots, ils cessent de voter. Mais le pouvoir politique, lui, cherche à maintenir l’illusion de la liberté en continuant à leur proposer de voter.

Texte de Tocqueville :

« Le peuple, qui ne se laisse pas prendre aussi aisément qu’on se l’imagine aux vains semblants de la liberté, cesse alors partout de s’intéresser aux aires de la commune et vit dans l’intérieur de ses propres murs comme un étranger. Inutilement ses magistrats essayent de temps en temps de réveiller en lui ce patriotisme municipal qui a fait tant de merveilles dans le Moyen Âge: il reste sourd. Les plus grands intérêts de la ville ne semblent plus le toucher. On voudrait qu’il allât voter, là où on a cru devoir conserver la vaine image d’une élection libre : il s’entête à s’abstenir. Rien de plus commun qu’un pareil spectacle dans l’histoire. Presque tous les princes qui ont détruit la liberté ont tenté d’abord d’en maintenir les formes. »