Bienvenue dans cet article, dans lequel je vais vous présenter la notion d’inconscient, qui est l’une des dix-sept notions du programme de philosophie en terminale.
Je vais d’abord faire un point sur la manière dont on peut définir cette notion, car il y a en réalité plusieurs types d’inconscient qu’il faut bien distinguer. Puis, je vais passer en revue quelques grandes questions possibles sur l’inconscient en montrant comment on pourrait y répondre à l’aide d’auteurs classiques.
De manière générale, l’inconscient désigne l’ensemble des phénomènes psychiques qui échappent à la conscience. C’est tout ce qui se passe dans notre esprit sans que nous en ayons connaissance.
Si l’on précise il faut distinguer deux conceptions différentes de l’inconscient.

Il y a d’abord l’Inconscient psychique qui est un concept de Freud. Ce psychanalyste et médecin autrichien du XIXe-XXe siècle fait l’hypothèse qu’il y a une partie de notre esprit qui contient tous nos désirs et pulsions refoulés par le Surmoi. Le Surmoi, c’est en quelque sorte notre conscience morale intériorisée. Quand un désir est jugé inacceptable moralement ou émotionnellement intolérable, il est refoulé dans l’Inconscient. Il ne disparaît pas pour autant : il continue d’agir à notre insu.
Freud distingue ainsi trois instances dans l’appareil psychique : le Ça (nos pulsions qui cherchent la satisfaction immédiate), le Moi (l’instance rationnelle qui compose avec la réalité) et le Surmoi (la conscience morale intériorisée).
Ensuite, il y a l’inconscient cognitif, c’est-à-dire le fait que certains de nos actes sont faits de manière automatique, sans que nous en ayons conscience. C’est de cette forme d’inconscient dont parle Bergson. Quand vous conduisez votre voiture sans penser à chaque geste, ou quand vous tapez sur un clavier sans regarder les touches, c’est de l’inconscient cognitif. Cet inconscient est de plus en plus reconnu par les scientifiques.
Bien, à présent, quels sont les grands problèmes philosophiques qui peuvent être posés sur la question de l’inconscient ? Je vais vous en donner quelques uns parmi les plus importants avec quelques réponses classiques.
Premier sujet : L’IDÉE D’INCONSCIENT EXCLUT-ELLE L’IDÉE DE LIBERTÉ ?
Freud fait l’hypothèse de l’Inconscient à la fin du XIXe siècle. Il défend que tout être humain, qu’il soit sain ou malade, a des désirs, des pensées, des traumatismes qui sont refoulés dans l’Inconscient lorsqu’ils entrent en contradiction avec la morale ou sont émotionnellement intolérables. Il y aurait donc une partie de notre esprit qui resterait secrète pour nous-mêmes.
Cette hypothèse fait scandale à son époque, car elle remet en question l’idée que les êtres humains sont capables de maîtriser leurs pensées. Avec l’hypothèse de l’inconscient, il faut admettre que nous ne sommes pas totalement maîtres de notre esprit. Comme le dit Freud : « Le moi n’est pas maître dans sa propre maison ». On comprend alors pourquoi l’inconscient peut sembler menacer la liberté : si nos choix sont influencés par des désirs dont nous n’avons même pas conscience, sommes-nous réellement libres ?
Néanmoins, À cette première thèse, on peut opposer la position de Bergson, philosophe français du XIXe-XXe siècle, qui défend que l’inconscient n’exclut pas du tout la liberté.
Pour Bergson, l’inconscient, c’est ce qui en nous prend en charge tout ce qui devient habituel ou automatique. Ce sont les pensées ou actions que nous faisons sans en avoir conscience. Mais nous restons libres, et ce pour plusieurs raisons.
D’abord, selon lui, quand nous devons faire un choix important, nous sommes particulièrement conscients. Par exemple, au moment où vous devez décider de votre orientation post bac ou prendre une décision qui aura de nombreuses conséquences dans le futur alors vous faites particulièrement attention, votre conscience est toute dédiée à la réflexion et à l’anticipation des conséquences de votre choix.
Ensuite, même une habitude devenue inconsciente a d’abord commencé par un choix conscient. Et oui, même si vous avez l’habitude de manger du chocolat avec votre café à tel point que cela se fait automatiquement, il y a néanmoins eu une première fois à ce comportement et cette fois là au moins, vous avez choisi de le faire.
Enfin, pour Bergson, le fait de faire des choses en mode automatique nous libère du temps et de l’énergie pour faire autre chose. Prenez l’exemple du pianiste virtuose. Quand il joue, il ne pense plus à chaque note : ses doigts savent où aller. Ces automatismes lui permettent de se concentrer sur l’interprétation, l’expression, le phrasé. On pourrait alors défendre que dans ce cas l’inconscient augmente les possibilités de l’artiste. En ce sens, loin de nous enchaîner, cet inconscient cognitif nous libère.
Deuxième grand problème : Peut-il y avoir une science de l’inconscient ?
Cela peut paraître paradoxal : comment avoir une connaissance scientifique de ce qui, par définition, n’est pas connu de nous ? Pourtant, Freud défend que l’hypothèse de l’inconscient est bien une hypothèse scientifique et pour ce faire Il avance deux arguments principaux.
Premier argument, la justification théorique : les données de la conscience sont, dit Freud, « lacunaires ». Nous observons des phénomènes – rêves, lapsus, actes manqués, symptômes névrotiques – qui semblent dépourvus de sens. L’hypothèse de l’inconscient permet de leur donner une cohérence en les rattachant à des causes psychiques refoulées. Par exemple, des troubles physiques sans cause physique apparente peuvent être expliqués par un conflit inconscient.
Deuxième argument, la justification pratique : c’est ce que Freud appelle la « preuve par les effets ». Si la psychanalyse parvient à guérir des patients en leur faisant prendre conscience de désirs refoulés, cela prouverait l’existence de ces contenus inconscients.
« On nous conteste de tous côtés le droit d’admettre un psychique inconscient et de travailler scientifiquement avec cette hypothèse. Nous pouvons répondre à cela que l’hypothèse de l’inconscient est nécessaire et légitime, et que nous possédons de multiples preuves de l’existence de l’inconscient. »
Freud, Métapsychologie
À cette thèse, on peut opposer la critique de Karl Popper, philosophe des sciences du XXe siècle. Popper est un épistémologue : il réfléchit à ce qui fait qu’une science est bien une science.
Pour Popper, une théorie n’est scientifique que si elle peut être réfutée par l’expérience. Il doit être possible de montrer qu’elle est fausse. Si la théorie ou l’hypothèse ne peut jamais être réfutée alors ça n’est pas une hypothèse scientifique.
Or, la psychanalyse semble précisément être dans ce cas. Prenons l’exemple du complexe d’Œdipe : si une personne dit qu’elle n’a jamais fait de complexe d’Œdipe, le psychanalyste peut simplement répondre qu’elle l’a refoulé. La tentative de réfutation se transforme en validation de la théorie. Si le patient accepte l’interprétation, c’est qu’elle est vraie. S’il la refuse, c’est une « résistance » qui confirme encore la théorie.
D’une manière générale, toute personne qui veut défendre que l’inconscient n’existe pas peut se voir répondre qu’elle n’en a pas conscience car elle l’a refoulé. Rien ne peut donc réfuter l’hypothèse de l’inconscient. C’est pourquoi, pour Popper, la psychanalyse n’est pas une science à proprement parler, mais plutôt une pseudo-science.
Troisième et dernier problème : Suis-je responsable de ce dont je n’ai pas conscience ?
Pour Sartre, philosophe français du XXe siècle, la réponse est oui, absolument. L’homme est libre, tous les choix qu’il fait sont libres. Quelqu’un qui dit pour s’excuser qu’il ne « s’est pas rendu compte » ou « n’était pas conscient de ses actes » se trouve des excuses.
Sartre fait même une critique logique du refoulement freudien : pour refouler un désir, il faut d’abord en avoir conscience. Comment la « censure » freudienne pourrait-elle rejeter hors de la conscience un désir qu’elle ne connaîtrait pas ? Le refoulement suppose donc une conscience de ce qu’on refoule, ce qui est contradictoire.
Pour Sartre, ce que Freud explique par le refoulement s’explique en réalité par la « mauvaise foi ». La mauvaise foi, c’est se mentir à soi-même, faire semblant de ne pas savoir ce qu’on sait très bien. L’homme est libre, mais cette liberté l’angoisse, et il préfère se raconter des histoires pour fuir sa responsabilité.
« L’existentialiste ne croit pas à la puissance de la passion. Il pense que l’homme est responsable de sa passion. Si nous avons défini la situation de l’homme comme un choix libre, sans excuses et sans secours, tout homme qui se réfugie derrière l’excuse de ses passions, tout homme qui invente un déterminisme est un homme de mauvaise foi. »
Sartre, L’existentialisme est un humanisme
On pourrait néanmoins nuancer la position de Sartre. Être responsable, c’est être capable de répondre de ses actes. Cela suppose donc qu’on en ait eu conscience. Si on n’a pas conscience de ce qu’on a fait, on ne peut pas expliquer pourquoi on l’a fait.
C’est pourquoi le Code pénal français prévoit que n’est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d’un trouble psychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes. Le droit reconnaît donc que la conscience est une condition de la responsabilité.
J’espère que cet article vous permettra de mieux cerner les grandes questions que vous allez rencontrer sur la notion de d’inconscient. Pour davantage d’articles sur la philosophie et le programme de terminale : cliquez ici et si vous voulez voir les notions en vidéos c’est ici !
A bientôt,
Caroline