Citation de Blaise Pascal

Selon Pascal dans les Pensées, l’homme est à la fois misérable et grand. Misérable car physiquement il est très faible et peut être tué facilement par la nature, une catastrophe, une maladie. Mais l’homme est grand car il a conscience de lui-même. En d’autres termes, l’homme se sait fragile et mortel, il peut prendre conscience de sa place dans l’univers et réfléchir sur l’univers et sur son existence. Ce qui n’est pas toujours facile.

Texte de Pascal :

[Fragment 113-348] […] Par l’espace l’univers me comprend et m’engloutit comme un point : par la pensée je le comprends.

[Fragment 114-397] La grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable ; un arbre ne se connaît pas misérable. C’est donc être misérable que de (se) connaître misérable, mais c’est être grand que de connaître qu’on est misérable.

[Fragment 200-347] L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser ; une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, puisqu’il sait qu’il meurt et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien.

Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C’est de là qu’il nous faut relever et non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser, voilà le principe de la morale.

Pascal, Pensées et opuscules.

Citation de René Descartes

René Descartes souligne ici une des fonctions essentielles de la philosophie. La philosophie est la recherche de la sagesse et consiste donc à se défaire d’abord des préjugés, des illusions et des erreurs. Philosopher c’est chercher à savoir et il faut pour cela prendre d’abord conscience que l’on ne sait pas et douter de ses certitudes.
C’est pourquoi une des compétences du philosophe est de problématiser c’est-à-dire de voir des problèmes là où cela semble évident pour les autres. Vous trouvez davantage d’informations sur la problématisation dans cet article.

Texte de René Descartes :

« Or, c’est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher ; et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue découvre n’est point comparable à la satisfaction que donne la connaissance de celles qu’on trouve par la philosophie ; et, enfin, cette étude est plus nécessaire pour régler nos moeurs et nous conduire en cette vie, que n’est l’usage de nos yeux pour guider nos pas. Les bêtes brutes, qui n’ont que leur corps à conserver, s’occupent continuellement à chercher de quoi le nourrir ; mais les hommes, dont la principale partie est l’esprit, devraient employer leurs principaux soins à la recherche de la sagesse, qui en est la vraie nourriture ; et je m’assure aussi qu’il y en a plusieurs qui n’y manqueraient pas, s’ils avaient espérance d’y réussir, et qu’ils sussent combien ils en sont capables. Il n’y a point d’âme tant soit peu noble qui demeure si fort attachée aux objets des sens qu’elle ne s’en détourne quelquefois pour souhaiter quelque autre plus grand bien, nonobstant qu’elle ignore * souvent en quoi il consiste. Ceux que la fortune * favorise le plus, qui ont abondance de santé, d’honneurs, de richesses, ne sont pas plus exempts de ce désir que les autres ; au contraire, je me persuade que ce sont eux qui soupirent avec le plus d’ardeur après un autre bien, plus souverain que tous ceux qu’ils possèdent. Or, ce souverain bien * considéré par la raison naturelle sans la lumière de la foi, n’est autre chose que la connaissance de la vérité par ses premières causes, c’est-à-dire la sagesse, dont la philosophie est l’étude. Et, parce que toutes ces choses sont entièrement vraies, elles ne seraient pas difficiles à persuader si elles étaient bien déduites. »

DESCARTES
Principes de la philosophie, lettre-préface

Comment bien commencer son explication de texte philosophique

Podcast 1 : Comment bien commencer son explication de texte philosophique

Le texte dont je parle à la fin et l’introduction de cette explication de texte philosophique.

« Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours ; ou nous rappelons le passé, pour l’arrêter comme trop prompt : si imprudents que nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient : et si vains que nous songeons à ceux qui ne sont rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C’est que le présent, d’ordinaire, nous, blesse. Nous le cachons à notre vue parce qu’il nous afflige et s’il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l’avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps où nous n’avons aucune assurance d’arriver. Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et l’avenir. Nous ne pensons presque point au présent ; et, si nous y pensons, ce n’est que pour en prendre la lumière pour disposer de l’avenir. Le présent n’est jamais notre fin : le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. » Pascal, Pensées, Brunschvicg 172 / Lafuma 47.

Exemple d’introduction d’explication de texte philosophique, pour plus de clarté je précise les différents éléments de l’introduction entre parenthèses avant :

(Présentation du texte) Dans ce texte de Pascal, extrait des Pensées, il est question de (thème du texte, ici deux notions) notre rapport au temps et des effets de ce rapport au temps sur notre bonheur. (Formulation du problème auquel le texte répond sous forme d’alternative) Pascal s’est demandé si la tendance des hommes à se focaliser le plus souvent sur le passé et sur le futur les rend plutôt heureux ou plutôt malheureux. (Formulation de la thèse c’est-à-dire de la réponse que fait l’auteur au problème dans ce texte) Dans ce texte, Pascal défend l’idée selon laquelle nous avons tendance à toujours nous tourner vers le futur (pour espérer) et vers le passé (pour regretter ce que nous avons fait ou ce que nous avons perdu) et ainsi à ne jamais vivre pleinement au présent ce qui nous rend finalement malheureux. (Formulation du plan du texte en insistant sur ce que fait l’auteur dans ce passage d’un point de vue argumentatif) Dans la première partie du texte des lignes 1 à 6, l’auteur énonce sa thèse selon laquelle les hommes ont tendance à ne pas s’intéresser au présent mais uniquement au futur et au passé. Puis dans une deuxième partie des lignes 6 à 10, il donne de raisons qui selon lui justifient que les hommes se détournent du présent. Enfin des lignes 10 à la fin, il donne d’abord un argument de fait pour justifier sa thèse puis il énonce la deuxième partie de sa thèse selon laquelle cette tendance que nous avons à nous détourner du présent nous rend malheureux.

Pour plus d’informations sur l’explication de texte, je vous invite à regarder les articles sur l’explication de texte ici.

Sénèque citations sur l’existence

Sénèque citations sur l’existence

« Il n’est pas vrai que nous ayons peu de temps, mais nous en avons déjà beaucoup perdu. La vie est assez longue, et elle serait bien suffisante pour l’accomplissement de nos principales fonctions, si, dans son ensemble, elle était organisée comme il faut. » De la Brièveté de la vie

De la Brièveté de la vie :

« Nous n’avons pas reçu une vie brève, nous l’avons faite telle ». De la Brièveté de la vie

Sénèque dans cette oeuvre prend le contre pied de l’opinion commune selon laquelle la vie des hommes serait courte. A ses yeux, elle n’est pas réellement courte et cela n’a de toute façon pas de sens de s’en plaindre. En revanche, les hommes rendent leur vie courte en usant mal de leur temps et en se laissant distraire par des occupations sans intérêts.

« Il n’est pas vrai que nous ayons peu de temps, mais nous en avons déjà beaucoup perdu. La vie est assez longue, et elle serait bien suffisante pour l’accomplissement de nos principales fonctions, si, dans son ensemble, elle était organisée comme il faut. » De la Brièveté de la vie

Pour Sénèque, les hommes perdent leur temps trop souvent soit en passant leur temps en boisson, nourriture, excès de toutes sortes, soit en s’inquiétant trop du regard des autres, de leur réputation, soit en papillonnant d’une idée à l’autre sans se fixer sur une seule. Il y a finalement à ses yeux de très nombreuses façons de perdre son temps et il n’y a qu’en réfléchissant précisément à ce que nous voulons réaliser et en ayant conscience que notre temps n’est pas illimité que nous pouvons faire que notre vie soit longue parce que bien employé.

« On ne trouve personne qui veuille partager son argent ; entre combien de gens partage-t-on sa vie ! On est parcimonieux s’il s’agit de garder intact son patrimoine ; mais quand il s’agit de perdre son temps, on est prodigue dans le seul domaine où l’avarice serait honorable. » De la Brièveté de la vie

Sénèque remarque très souvent que les hommes ont tendance à ne pas avoir conscience du caractère précieux du temps. Le temps est la seule chose qu’on ne peut rendre, nous devrions avoir beaucoup plus conscience de sa valeur et moins le gaspiller selon lui.

« Remémore-toi combien de fois tu as été ferme dans tes desseins, combien de journées se sont passées comme tu l’avais décidé, quand tu as disposé de toi-même, quand tu as eu le visage sans passion et l’âme sans crainte, ce qui a été ton oeuvre dans une existence si longue, combien de gens se sont arraché ta vie, sans que tu t’aperçoives de ce que tu perdais, combien de ta vie t’ont dérobé une douleur futile, une joie sotte, un désir avide, un entretien flatteur, combien peu t’est resté de ce qui est tien : et tu comprendras que tu meurs prématurément. »De la Brièveté de la vie

Je vous en dis plus sur De la Brièveté de la vie de Sénèque dans cet article.

Sénèque citations extraites des Lettres à Lucilius :

« Réfléchis bien, demande Sénèque, et tu verras que la majeure partie de l’existence se passe à mal faire, une grande part à ne rien faire, et la totalité à faire tout autre chose que ce qu’il faudrait. » Lettres à Lucilius I

« La fréquentation du monde et de la foule est à bannir ». Lettre 7

« Le dieu nous accorde un lendemain, soyons heureux de le recevoir. On jouit pleinement et avec sécurité de soi-même lorsqu’on attend le lendemain sans inquiétude. Qui, le soir, dit : « J’ai vécu », peut dire le matin : « Je gagne une journée. » Lettre 12

Ici encore, Sénèque considère qu’une manière d’être serein consiste à bien user de son temps de telle manière que l’on puisse dire après chaque journée que nous sommes satisfaits de cette journée. Il considère que les hommes ont trop tendance à voir la mort comme quelque chose de lointain quand ils sont jeunes, mais la mort peut advenir à tout âge.

« Disposons donc chacune de nos journées comme si elle fermait la marche, comme si elle achevait et complétait notre vie ». Lettre 12

« Ce n’est pas de vivre qui est désirable, c’est de vivre bien. Aussi le sage vit autant qu’il le doit, non autant qu’il le peut ». Lettre 70

Sénèque consacre une lettre à la question du suicide. Lui qui nous incite à bien vivre en ne perdant pas notre temps et en le consacrant à projets réfléchis et notamment à la philosophie, il n’est pas question de vivre pour lui en ayant perdu la possibilité de bien vivre. Mieux vaut mettre un terme à cette vie.

« Bien mourir, c’est nous soustraire au danger de mal vivre. » Lettre 70

« Pour un seul moyen d’entrer dans la vie, il y en a mille d’en sortir. […] Le grand motif pour ne pas nous plaindre de la vie, c’est qu’elle ne retient personne. » Lettre 70

« Qui ne sait pas vers quel port il doit tendre n’a pas de vent qui lui soit bon ». Lettre 71

Sénèque pointe ici l’importance de savoir ce que l’on veut faire de nos journées et de notre vie, car celui qui ne sait pas où il veut aller, et ce qu’il veut faire sera toujours conduit par les circonstances et les autres. Ce faisant, il ne peut bien vivre c’est pourquoi le vent ne peut jamais lui être bon s’il n’a pas déterminé rationnellement ce à quoi il veut consacrer sa vie.

« Ceux qui convoitent ou méprisent les choses selon qu’elles s’achètent plus ou moins cher, dédaignent la lumière qui ne coûte rien ». Lettre 122

De la colère :

Sénèque citations sur la colère.

« Qui ne ressent pas la colère demeure inébranlable à l’injure.» Sénèque ; De la colère, III

Sénèque en bon stoïcien, voit la colère comme une passion qui nous affecte et nous fait perdre le contrôle. Il faut donc s’en défaire. Se mettre en colère c’est réagir à l’injure ou à l’action d’un autre et le laisser prendre le contrôle de notre esprit et de notre état émotionnel. En ce sens, se mettre en colère c’est perdre le contrôle de soi-même et donc perdre sa liberté. Les autres n’ont pas de prises sur nous si leurs injures ne peuvent nous mettre en colère.

« L’injure est moins dans la manière dont elle est faite que dans celle dont elle est reçue.» Sénèque ; De la colère, III

« Celui qui s’enquiert de tout ce qui s’est dit sur son compte, et qui va exhumant les propos les plus secrets de l’envie, trouble lui-même son repos.» Sénèque ; De la colère, III, 5

« La colère abîme tout, il n’est guère de gens a qui elle n’ait coûté cher.» Sénèque ; De la colère, III, 5

Citation d’Hannah Arendt

Hannah Arendt suit en 1961 le procès de l’ancien dignitaire nazi Adolf Eichmann, responsable logistique de la « Solution Finale ». Elle écrit alors qu’Eichmann n’est pas un monstre ce qui fait scandale et parle de « banalité du mal ». Eichmann n’est pas un génie du mal, selon elle, simplement il ne pense pas. Il s’en remet à ses supérieurs et se contente de bien faire son travail.

Texte de Hannah Arendt :

« Tout a commencé quand j’ai assisté au procès Eichmann à Jérusalem. Dans mon rapport, je parle de la « banalité du mal ». Le mal, on l’apprend aux enfants, relève du démon ; il s’incarne en Satan (qui « tombe du ciel comme un éclair » (saint Luc, 10,18), ou Lucifer, l’ange déchu dont le péché est l’orgueil (« orgueilleux comme Lucifer »), cette superbia dont seuls les meilleurs sont capables : ils ne veulent pas servir Dieu ils veulent être comme Lui.  […] Cependant, ce que j’avais sous les yeux, bien que totalement différent, était un fait indéniable. Ce qui me frappait chez le coupable, c’était un manque de profondeur évident, et tel qu’on ne pouvait faire remonter le mal incontestable qui organisait ses actes jusqu’au niveau plus profond des racines ou des motifs. Les actes étaient monstrueux, mais le responsable – tout au moins le responsable hautement efficace qu’on jugeait alors – était tout à fait ordinaire, comme tout le monde, ni démoniaque ni monstrueux. Il n’y avait en lui trace ni de convictions idéologiques solides, ni de motivations spécifiquement malignes, et la seule caractéristique notable qu’on décelait dans sa conduite, passée ou bien manifeste au cours du procès et au long des interrogatoires qui l’avaient précédé, était de nature entièrement négative : ce n’était pas de la stupidité, mais un manque de pensée. Dans le cadre du tribunal israélien et de la procédure carcérale, il se comportait aussi bien qu’il l’avait fait sous le régime nazi mais, en présence de situations où manquait ce genre de routine, il était désemparé, et son langage bourré de clichés produisait à la barre, comme visiblement autrefois, pendant sa carrière officielle, une sorte de comédie macabre. Clichés, phrases toute faites, codes d’expression standardisés et conventionnels ont pour fonction reconnue, socialement, de protéger de la réalité, c’est-à-dire des sollicitations que faits et événements imposent à l’attention, de par leur existence même. On serait vite épuisé à céder sans cesse à ces sollicitations ; la seule différence entre Eichmann et le reste de l’humanité est que, de toute évidence, il les ignorait totalement. »

Hannah Arendt, La Vie de l’esprit, p.20-21

Sénèque : De la brièveté de la vie

Il s'agit d'une oeuvre de Sénèque sur la manière de se réapproprier le temps qui semble nous échapper et sur le sens que l'on donne à sa vie.

Sénèque est un philosophe latin né en -4 av. J-C et mort en 65 ap. J-C. Il appartient à l’école stoïcienne fondée par Zénon de Citium. Il a écrit notamment Des Bienfaits, De la brièveté de la vie, De la clémence, Lettres à Lucilius, De la tranquillité de l’âme et De la vie heureuse.

De la Brièveté de la vie date de 49 ap. J-C environ. Sénèque écrit alors au préfet Paulinus. Il s’agit d’une oeuvre sur la manière de se réapproprier le temps qui semble nous échapper et sur le sens que l’on donne à sa vie.

Le titre peut laisser penser que Sénèque énonce une évidence : la vie est brève. Mais c’est précisément le contraire que va défendre Sénèque. « Nous n’avons point reçu une vie brève, nous l’avons faite telle » dit-il. Pour lui, notre vie est brève ou non en fonction de la manière dont nous vivons. Soit nous arrivons à maitriser le temps que nous avons et alors ce temps est suffisant, soit nous ne le maitrisons pas et alors notre vie nous semble effectivement brève. L’enjeu est donc de savoir ce que nous faisons de notre temps. Sénèque critique notamment la manière de vivre des « gens occupés » qui dilapident leur temps et s’activent sans cesse sans réelle raison, tout en ignorant que leur temps est compté. Pour ces personnes là, la vie est effectivement brève, mais c’est parce qu’ils perdent beaucoup de leur temps.

Deux erreurs humaines

Sénèque commence par regretter deux erreurs humaines très courantes. D’abord les hommes ont tendance à considérer que la nature leur donne une vie trop courte. Pour Sénèque c’est une folie de se plaindre d’avoir reçu trop peu de temps et d’accabler l’injuste nature car ce temps que la nature nous donne ne dépend pas de nous. Il est donc vain de vouloir changer cela et de s’en plaindre. Pour les stoïciens, il est inutile de vouloir que les choses arrivent comme nous le désirons, dans les domaines où cela ne dépend pas de nous, il faut vouloir ce qui arrive.

Sénèque relève ensuite une deuxième erreur. Les hommes se plaignent d’avoir reçu une vie courte mais, en réalité, ils vivent comme s’ils étaient immortels, c’est-à-dire qu’ils dilapident leur temps comme s’il n’était pas précieux. Il va alors énumérer les façons diverses dont les hommes peuvent perdre leur temps, cela va de celui qui perd son temps en s’abrutissant par l’alcool ou la nourriture, à celui qui uniquement soucieux du regard des autres cherche à réussir à leurs yeux à tous prix sans réaliser quoi que ce soit de vraiment important pour lui-même. Perdre son temps pour Sénèque, cela peut donc être par exemple, s’inquiéter constamment de sa beauté ou de celle des autres, chose qui de toute façon ne dure pas, ou encore éparpiller ses actions dans différents projets sans jamais se fixer sur un et l’amener à terme.

Vivre et non simplement exister

Comment alors bien vivre ? Pour Sénèque mener une vie véritable consiste à entreprendre des actions qui ne sont pas gratuites et irréfléchies, mais au contraire réfléchies et conscientes. Des actions que nous avons donc réellement choisies et qui sont maîtrisées. C’est ainsi que l’homme peut réellement vivre au lieu de simplement « passer du temps ». La métaphore du bateau qui se laisse emporter est ici éclairante. Si ce bateau sans direction se laisse emporter et tourne sans cesse en rond, pourra-t-on dire qu’il a beaucoup navigué ? On pourrait dire qu’il a navigué longtemps, mais pas beaucoup navigué car il n’est arrivé nul part.

De même, pour Sénèque, un individu qui n’a pas de projet précis, vagabonde sans cesse ou perd son temps est peut-être âgé, mais, pour autant, on ne peut pas dire qu’il a beaucoup vécu. Seul celui qui utilise son temps intelligemment a beaucoup vécu.

Par ailleurs, cette métaphore illustre bien aussi le côté néfaste des passions qui nous détournent de nos projets réfléchis : plus il y a eu de vent, moins le bateau a pu accomplir sa fonction, sa mission. Il importe donc de retenir la distinction de cet ouvrage entre vie et existence, entre vivre et passer du temps. « Rien n’est moins le fait d’un homme occupé que de vivre » car si ce à quoi il s’occupe, il ne l’a pas réellement choisi de manière éclairé alors en réalité il s’agite et perd son temps.

Autre philosophe stoïcien très célèbre : Epictète dont vous pouvez trouver une idée maîtresse ici.

Citation Alexis de Tocqueville

Le nouveau despotisme que redoute Alexis de Tocqueville n’est pas le despotisme tel que Montesquieu le définissait. Il ne s’agit pas d’un pouvoir arbitraire faisant régner l’ordre par la crainte et la violence, mais d’un pouvoir absolu et doux. Le despotisme que doivent craindre les démocraties est celui d’un Etat qui petit à petit, profitant du désintérêt des citoyens pour la vie politique et de leur penchant à centraliser le pouvoir, étendrait son administration de manière à contrôler absolument tout.

Texte de Tocqueville :

« Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un peuple plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir. Préoccupés du seul soin de faire fortune, ils n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous. Il n’est pas besoin d’arracher à de tels citoyens les droits qu’ils possèdent; ils les laissent volontiers échapper eux-mêmes. L’exercice de leurs devoirs politiques leur paraît un contretemps fâcheux qui les distrait de leur industrie. S’agit-il de choisir leurs représentants, de prêter main-forte à l’autorité, de traiter en commun la chose commune, le temps leur manque; ils ne sauraient dissiper ce temps si précieux en travaux inutiles. » De la démocratie en Amérique.

Plus de détails sur Alexis de Tocqueville dans cet article.

Qu’est-ce que la philosophie ?

Qu'est-ce que la philosophie ? Que vous soyez amenés à faire de la philosophie au lycée ou juste curieux, cette question vous a sans doute effleurée l'esprit. Afin que vous sachiez un peu à quoi vous attendre je vais tenter de clarifier ce qu'est la philosophie.

Qu’est-ce que la philosophie ? Que vous soyez amenés à faire de la philosophie au lycée ou juste curieux, cette question vous a sans doute effleurée l’esprit. Afin que vous sachiez un peu à quoi vous attendre je vais tenter de clarifier ce qu’est la philosophie.

Souvent les élèves confrontés à la philosophie en terminale, ont des présupposés sur la philosophie. Il s’agirait d’une matière plutôt ennuyeuse pratiquée par des gens un peu « perchés » et dont on se demande à quoi elle sert. On sous-entend alors souvent qu’elle pourrait bien ne servir à rien ! Alors qu’est-ce que la philosophie ? Et à quoi sert-elle ?

Des conceptions différentes selon les philosophes

Définir précisément la philosophie est une entreprise complexe car ceux qui la pratiquent en ont souvent donné des définitions différentes et ont chacun leur conception de la philosophie. Voici quelques exemples :

Aristote : “C’est à bon droit que la philosophie est appelée science de la vérité” Métaphysique

Epicure : “La philosophie n’est pas une science pure et théorique, c’est une règle pratique d’action; bien plus, elle est elle-même une action, une énergie qui procure, par des discours et des raisonnements, la vie bienheureuse” Maximes

Marc-Aurèle : “La philosophie consiste à garder ses démons intérieur  à l’abri des outrages, innocent, supérieur aux plaisirs et aux peines, ne laissant rien au hasard et surtout attendant une mort propice à la pensée” Pensées pour moi-même

Pascal : “Se moquer de la philosophie, c’est vraiment philosopher” Pensées

Descartes : “Ce mot de philosophie signifie l’étude de la sagesse et par la sagesse on entend une parfaite connaissance de toutes les choses que l’homme peut savoir, tant pour la conduite de sa vie que pour la conservation de sa santé et l’invention de tous les arts” Discours de la Méthode

Descartes : “Toute la philosophie est comme un arbre, dont les racines sont la métaphysique, le tronc est la physique, et les branches qui en sortent sont toutes les autres sciences, la médecine, la mécanique et la morale” Discours de la méthode

Kant : “La philosophie est un système de connaissance rationnelle à partir de concepts” Métaphysique des Moeurs

Schopenhauer : “La philosophie naît de notre étonnement au sujet du monde et de notre existence” Le Monde comme Volonté et comme représentation

Une première définition par l’étymologie

Le mot philosophie a une origine grec. Si on décompose le terme, philo vient du verbe philein : aimer, rechercher et sophia signifie la sagesse. La philosophie serait donc l’amour ou la recherche de la sagesse. Mais qu’est-ce que la sagesse ? Que faut-il mettre derrière cette recherche de la sagesse ? S’il est difficile de donner un définition qui vaudrait pour tous les philosophes on peut néanmoins mettre en évidence un point commun. Faire de la philosophie c’est se poser des questions sur le monde et essayer d’y répondre en utilisant sa raison.

Socrate au 5e siècle av J-C pratiquait ainsi la philosophie en posant des questions à ses interlocuteurs. Son but était alors de les pousser à remettre en question leurs opinions et préjugés, il cherchait à les faire douter, afin qu’ils commencent à chercher effectivement la vérité. Vous trouverez davantage de précisions sur la vie et démarche de Socrate dans cet article.

Cette démarche de Socrate peut être considérée comme emblématique. Les philosophes posent des questions d’ordre général dans tous les domaines et essaient ensuite d’y répondre par des arguments, en donnant des preuves ou en utilisant la logique. Sur l’argumentation en philosophie, vous pouvez consulter cet article. En ce sens, ils cherchent à élaborer des connaissances. Mais alors quelle différence faire entre la philosophie et les sciences ?

Qu’est-ce que la philosophie aujourd’hui ?

On peut d’abord remarquer que si certaines questions sont devenues spécifiquement l’affaire des sciences telles que la physique, la biologie, les mathématiques, il reste de nombreux domaines qui ne font pas l’objet d’une science au sens strict et sont l’affaire de la philosophie. Il s’agit par exemple de la philosophie morale, de la philosophie politique ou encore de la philosophie de l’esprit.

De nombreuses questions sont posées par la philosophie qui ne peuvent être réglées par un protocole scientifique. Ce sont d’anciennes questions, comme la question de savoir si les hommes sont libres, ou s’il faut avoir peur de la mort, mais de nouvelles questions apparaissent avec l’essor des technologies et l’évolution de la société. La philosophie va donc poser, par exemple, la question du respect que l’on doit ou non aux animaux et à la nature, ou va encore se demander si nous devons avoir peur du développement des intelligences artificielles.

L’origine de la science et l’épistémologie

Enfin,s’il faut effectivement distinguer la philosophie des sciences dans la mesure où la philosophie ne suit pas une méthode expérimentale particulière pour arriver à une vérité, il est intéressant de remarquer que la philosophie est à l’origine des sciences et que de grands philosophes étaient également des biologistes, des mathématiciens, des physiciens. Les domaines que l’on rattache aujourd’hui aux sciences étaient autrefois des parties de la philosophie et ne s’en sont séparés que parce qu’elles se sont précisées et ont élaboré des méthodes spécifiques.

Par ailleurs, la philosophie réfléchit encore sur les sciences, c’est ce que l’on appelle l’épistémologie. La question n’est alors pas de prouver telle ou telle hypothèse en biologie ou en physique, mais de réfléchir, par exemple, sur le rapport de la théorie scientifique avec la réalité ou sur ce qui fait qu’une science est une science.

Qu’est-ce que la philosophie ? est donc une question relativement complexe, mais si l’on peut tenter une définition, il s’agit d’une activité qui à partir d’un questionnement cherche à élaborer des connaissances en s’appuyant sur la raison dans des domaines où il ne peut pas être fait de démonstrations scientifiques.

Pour aller un peu plus loin en vidéo :

Citation de Spinoza sur le déterminisme

Spinoza, dans cette Lettre, montre en prenant l’exemple d’une pierre qui devient consciente alors qu’elle est en l’air et vole, que les hommes croient être libres parce qu’ils ignorent les causes qui les poussent. Tout comme la pierre, ils ont été poussés mais comme ils n’en sont pas conscients, ils se croient libres. C’est la thèse déterministe qui défend l’idée que les hommes sont déterminés par leur génétique, leur psychologie, leur milieu social, le monde physique et n’ont en réalité pas de libre arbitre.

Texte de Spinoza :

« une pierre par exemple reçoit d’une cause extérieure qui la pousse, une certaine quantité de mouvement et, l’impulsion de la cause extérieure venant à cesser, elle continuera à se mouvoir nécessairement. Cette persistance de la pierre dans le mouvement est une contrainte, non parce qu’elle est nécessaire, mais parce qu’elle doit être définie par l’impulsion d’une cause extérieure. Et ce qui est vrai de la pierre il faut l’entendre de toute chose singulière, quelle que soit la complexité qu’il vous plaise de lui attribuer, si nombreuses que puissent être ses aptitudes, parce que toute chose singulière est nécessairement déterminée par une cause extérieure à exister et à agir d’une certaine manière déterminée. Concevez maintenant, si vous voulez bien, que la pierre, tandis qu’elle continue de se mouvoir, pense et sache qu’elle fait effort, autant qu’elle peut, pour se mouvoir. Cette pierre assurément, puisqu’elle a conscience de son effort seulement et qu’elle n’est en aucune façon indifférente, croira qu’elle est très libre et qu’elle ne persévère dans son mouvement que parce qu’elle le veut. Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leur appétits et ignorent les causes qui les déterminent. Un enfant croit librement appeter le lait, un jeune garçon irrité vouloir se venger et, s’il est poltron, vouloir fuir. Un ivrogne croit dire par un libre décret de son âme ce qu’ensuite, revenu à la sobriété, il aurait voulu taire. De même un délirant, un bavard, et bien d’autres de même farine, croient agir par un libre décret de l’âme et non se laisser contraindre. »

Baruch Spinoza (1632-1677),  Lettre 58 à Schuller (1674).

Apologie de Socrate

Résumé de l’apologie de Socrate

"Il me semble donc qu'en cela du moins je suis un peu plus sage, que je ne crois pas savoir ce que je ne sais point". Socrate dans l'Apologie de Socrate de Platon

Cette œuvre qui est une des plus lue de Platon se présente comme le rapport des allocutions que Socrate aurait prononcées devant ses juges avant et après sa condamnation. L’Apologie de Socrate s’inscrit dans la première partie de l’œuvre de Platon à savoir celle des dialogues socratiques. Elle est antérieure aux grands dialogues comme Le Phédon et Le Banquet. L’Apologie de Socrate n’est probablement pas un compte rendu exact des propos de Socrate mais une création philosophique inspirée du réel sauf pour le dernier discours qui est fort improbable. Il s’agit davantage de Socrate défendu par Platon que la défense de Socrate par lui-même.

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Contexte : En l’an 399 avant notre ère, une accusation capitale fut lancée contre Socrate : elle entraîna sa condamnation puis sa mort. Il avait alors 70 ans. C’est à cette accusation qu’est censée répondre « l’Apologie de Socrate » de Platon.

L’Apologie se divise en trois parties :  

Dans la première partie, Socrate se défend contre ses accusateurs. Dans la seconde, il propose une peine qui lui paraît juste car il a été jugé coupable ; dans la troisième, il indique aux juges qui l’ont condamné les dommages que cette décision pourrait leur causer et il s’entretient avec ceux qui l’ont acquitté sur les sujets de la mort et de l’au-delà.

PREMIÈRE PARTIE : La défense de Socrate

Socrate affirme qu’il est  entièrement ignorant de la façon dont il faut parler devant les tribunaux. Il se contentera donc de dire la vérité en parlant comme il le fait habituellement. Il indique ensuite les deux grandes divisions de son propos : il répondra d’abord aux attaques  anciennes propagées depuis longtemps contre lui ; il examinera ensuite les plaintes récentes de ses accusateurs.

On l’accuse depuis des années de remettre en cause les croyances religieuses,  on l’accuse aussi de  renverser les valeurs de la société et d’enseigner aux jeunes à le faire aussi. En effet, le philosophe puisqu’il pose des questions a tendance à questionner les traditions et à les mettre en danger. Son activité ne plaît donc pas à ceux qui veulent que les traditions perdurent sans se demander si elles sont bonnes.

D’où viennent donc ces rumeurs qui se sont propagées sur son compte ? C’est qu’un jour, ayant été proclamé le plus sage des hommes par l’oracle de Delphes, il a voulu vérifier ce qui lui avait été révélé. Il se mis alors à interroger les concitoyens qui étaient considérés comme les plus sages : les hommes d’État, les poètes, puis les artisans. Il a découvert que ces personnes prétendaient avoir des connaissances mais que finalement ils étaient aussi ignorants que lui.  Il a ainsi reconnu qu’il était plus sage qu’eux puisqu’ il ne croyait pas savoir ce qu’il ignorait. C’est pour cela que l’on attribue à Socrate cette phrase devenue symbole du philosophe « je sais que je ne sais pas ». Les différents interlocuteurs de Socrate se sont sentis « ridiculisés » et ils sont à l’origine de la mauvaise réputation de Socrate.    

Socrate se défend ensuite contre les accusations récentes  de Mélétos, Anytos et Lycon.  Il entreprend de faire voir aux juges qu’il ne s’est jamais préoccupé de l’éducation de la jeunesse. Il montre ensuite que Mélétos se contredit quand il l’accuse d’athéisme. Socrate procède alors comme à son habitude en posant des questions habiles qui poussent son adversaire à se contredire.

Il apparaît alors que cette façon qu’a Socrate de poser des questions et donc de faire de la philosophie le met en danger. Néanmoins il continue à poser des questions et à remettre en question les opinions reçues car il s’est donné comme mission d’aider ses concitoyens à s’améliorer sur le plan moral. Il se compare à un « taon » qui pique les Athéniens pour les inciter à réfléchir. Cependant lui demande-t-on s’il veut servir les intérêts de ses concitoyens, pour quelle raison ne fait il pas de la politique ? Socrate répond que sa conscience l’en a détourné, et avec raison ; car avec sa franchise et son attachement aux lois, il n’aurait pas vécu longtemps.

Socrate a dit ce qu’il avait à dire pour sa défense. Il n’en dira pas plus : il ne recourra pas, comme les autres accusés, à des supplications qui sont indignes de lui et indignes des juges, lesquels ne doivent pas céder à la pitié, mais n’écouter que la justice et leur raison. Il s’en remet donc aux juges et à Dieu pour décider ce qu’il y a de mieux pour eux et pour lui.

DEUXIÈME PARTIE : la condamnation de Socrate

Après cette défense, les juges votèrent et Socrate fut déclaré coupable par une courte majorité de soixante voix. Dans les procès comme celui-ci, la loi ne fixait pas la peine, c’était donc l’accusateur qui en proposait une, et l’accusé, s’il était déclaré coupable, en proposait une autre. Le jury choisissait alors l’une ou l’autre, sans pouvoir proposer une autre peine. Ceux qui accusaient Socrate demandèrent la mort. Socrate fût invité à fixer sa peine, mais il considéra, lui, qu’au lieu d’une peine, ses services méritaient une récompense, et il demanda à être nourri gratuitement aux frais de la Cité. Néanmoins, il accepte finalement de verser une amende sous la pression de ses amis qui proposent de verser l’argent. Ces amis veulent lui éviter la mort.

TROISIÈME PARTIE : Discours après sa condamnation

Socrate est finalement condamné à mort. Socrate s’adresse alors une dernière fois aux juges. Il s’adresse d’abord à ceux qui l’ont condamné. Il considère qu’ils se rendent alors coupable d’un crime inutile. Il s’adresse ensuite à ceux qui ont voté en sa faveur et les rassure sur son sort. La mort, leur dit-il, n’est pas un mal pour lui. Pourquoi craindrait-il la mort ? Si c’est un sommeil, c’est un bonheur. Si c’est un passage dans un autre lieu, où l’on doit rencontrer les héros des temps passés, quel plaisir ce sera de converser avec eux ! Il dit donc ne pas avoir de ressentiment contre ceux qui l’ont condamné. Enfin, avant de prendre congé d’eux, il recommande aux Athéniens de traiter ses enfants comme il a traité lui-même ses concitoyens.