Thoreau : vivre simplement et oser désobéir

Deux ans dans les bois : Walden

Thoreau est d’abord connu pour être parti vivre seul durant deux ans et deux mois dans la forêt de son ami Emerson. Son œuvre Walden ou la vie dans les bois est un récit de son séjour dans la nature, mais également une occasion de faire une critique de la société de son époque, qu’il juge trop soucieuse de l’argent et des biens matériels.

Thoreau prône, en effet, une vie simple et considère que c’est là le seul moyen de vivre véritablement libre : celui qui vit simplement, voire pauvrement, n’a pas besoin de travailler beaucoup pour vivre. De plus, il ne devient pas dépendant de biens matériels superflus.

Ainsi, à ses yeux, celui qui se préoccupe sans cesse de l’argent et des biens qu’il possède devient paradoxalement esclave de ses biens : il va passer sa vie à travailler pour les acheter, et ne peut plus s’en passer une fois qu’il les possède.

Il dit ainsi : « Un homme est riche de tout ce dont il peut se passer. »

Obéir à sa conscience avant la loi

D’autre part, Thoreau est connu pour avoir écrit De la désobéissance civile, qui paraît en 1849. Cet ouvrage, même s’il se nomme au départ « Résistance au gouvernement civil », est aujourd’hui considéré comme un des textes fondateurs du concept de « désobéissance civile ». Dans ce texte, Thoreau affirme qu’il est parfois du devoir de l’être humain de désobéir si la loi ou l’ordre qu’on lui donne lui paraît injuste.

Selon lui, les citoyens sont des êtres humains avant d’être des sujets. Le fait qu’ils vivent en société en se soumettant à des lois ne signifie pas qu’ils peuvent accepter de se soumettre à des lois injustes.

Ainsi, pour lui, si la loi est injuste et si le citoyen juge en conscience qu’elle l’est, alors il a le devoir d’y désobéir. Il doit suivre sa conscience morale avant tout, et le faire même s’il est seul et même s’il prend des risques en désobéissant. Il en va de sa dignité d’être humain doué d’un sens du bien et du mal.

Une nuit en prison

Thoreau, loin de prescrire ce qu’il ne ferait pas lui-même, écrit De la désobéissance civile juste après avoir lui-même désobéi à la loi.

En effet, à l’âge de 29 ans, Thoreau refuse de payer ses impôts locaux pour protester contre la guerre que mènent les États-Unis contre le Mexique. Il juge cette guerre injuste et choisit donc de ne pas la soutenir en ne soutenant pas financièrement son État.

Malgré de nombreux rappels à l’ordre, Thoreau persiste à refuser de payer. Cet acte de désobéissance lui vaudra de passer une nuit en prison. Une seule nuit, car un membre de sa famille, n’approuvant vraisemblablement pas son acte de désobéissance, paya finalement la somme due à sa place. Ce qui rendra Thoreau furieux, car son acte de désobéissance était parfaitement délibéré.

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Thoreau écrira par la suite : « Sous un gouvernement qui emprisonne quiconque injustement, la véritable place d’un homme juste est aussi en prison. »

Car Thoreau est également un fervent opposant de l’esclavage. Pour lui, l’asservissement d’individus par d’autres est absolument injuste et inacceptable. C’est pourquoi, désobéissant encore à l’interdiction, il accueille des esclaves en fuite chez lui et en aide quelques-uns, alors que les autorités de son pays pourchassent les esclaves et demandent aux citoyens de ne pas les aider et de les dénoncer.

Un seul citoyen peut-il changer les choses ?

Mais cette action de désobéissance individuelle peut-elle avoir réellement un impact ? Peut-elle faire changer les choses ?

Thoreau pense qu’un seul citoyen, par son refus de respecter la loi, peut être un grain de sable qui va dérégler le système entier, et cela est encore plus vrai si un grand nombre de citoyens se mettent à désobéir.

Selon lui, si le citoyen juge une loi injuste, il ne doit pas y obéir quand même en attendant de pouvoir la changer : il doit y désobéir immédiatement. En effet, il considère qu’il y a peu de chances que le citoyen arrive à changer la loi par le dialogue ou le seul militantisme ; en revanche, s’il désobéit, il peut bloquer le gouvernement.

La désobéissance civile telle que Thoreau la pense alors est une démarche de résistance non violente. Il part du principe que le recours à la violence ne pourra servir la cause défendue, et qu’il vaut mieux désobéir et résister pacifiquement pour bloquer ce qui nous semble injuste plutôt que d’agir violemment.

Pourtant, après de nombreuses luttes et devant la difficulté de changer les choses, il en viendra vers la fin de sa vie (à 42 ans) à envisager l’action violente devant ce qui est moralement inacceptable.

Pour aller plus loin

Deux textes de Thoreau à lire ensuite : De la désobéissance civile, très court, se lit en une soirée ; Walden ou la vie dans les bois se lit plutôt par chapitres, en commençant par le premier, « Économie », où Thoreau explique pourquoi il est parti vivre dans les bois.

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