Citation d’Hannah Arendt

Hannah Arendt suit en 1961 le procès de l’ancien dignitaire nazi Adolf Eichmann, responsable logistique de la « Solution Finale ». Elle écrit alors qu’Eichmann n’est pas un monstre ce qui fait scandale et parle de « banalité du mal ». Eichmann n’est pas un génie du mal, selon elle, simplement il ne pense pas. Il s’en remet à ses supérieurs et se contente de bien faire son travail.

Texte de Hannah Arendt :

« Tout a commencé quand j’ai assisté au procès Eichmann à Jérusalem. Dans mon rapport, je parle de la « banalité du mal ». Le mal, on l’apprend aux enfants, relève du démon ; il s’incarne en Satan (qui « tombe du ciel comme un éclair » (saint Luc, 10,18), ou Lucifer, l’ange déchu dont le péché est l’orgueil (« orgueilleux comme Lucifer »), cette superbia dont seuls les meilleurs sont capables : ils ne veulent pas servir Dieu ils veulent être comme Lui.  […] Cependant, ce que j’avais sous les yeux, bien que totalement différent, était un fait indéniable. Ce qui me frappait chez le coupable, c’était un manque de profondeur évident, et tel qu’on ne pouvait faire remonter le mal incontestable qui organisait ses actes jusqu’au niveau plus profond des racines ou des motifs. Les actes étaient monstrueux, mais le responsable – tout au moins le responsable hautement efficace qu’on jugeait alors – était tout à fait ordinaire, comme tout le monde, ni démoniaque ni monstrueux. Il n’y avait en lui trace ni de convictions idéologiques solides, ni de motivations spécifiquement malignes, et la seule caractéristique notable qu’on décelait dans sa conduite, passée ou bien manifeste au cours du procès et au long des interrogatoires qui l’avaient précédé, était de nature entièrement négative : ce n’était pas de la stupidité, mais un manque de pensée. Dans le cadre du tribunal israélien et de la procédure carcérale, il se comportait aussi bien qu’il l’avait fait sous le régime nazi mais, en présence de situations où manquait ce genre de routine, il était désemparé, et son langage bourré de clichés produisait à la barre, comme visiblement autrefois, pendant sa carrière officielle, une sorte de comédie macabre. Clichés, phrases toute faites, codes d’expression standardisés et conventionnels ont pour fonction reconnue, socialement, de protéger de la réalité, c’est-à-dire des sollicitations que faits et événements imposent à l’attention, de par leur existence même. On serait vite épuisé à céder sans cesse à ces sollicitations ; la seule différence entre Eichmann et le reste de l’humanité est que, de toute évidence, il les ignorait totalement. »

Hannah Arendt, La Vie de l’esprit, p.20-21

Sénèque : De la brièveté de la vie

Il s'agit d'une oeuvre de Sénèque sur la manière de se réapproprier le temps qui semble nous échapper et sur le sens que l'on donne à sa vie.

Sénèque est un philosophe latin né en -4 av. J-C et mort en 65 ap. J-C. Il appartient à l’école stoïcienne fondée par Zénon de Citium. Il a écrit notamment Des Bienfaits, De la brièveté de la vie, De la clémence, Lettres à Lucilius, De la tranquillité de l’âme et De la vie heureuse.

De la Brièveté de la vie date de 49 ap. J-C environ. Sénèque écrit alors au préfet Paulinus. Il s’agit d’une oeuvre sur la manière de se réapproprier le temps qui semble nous échapper et sur le sens que l’on donne à sa vie.

Le titre peut laisser penser que Sénèque énonce une évidence : la vie est brève. Mais c’est précisément le contraire que va défendre Sénèque. « Nous n’avons point reçu une vie brève, nous l’avons faite telle » dit-il. Pour lui, notre vie est brève ou non en fonction de la manière dont nous vivons. Soit nous arrivons à maitriser le temps que nous avons et alors ce temps est suffisant, soit nous ne le maitrisons pas et alors notre vie nous semble effectivement brève. L’enjeu est donc de savoir ce que nous faisons de notre temps. Sénèque critique notamment la manière de vivre des « gens occupés » qui dilapident leur temps et s’activent sans cesse sans réelle raison, tout en ignorant que leur temps est compté. Pour ces personnes là, la vie est effectivement brève, mais c’est parce qu’ils perdent beaucoup de leur temps.

Deux erreurs humaines

Sénèque commence par regretter deux erreurs humaines très courantes. D’abord les hommes ont tendance à considérer que la nature leur donne une vie trop courte. Pour Sénèque c’est une folie de se plaindre d’avoir reçu trop peu de temps et d’accabler l’injuste nature car ce temps que la nature nous donne ne dépend pas de nous. Il est donc vain de vouloir changer cela et de s’en plaindre. Pour les stoïciens, il est inutile de vouloir que les choses arrivent comme nous le désirons, dans les domaines où cela ne dépend pas de nous, il faut vouloir ce qui arrive.

Sénèque relève ensuite une deuxième erreur. Les hommes se plaignent d’avoir reçu une vie courte mais, en réalité, ils vivent comme s’ils étaient immortels, c’est-à-dire qu’ils dilapident leur temps comme s’il n’était pas précieux. Il va alors énumérer les façons diverses dont les hommes peuvent perdre leur temps, cela va de celui qui perd son temps en s’abrutissant par l’alcool ou la nourriture, à celui qui uniquement soucieux du regard des autres cherche à réussir à leurs yeux à tous prix sans réaliser quoi que ce soit de vraiment important pour lui-même. Perdre son temps pour Sénèque, cela peut donc être par exemple, s’inquiéter constamment de sa beauté ou de celle des autres, chose qui de toute façon ne dure pas, ou encore éparpiller ses actions dans différents projets sans jamais se fixer sur un et l’amener à terme.

Vivre et non simplement exister

Comment alors bien vivre ? Pour Sénèque mener une vie véritable consiste à entreprendre des actions qui ne sont pas gratuites et irréfléchies, mais au contraire réfléchies et conscientes. Des actions que nous avons donc réellement choisies et qui sont maîtrisées. C’est ainsi que l’homme peut réellement vivre au lieu de simplement « passer du temps ». La métaphore du bateau qui se laisse emporter est ici éclairante. Si ce bateau sans direction se laisse emporter et tourne sans cesse en rond, pourra-t-on dire qu’il a beaucoup navigué ? On pourrait dire qu’il a navigué longtemps, mais pas beaucoup navigué car il n’est arrivé nul part.

De même, pour Sénèque, un individu qui n’a pas de projet précis, vagabonde sans cesse ou perd son temps est peut-être âgé, mais, pour autant, on ne peut pas dire qu’il a beaucoup vécu. Seul celui qui utilise son temps intelligemment a beaucoup vécu.

Par ailleurs, cette métaphore illustre bien aussi le côté néfaste des passions qui nous détournent de nos projets réfléchis : plus il y a eu de vent, moins le bateau a pu accomplir sa fonction, sa mission. Il importe donc de retenir la distinction de cet ouvrage entre vie et existence, entre vivre et passer du temps. « Rien n’est moins le fait d’un homme occupé que de vivre » car si ce à quoi il s’occupe, il ne l’a pas réellement choisi de manière éclairé alors en réalité il s’agite et perd son temps.

Autre philosophe stoïcien très célèbre : Epictète dont vous pouvez trouver une idée maîtresse ici.

Citation Alexis de Tocqueville

Le nouveau despotisme que redoute Alexis de Tocqueville n’est pas le despotisme tel que Montesquieu le définissait. Il ne s’agit pas d’un pouvoir arbitraire faisant régner l’ordre par la crainte et la violence, mais d’un pouvoir absolu et doux. Le despotisme que doivent craindre les démocraties est celui d’un Etat qui petit à petit, profitant du désintérêt des citoyens pour la vie politique et de leur penchant à centraliser le pouvoir, étendrait son administration de manière à contrôler absolument tout.

Texte de Tocqueville :

« Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un peuple plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir. Préoccupés du seul soin de faire fortune, ils n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous. Il n’est pas besoin d’arracher à de tels citoyens les droits qu’ils possèdent; ils les laissent volontiers échapper eux-mêmes. L’exercice de leurs devoirs politiques leur paraît un contretemps fâcheux qui les distrait de leur industrie. S’agit-il de choisir leurs représentants, de prêter main-forte à l’autorité, de traiter en commun la chose commune, le temps leur manque; ils ne sauraient dissiper ce temps si précieux en travaux inutiles. » De la démocratie en Amérique.

Plus de détails sur Alexis de Tocqueville dans cet article.

Qu’est-ce que la philosophie ?

Qu'est-ce que la philosophie ? Que vous soyez amenés à faire de la philosophie au lycée ou juste curieux, cette question vous a sans doute effleurée l'esprit. Afin que vous sachiez un peu à quoi vous attendre je vais tenter de clarifier ce qu'est la philosophie.

Qu’est-ce que la philosophie ? Que vous soyez amenés à faire de la philosophie au lycée ou juste curieux, cette question vous a sans doute effleurée l’esprit. Afin que vous sachiez un peu à quoi vous attendre je vais tenter de clarifier ce qu’est la philosophie.

Souvent les élèves confrontés à la philosophie en terminale, ont des présupposés sur la philosophie. Il s’agirait d’une matière plutôt ennuyeuse pratiquée par des gens un peu « perchés » et dont on se demande à quoi elle sert. On sous-entend alors souvent qu’elle pourrait bien ne servir à rien ! Alors qu’est-ce que la philosophie ? Et à quoi sert-elle ?

Des conceptions différentes selon les philosophes

Définir précisément la philosophie est une entreprise complexe car ceux qui la pratiquent en ont souvent donné des définitions différentes et ont chacun leur conception de la philosophie. Voici quelques exemples :

Aristote : “C’est à bon droit que la philosophie est appelée science de la vérité” Métaphysique

Epicure : “La philosophie n’est pas une science pure et théorique, c’est une règle pratique d’action; bien plus, elle est elle-même une action, une énergie qui procure, par des discours et des raisonnements, la vie bienheureuse” Maximes

Marc-Aurèle : “La philosophie consiste à garder ses démons intérieur  à l’abri des outrages, innocent, supérieur aux plaisirs et aux peines, ne laissant rien au hasard et surtout attendant une mort propice à la pensée” Pensées pour moi-même

Pascal : “Se moquer de la philosophie, c’est vraiment philosopher” Pensées

Descartes : “Ce mot de philosophie signifie l’étude de la sagesse et par la sagesse on entend une parfaite connaissance de toutes les choses que l’homme peut savoir, tant pour la conduite de sa vie que pour la conservation de sa santé et l’invention de tous les arts” Discours de la Méthode

Descartes : “Toute la philosophie est comme un arbre, dont les racines sont la métaphysique, le tronc est la physique, et les branches qui en sortent sont toutes les autres sciences, la médecine, la mécanique et la morale” Discours de la méthode

Kant : “La philosophie est un système de connaissance rationnelle à partir de concepts” Métaphysique des Moeurs

Schopenhauer : “La philosophie naît de notre étonnement au sujet du monde et de notre existence” Le Monde comme Volonté et comme représentation

Une première définition par l’étymologie

Le mot philosophie a une origine grec. Si on décompose le terme, philo vient du verbe philein : aimer, rechercher et sophia signifie la sagesse. La philosophie serait donc l’amour ou la recherche de la sagesse. Mais qu’est-ce que la sagesse ? Que faut-il mettre derrière cette recherche de la sagesse ? S’il est difficile de donner un définition qui vaudrait pour tous les philosophes on peut néanmoins mettre en évidence un point commun. Faire de la philosophie c’est se poser des questions sur le monde et essayer d’y répondre en utilisant sa raison.

Socrate au 5e siècle av J-C pratiquait ainsi la philosophie en posant des questions à ses interlocuteurs. Son but était alors de les pousser à remettre en question leurs opinions et préjugés, il cherchait à les faire douter, afin qu’ils commencent à chercher effectivement la vérité. Vous trouverez davantage de précisions sur la vie et démarche de Socrate dans cet article.

Cette démarche de Socrate peut être considérée comme emblématique. Les philosophes posent des questions d’ordre général dans tous les domaines et essaient ensuite d’y répondre par des arguments, en donnant des preuves ou en utilisant la logique. Sur l’argumentation en philosophie, vous pouvez consulter cet article. En ce sens, ils cherchent à élaborer des connaissances. Mais alors quelle différence faire entre la philosophie et les sciences ?

Qu’est-ce que la philosophie aujourd’hui ?

On peut d’abord remarquer que si certaines questions sont devenues spécifiquement l’affaire des sciences telles que la physique, la biologie, les mathématiques, il reste de nombreux domaines qui ne font pas l’objet d’une science au sens strict et sont l’affaire de la philosophie. Il s’agit par exemple de la philosophie morale, de la philosophie politique ou encore de la philosophie de l’esprit.

De nombreuses questions sont posées par la philosophie qui ne peuvent être réglées par un protocole scientifique. Ce sont d’anciennes questions, comme la question de savoir si les hommes sont libres, ou s’il faut avoir peur de la mort, mais de nouvelles questions apparaissent avec l’essor des technologies et l’évolution de la société. La philosophie va donc poser, par exemple, la question du respect que l’on doit ou non aux animaux et à la nature, ou va encore se demander si nous devons avoir peur du développement des intelligences artificielles.

L’origine de la science et l’épistémologie

Enfin,s’il faut effectivement distinguer la philosophie des sciences dans la mesure où la philosophie ne suit pas une méthode expérimentale particulière pour arriver à une vérité, il est intéressant de remarquer que la philosophie est à l’origine des sciences et que de grands philosophes étaient également des biologistes, des mathématiciens, des physiciens. Les domaines que l’on rattache aujourd’hui aux sciences étaient autrefois des parties de la philosophie et ne s’en sont séparés que parce qu’elles se sont précisées et ont élaboré des méthodes spécifiques.

Par ailleurs, la philosophie réfléchit encore sur les sciences, c’est ce que l’on appelle l’épistémologie. La question n’est alors pas de prouver telle ou telle hypothèse en biologie ou en physique, mais de réfléchir, par exemple, sur le rapport de la théorie scientifique avec la réalité ou sur ce qui fait qu’une science est une science.

Qu’est-ce que la philosophie ? est donc une question relativement complexe, mais si l’on peut tenter une définition, il s’agit d’une activité qui à partir d’un questionnement cherche à élaborer des connaissances en s’appuyant sur la raison dans des domaines où il ne peut pas être fait de démonstrations scientifiques.

Pour aller un peu plus loin en vidéo :

Citation de Spinoza sur le déterminisme

Spinoza, dans cette Lettre, montre en prenant l’exemple d’une pierre qui devient consciente alors qu’elle est en l’air et vole, que les hommes croient être libres parce qu’ils ignorent les causes qui les poussent. Tout comme la pierre, ils ont été poussés mais comme ils n’en sont pas conscients, ils se croient libres. C’est la thèse déterministe qui défend l’idée que les hommes sont déterminés par leur génétique, leur psychologie, leur milieu social, le monde physique et n’ont en réalité pas de libre arbitre.

Texte de Spinoza :

« une pierre par exemple reçoit d’une cause extérieure qui la pousse, une certaine quantité de mouvement et, l’impulsion de la cause extérieure venant à cesser, elle continuera à se mouvoir nécessairement. Cette persistance de la pierre dans le mouvement est une contrainte, non parce qu’elle est nécessaire, mais parce qu’elle doit être définie par l’impulsion d’une cause extérieure. Et ce qui est vrai de la pierre il faut l’entendre de toute chose singulière, quelle que soit la complexité qu’il vous plaise de lui attribuer, si nombreuses que puissent être ses aptitudes, parce que toute chose singulière est nécessairement déterminée par une cause extérieure à exister et à agir d’une certaine manière déterminée. Concevez maintenant, si vous voulez bien, que la pierre, tandis qu’elle continue de se mouvoir, pense et sache qu’elle fait effort, autant qu’elle peut, pour se mouvoir. Cette pierre assurément, puisqu’elle a conscience de son effort seulement et qu’elle n’est en aucune façon indifférente, croira qu’elle est très libre et qu’elle ne persévère dans son mouvement que parce qu’elle le veut. Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leur appétits et ignorent les causes qui les déterminent. Un enfant croit librement appeter le lait, un jeune garçon irrité vouloir se venger et, s’il est poltron, vouloir fuir. Un ivrogne croit dire par un libre décret de son âme ce qu’ensuite, revenu à la sobriété, il aurait voulu taire. De même un délirant, un bavard, et bien d’autres de même farine, croient agir par un libre décret de l’âme et non se laisser contraindre. »

Baruch Spinoza (1632-1677),  Lettre 58 à Schuller (1674).

Apologie de Socrate

Résumé de l’apologie de Socrate

"Il me semble donc qu'en cela du moins je suis un peu plus sage, que je ne crois pas savoir ce que je ne sais point". Socrate dans l'Apologie de Socrate de Platon

Cette œuvre qui est une des plus lue de Platon se présente comme le rapport des allocutions que Socrate aurait prononcées devant ses juges avant et après sa condamnation. L’Apologie de Socrate s’inscrit dans la première partie de l’œuvre de Platon à savoir celle des dialogues socratiques. Elle est antérieure aux grands dialogues comme Le Phédon et Le Banquet. L’Apologie de Socrate n’est probablement pas un compte rendu exact des propos de Socrate mais une création philosophique inspirée du réel sauf pour le dernier discours qui est fort improbable. Il s’agit davantage de Socrate défendu par Platon que la défense de Socrate par lui-même.

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Contexte : En l’an 399 avant notre ère, une accusation capitale fut lancée contre Socrate : elle entraîna sa condamnation puis sa mort. Il avait alors 70 ans. C’est à cette accusation qu’est censée répondre « l’Apologie de Socrate » de Platon.

L’Apologie se divise en trois parties :  

Dans la première partie, Socrate se défend contre ses accusateurs. Dans la seconde, il propose une peine qui lui paraît juste car il a été jugé coupable ; dans la troisième, il indique aux juges qui l’ont condamné les dommages que cette décision pourrait leur causer et il s’entretient avec ceux qui l’ont acquitté sur les sujets de la mort et de l’au-delà.

PREMIÈRE PARTIE : La défense de Socrate

Socrate affirme qu’il est  entièrement ignorant de la façon dont il faut parler devant les tribunaux. Il se contentera donc de dire la vérité en parlant comme il le fait habituellement. Il indique ensuite les deux grandes divisions de son propos : il répondra d’abord aux attaques  anciennes propagées depuis longtemps contre lui ; il examinera ensuite les plaintes récentes de ses accusateurs.

On l’accuse depuis des années de remettre en cause les croyances religieuses,  on l’accuse aussi de  renverser les valeurs de la société et d’enseigner aux jeunes à le faire aussi. En effet, le philosophe puisqu’il pose des questions a tendance à questionner les traditions et à les mettre en danger. Son activité ne plaît donc pas à ceux qui veulent que les traditions perdurent sans se demander si elles sont bonnes.

D’où viennent donc ces rumeurs qui se sont propagées sur son compte ? C’est qu’un jour, ayant été proclamé le plus sage des hommes par l’oracle de Delphes, il a voulu vérifier ce qui lui avait été révélé. Il se mis alors à interroger les concitoyens qui étaient considérés comme les plus sages : les hommes d’État, les poètes, puis les artisans. Il a découvert que ces personnes prétendaient avoir des connaissances mais que finalement ils étaient aussi ignorants que lui.  Il a ainsi reconnu qu’il était plus sage qu’eux puisqu’ il ne croyait pas savoir ce qu’il ignorait. C’est pour cela que l’on attribue à Socrate cette phrase devenue symbole du philosophe « je sais que je ne sais pas ». Les différents interlocuteurs de Socrate se sont sentis « ridiculisés » et ils sont à l’origine de la mauvaise réputation de Socrate.    

Socrate se défend ensuite contre les accusations récentes  de Mélétos, Anytos et Lycon.  Il entreprend de faire voir aux juges qu’il ne s’est jamais préoccupé de l’éducation de la jeunesse. Il montre ensuite que Mélétos se contredit quand il l’accuse d’athéisme. Socrate procède alors comme à son habitude en posant des questions habiles qui poussent son adversaire à se contredire.

Il apparaît alors que cette façon qu’a Socrate de poser des questions et donc de faire de la philosophie le met en danger. Néanmoins il continue à poser des questions et à remettre en question les opinions reçues car il s’est donné comme mission d’aider ses concitoyens à s’améliorer sur le plan moral. Il se compare à un « taon » qui pique les Athéniens pour les inciter à réfléchir. Cependant lui demande-t-on s’il veut servir les intérêts de ses concitoyens, pour quelle raison ne fait il pas de la politique ? Socrate répond que sa conscience l’en a détourné, et avec raison ; car avec sa franchise et son attachement aux lois, il n’aurait pas vécu longtemps.

Socrate a dit ce qu’il avait à dire pour sa défense. Il n’en dira pas plus : il ne recourra pas, comme les autres accusés, à des supplications qui sont indignes de lui et indignes des juges, lesquels ne doivent pas céder à la pitié, mais n’écouter que la justice et leur raison. Il s’en remet donc aux juges et à Dieu pour décider ce qu’il y a de mieux pour eux et pour lui.

DEUXIÈME PARTIE : la condamnation de Socrate

Après cette défense, les juges votèrent et Socrate fut déclaré coupable par une courte majorité de soixante voix. Dans les procès comme celui-ci, la loi ne fixait pas la peine, c’était donc l’accusateur qui en proposait une, et l’accusé, s’il était déclaré coupable, en proposait une autre. Le jury choisissait alors l’une ou l’autre, sans pouvoir proposer une autre peine. Ceux qui accusaient Socrate demandèrent la mort. Socrate fût invité à fixer sa peine, mais il considéra, lui, qu’au lieu d’une peine, ses services méritaient une récompense, et il demanda à être nourri gratuitement aux frais de la Cité. Néanmoins, il accepte finalement de verser une amende sous la pression de ses amis qui proposent de verser l’argent. Ces amis veulent lui éviter la mort.

TROISIÈME PARTIE : Discours après sa condamnation

Socrate est finalement condamné à mort. Socrate s’adresse alors une dernière fois aux juges. Il s’adresse d’abord à ceux qui l’ont condamné. Il considère qu’ils se rendent alors coupable d’un crime inutile. Il s’adresse ensuite à ceux qui ont voté en sa faveur et les rassure sur son sort. La mort, leur dit-il, n’est pas un mal pour lui. Pourquoi craindrait-il la mort ? Si c’est un sommeil, c’est un bonheur. Si c’est un passage dans un autre lieu, où l’on doit rencontrer les héros des temps passés, quel plaisir ce sera de converser avec eux ! Il dit donc ne pas avoir de ressentiment contre ceux qui l’ont condamné. Enfin, avant de prendre congé d’eux, il recommande aux Athéniens de traiter ses enfants comme il a traité lui-même ses concitoyens.

Citation d'Epictète

Citation d’Epictète

Citation d'Epictète

Epictète est un stoïcien et en bon stoïcien, il développe une philosophie qui a pour but de nous aider à être indépendant des circonstances et événements qui ont lieu dans notre vie. Selon lui, ce qui nous affecte et peut nous faire perdre le contrôle, ce ne sont pas réellement les événements tragiques de notre vie mais la manière dont nous jugeons ces événements. Si nous disons « c’est une catastrophe, je ne m’en remettrai jamais », ça n’est pas du tout la même chose que si nous considérons que « cet événement est dans le cours des choses et j’irai mieux bientôt ». Ainsi, pour Epictète, notre bonheur ne dépend pas de ce qui nous arrive mais de ce que nous pensons sur ce qui nous arrive.

Texte d’Epictète :

I. 1. Il y a des choses qui dépendent de nous ; il y en a d’autres qui n’en dépendent pas. Ce qui dépend de nous, ce sont nos jugements, nos tendances, nos désirs, nos aversions : en un mot, toutes les œuvres qui nous appartiennent. Ce qui ne dépend pas de nous, c’est notre corps, c’est la richesse, la célébrité, le pouvoir ; en un mot, toutes les œuvres qui ne nous appartiennent pas. 2. Les choses qui dépendent de nous sont par nature libres, sans empêchement, sans entraves ; celles qui n’en dépendent pas, inconsistantes, serviles, capables d’être empêchées, étrangères. 3. Souviens-toi donc que si tu crois libre ce qui par nature est servile, et propre à toi ce qui t’est étranger, tu seras entravé, affligé, troublé, et tu t’en prendras aux Dieux et aux hommes. Mais, si tu crois tien cela seul qui est tien et étranger ce qui t’est en effet étranger, nul ne pourra jamais te contraindre, nul ne t’entravera ; tu ne t’en prendras à personne, tu n’accuseras personne, tu ne feras rien malgré toi ; nul ne te nuira, tu n’auras pas d’ennemi, car tu ne souffriras rien de nuisible. […]

II. 1. Souviens-toi que le vœu du désir est d’obtenir ce dont il a désir, que le vœu de l’aversion est de ne pas tomber sur l’objet de son aversion. Or, celui qui n’obtient pas ce qu’il désire est infortuné, et celui qui tombe sur l’objet qu’il a en aversion est malheureux. Si donc tu n’as en aversion, dans ce qui dépend de toi, que de ce qui est contraire à la nature, tu ne tomberas sur aucun objet d’aversion. Mais si tu as de l’aversion pour la maladie, la mort ou la pauvreté, tu seras malheureux. 2. Retire donc ton aversion de tout ce qui ne dépend point de nous, et reporte-la, dans ce qui dépend de nous, sur tout ce qui est contraire à la nature. Quant au désir, supprime-le absolument pour l’instant. Car si tu désires quelqu’une des choses qui ne dépendent pas de nous, nécessairement tu seras malheureux. Et quant aux choses qui dépendent de nous et qu’il est beau de désirer, il n’en est aucune qui soit encore à ta portée. […]

V. Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses. Ainsi, la mort n’est rien de redoutable, puisque, même à Socrate, elle n’a point paru telle. Mais le jugement que nous portons sur la mort en la déclarant redoutable, c’est là ce qui est redoutable. Lorsque donc nous sommes traversés, troublés, chagrinés, ne nous en prenons jamais à un autre, mais à nous-mêmes, c’est-à-dire à nos jugements propres. […]

VIII. Ne demande pas que ce qui arrive arrive comme tu veux. Mais veuille que les choses arrivent comme elles arrivent, et tu seras heureux. […]

Extraits du Manuel d’Epictète (IIème siècle ap. JC)

Méthode à suivre étapes par étapes pour réussir sa dissertation de philosophie. Je prends l'exemple d'un sujet sur la liberté et le bonheur.

Etapes pour réussir sa dissertation de philosophie

Méthode à suivre étapes par étapes pour réussir sa dissertation de philosophie. Je prends l’exemple d’un sujet sur la liberté et le bonheur.

Dissertation de philosophie : « Un homme libre est-il nécessairement heureux ? »

Travail au brouillon pour la dissertation de philosophie :

1- Faire venir les idées/ à quoi vous fait penser ce sujet : héros, films, partie du cours, auteurs etc

2 – Analyser le sujet : Définir les termes du sujet : (cf index définitions à la fin)

Ecrire les définitions des termes qui vont être utiles et si elles vont vous permettre de répondre plutôt oui ou plutôt non au sujet ou si cela peut être les deux.

3 – Listez les références utilisables dans le cours :

4- Listez les arguments pour et contre

Organiser votre plan à partir de cela en suivant la forme thèse/antithèse/thèse

5- Formulez la problématique

Rappel pour la structure de la problématique de la dissertation de philosophie :

A première vue, nous pourrions dire que ………………………… (thèse 1) car si (définition)

alors ……  (réponse au sujet)

Mais nous pourrions au contraire dire que …………………………….. (thèse 2)  car si ………………………….(définition)

alors ……  (réponse au sujet)

6- Rappel de la structure de l’intro

– Accroche

– Problématique

– Rappel du sujet

– Annonce du plan

7 – Faire une Accroche

Prenez soit une citation (cf citations possibles à la fin), soit un exemple concret pour introduire le sujet. Si vous prenez une citation elle doit avoir un rapport avec le sujet et vous devez l’expliquer avec vos mots (pas les miens). Si vous prenez un exemple, montrez comment il pourrait répondre au sujet.

Index Définitions utiles :

Définitions de la liberté :

Libre arbitre : avoir la possibilité de choisir entre une chose et son contraire sans être influencé.

Liberté d’action : avoir la possibilité d’aller où on le souhaite sans être contraint c’est-à-dire sans être contraint par une force physique.

Indépendance : être capable de subvenir seul à ses besoins

Autonomie : être capable de se donner ses propres règles sans avoir à suivre les ordres d’un autre. Etre moral c’est-à-dire suivre les règles que nous donne notre conscience morale.

Maitrise de soi-même : être capable de ne pas céder à certains de ses désirs ou certaines de ses passions s’ils ne sont pas bons pour nous. Ex : un alcoolique n’est pas maître de lui-même.

Liberté absolue ou naturelle : C’est la liberté de l’état de nature, être absolument libre c’est avoir la possibilité de faire absolument tout ce que l’on veut.

Définitions du bonheur :

Le bonheur au sens de plénitude : être heureux, c’est un état de satisfaction durable et global qui provient d’un jugement sur notre existence en générale.

Le bonheur selon Calliclès : C’est désirer toujours davantage et remplir sa vie de plaisirs.

Le bonheur au sens d’absence de douleur : être heureux c’est ne ressentir ni souffrance dans le corps ni souffrance dans l’âme (inquiétudes). Définition d’Epicure, philosophe latin de l’antiquité.

La joie : C’est le sentiment d’intense satisfaction que l’on ressent quand on a réussi quelque chose qui a demandé des efforts. La joie est donc plus intense que le bonheur, mais aussi de plus courte durée.

Le plaisir : état de satisfaction éphémère souvent lié à la satisfaction d’un désir matériel ou non.

Index Citations possibles :

Le Bonheur :

« Le bonheur est un idéal, non de la raison, mais de l’imagination » Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs.

Selon Kant, il faut distinguer deux facultés intellectuelles, la raison et l’imagination. La raison est la faculté d’enchainer des propositions de manières logique, elle fait des raisonnements. Au contraire, l’imagination va créer des images à partir de ce que nous avons déjà senti, mais de manière imprécise et vague. Dire que le bonheur est une idée de l’imagination signifie donc que nous n’en avons pas une idée claire mais plutôt fantasmée et qu’il va donc être difficile pour nous d’atteindre ce bonheur. Cela serait beaucoup plus simple si le bonheur était une idée de la raison car nous aurions alors une méthode logique pour atteindre le bonheur.

« La vie oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui ». Schopenhauer, Le Monde comme Volonté et comme Représentation, Livre IV, §56-57

Selon Schopenhauer, le bonheur est impossible à atteindre réellement à cause du désir. En effet, quand nous désirons nous souffrons de ne pas avoir encore ce que nous voulons et quand nous avons ce que nous désirons, nous sommes finalement très rapidement habitué et nous sombrons donc dans l’ennui ».

« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, ce sont les jugements qu’ils portent sur les choses ». Epictète, Manuel, V

Epictète est un stoïcien et en bon stoïcien, il développe une philosophie qui a pour but de nous aider à être indépendant des circonstances et événements qui ont lieu dans notre vie. Selon lui, ce qui nous affecte et peut nous faire perdre le contrôle, ce ne sont pas réellement les événements tragiques de notre vie mais la manière dont nous jugeons ces événements. Si nous disons « c’est une catastrophe, je ne m’en remettrai jamais », ça n’est pas du tout la même chose que si nous considérons que « cet événement est dans le cours des choses et j’irai mieux bientôt ».

La Liberté :

« L’homme est condamné à être libre ». Sartre, L’existentialisme est un humanisme

Selon Sartre, l’homme est condamné à être libre parce que d’abord il ne choisit pas de venir au monde. Mais une fois qu’il est au monde alors tout ce qu’il va faire est de sa responsabilité ou en d’autres termes, il choisit ce qu’il fait de sa vie. Sartre considère que l’homme est absolument libre et que ceux qui prétendent ne pas l’être en se cherchant des excuses sont de mauvaise foi.

Dans cet article je vous donne un exemple d'explication de texte philosophique en commençant par l'introduction.

Exemple d’explication de texte philosophique

Dans cet article je vous donne un exemple d’explication de texte philosophique en commençant par l’introduction. Vous pouvez retrouver la méthode de l’introduction ici, dans ce podcast, ou encore en vidéo ici. Vous trouverez ensuite un exemple de développement d’explication de texte. Je précise à chaque fois entre parenthèses à quoi ce passage correspond par rapport à la méthode du développement de l’explication de texte que vous pouvez retrouver dans cet article.

Texte de Spinoza : «On pense que l’esclave est celui qui agit par commandement et l’homme libre celui qui agit selon son bon plaisir. Cela cependant n’est pas absolument vrai, car en réalité être captif de son plaisir et incapable de rien voir ni faire qui nous soit vraiment utile, c’est le pire esclavage, et la liberté n’est qu’à celui qui de son entier consentement vit sous la seule conduite de la Raison. Quant à l’action par commandement, c’est-à-dire à l’obéissance, elle ôte bien en quelque manière la liberté, elle ne fait cependant pas sur-le-champ un esclave, c’est la raison déterminante de l’action qui le fait. Si la fin de l’action n’est pas l’utilité de l’agent lui-même, mais de celui qui la commande, alors l’agent est un esclave, inutile à lui-même ; au contraire, dans un Etat et sous un commandement pour lesquels la loi suprême est le salut de tout le peuple, non de celui qui commande, celui qui obéit en tout au souverain ne doit pas être dit un esclave inutile à lui-même, mais un sujet. Ainsi cet Etat est le plus libre, dont les lois sont fondées en droite Raison, car dans cet Etat chacun, dès qu’il le veut, peut être libre, c’est-à-dire vivre de son entier consentement sous la conduite de la Raison.» Spinoza, Traité théologico-politique – chap. XVI §§ 9-11

Exemple d’introduction de l’explication de texte

Dans ce texte de Spinoza extrait du Traité théologico-politique, il est question des liens entre obéissance et liberté. [Thème]. Le problème auquel l’auteur entend répondre est le suivant : l’obéissance est-elle nécessairement contraire à la liberté ? En d’autres termes, est-ce qu’obéir c’est toujours être esclave ? Ou bien y a-t-il des circonstances où obéir c’est être libre ? [Formulation du problème (alternative) auquel répond l’auteur].  Dans ce texte, Spinoza cherche à démontrer que l’obéissance n’est pas toujours contraire à la liberté et que donc on peut être libre en obéissant aux commandements de l’Etat si ceux-ci sont rationnels et donc dans notre intérêt. [Thèse de l’auteur]. Dans un premier temps des lignes 1 à 4, Spinoza énonce une opinion commune qu’il va ensuite réfuter en défendant qu’être libre c’est plutôt obéir à sa propre raison. Puis dans un second temps des lignes 4 à 8, Spinoza énonce sa thèse selon laquelle l’obéissance ôte une certaine liberté, mais pas toute forme de liberté et donc ne fait pas nécessairement de celui qui obéit un esclave. Enfin des lignes 8 à la fin du texte, Spinoza conclut en montrant comment sa thèse peut être défendue au niveau politique pour justifier l’obéissance du sujet envers l’Etat. [Découpage des différentes parties du texte, précision de l’argumentation et explication rapide du contenu].

▶️ Un autre exemple d’introduction en vidéo ci-dessous:

Exemple d’explication du début du texte

Vous trouverez à chaque fois précisé entre crochets à quel élément de la méthode ce passage correspond. Pour rappel, dans le développement vous devez : 1-Clarifier, 2-Justifier, 3-Dire ce que fait l’auteur d’un point de vue argumentatif, 4-Faire une objection (facultatif). J’ai remis le détail de ces 4 opérations à la fin de cet article.

NB : Ce texte est un peu court, un sujet de bac pourrait être plus long, j’ai choisi un texte court pour que cela soit plus digeste. L’essentiel est que vous compreniez la méthode et les différentes opérations que vous devez faire pendant votre explication.

Première partie du développement :

*évidemment, vous ne mettez pas de titre dans vos copies, je le fais ici uniquement pour faciliter la lecture.

« Spinoza commence par formuler une opinion commune, c’est-à-dire ce que diraient la plupart des gens sans y avoir particulièrement réfléchi [3-Dire ce que fait l’auteur : ici il formule une opinion commune]. Nous pouvons penser qu’il s’agit d’une opinion commune car l’auteur dit « On pense que », et non « Je pense ». Le « On » ici désigne donc vraisemblablement les gens en général. Selon lui, les hommes pensent communément que « l’esclave est celui qui agit par commandement ». Il veut dire par là qu’on pense qu’un homme est un esclave, c’est-à-dire quelqu’un qui n’a aucune liberté et est soumis à un autre, s’il agit en suivant le commandement d’un autre. Celui qui  « agit par commandement » c’est celui qui agit en suivant les ordres d’un autre. [1-Clarifier : vous voyez ici que j’ai défini ce qu’est un esclave et reformulé un morceau de phrase dont le sens n’était pas évident]. De même, selon lui, on pense communément, qu’au contraire, l’homme libre est « celui qui agit selon son bon plaisir ». Cela signifie, qu’en général, on considère qu’être libre c’est faire ce qui nous plaît ou encore laisser libre cours à nos envies ou à nos désirs. Il attribue donc à l’opinion commune une définition de la liberté comme liberté d’action selon laquelle être libre c’est agir comme on veut. [1-Clarifier : j’ai précisé qu’il y a là une certaine définition de la liberté]. A première vue, une telle conception de la liberté peut sembler effectivement évidente car on peut défendre que, celui qui fait ce qui lui plaît, est effectivement plus libre qu’un esclave ou un prisonnier par exemple. L’esclave ou le prisonnier n’ont pas la liberté d’action, ils sont enfermés ou entravés. [2-Justifier – j’explique pourquoi l’opinion commune n’est pas si absurde].

[Retour à la ligne + alinéa car vous passez à une autre étape de l’argumentation] Néanmoins, Spinoza va s’opposer à cette première conception de la liberté et de l’esclavage, en proposant une autre définition de la liberté et de l’esclavage. Il réfute donc l’opinion commune : « Cela cependant n’est absolument pas vrai ». [3-Dire ce que fait l’auteur : une réfutation]. Spinoza explique donc ce qu’est, pour lui, l’esclavage véritable :  » être captif de son plaisir et incapable de rien voir ni faire qui nous soit vraiment utile, c’est le pire esclavage ».  Pour Spinoza, être esclave c’est donc avant tout être soumis à ses propres plaisirs et désirs, ne pas pouvoir y résister, au point que l’on risque de faire des choses qui finalement sont nuisibles pour nous. Par exemple, on peut penser que quelqu’un qui boit trop d’alcool et ne peut s’en passer est esclave de ce plaisir car il n’arrive pas à s’en passer et pourtant ce plaisir est mauvais pour lui. [1-Clarifier : ici j’ai reformulé la phrase et donné un exemple]. Spinoza va ensuite donner sa définition de la liberté : « et la liberté n’est qu’à celui qui de son entier consentement vit sous la seule conduite de la Raison. ». L’auteur propose donc une nouvelle conception de la liberté qui consiste en une certaine maîtrise de soi. Etre réellement libre, à ses yeux, c’est être capable de réfléchir à ce qui est le mieux pour nous et d’agir en suivant ce que nous a dit notre raison. Ainsi, nous savons qu’il est dans notre intérêt de réviser notre philo et nous le faisons. [1-Clarifier : reformulation + définition de la liberté + exemple]. En effet, nous voyons que l’homme qui satisfait toujours tous ses désirs n’est pas libre, car il n’est pas en mesure de choisir, il cède seulement à son désir. De ce fait, il ne fait pas ce qui est vraiment dans son intérêt. [2-Justifier/Argumenter en faveur de l’auteur].

Deuxième partie du développement

(A venir) – Suivez moi sur Instagram pour des fiches sur les notions et des conseils de méthode !

Troisième parti du développement

J’espère que cet exemple d’explication de texte philosophique vous aura aidé à mieux comprendre la méthode.

Si vous souhaitez voir des exemples d’introductions de dissertation de philosophie c’est ici.

Rappel de méthode : Les différentes opérations à faire dans le développement

Afin de clarifier la méthode, je vais distinguer quatre opérations principales que vous devez apprendre à faire pour bien réaliser votre explication de texte de philosophie. Attention, j’ai mis des numéros pour que vous puissiez identifier ces différentes opérations plus facilement mais cela ne signifie pas qu’il faut les faire dans cet ordre. Souvent vous aller commencer par l’étape de clarification du texte, mais ça ne sera pas toujours le cas.

1- On peut appeler cette première opération, l’étape de clarification du texte. La première chose à faire est de montrer que vous avez compris le sens de la phrase ou de l’expression que vous expliquez. Cela signifie que si c’est une phrase un peu difficile à comprendre (comme cela peut être souvent le cas dans un texte de philosophie), vous avez le droit de faire de la bonne paraphrase, c’est-à-dire reformuler le passage de manière plus claire. Il ne faut pas en rester là néanmoins, il est également très important de définir les termes importants du texte et c’est absolument nécessaire si ce sont des notions du programme comme temps, bonheur etc… Enfin, il est bienvenu afin de rendre le texte plus clair et de montrer que vous l’avez bien compris de prendre un exemple pour illustrer ce que dit l’auteur. Les passages concernés sont suivis de : (1-Clarifier)

 2- Il faut ensuite montrer pourquoi l’auteur affirme ce qu’il affirme, c’est-à-dire justifier, argumenter ses propos, montrer pourquoi il a raison de dire ce qu’il dit notamment à l’aide de connaissances acquises en cours, et donc en quelque sorte prendre sa défense face à des objections éventuelles (là, on est sûr de ne pas faire de paraphrase, mais il faut veiller à ne pas trop s’éloigner du texte). Vous pouvez même formuler une éventuelle objection et montrer comment l’auteur y répond déjà dans son texte. Les passages qui correspondent à cette opération sont suivis de (2-Justifier)

3- Quand vous expliquez un texte de philosophie, un des objectifs est de faire ressortir clairement ce que fait l’auteur, c’est-à-dire la manière dont il construit son argumentation afin de justifier la validité de sa thèse. Il est donc très important de préciser régulièrement à quel élément du texte nous avons affaire ici. Est-ce la thèse, un exemple, un premier argument, l’opinion commune et sa réfutation ? Il s’agit essentiellement de montrer comment chaque élément du texte permet à l’auteur d’avancer dans l’argumentation de sa thèse. Dans l’exemple d’explication de texte de philosophie, cette opération est notée : (3-Dire ce que fait l’auteur)

4- Enfin, dans l’explication de texte, vous avez la possibilité de faire un paragraphe d’objection qui peut être appuyé sur la référence à un autre auteur qui soutient une thèse ou une argumentation différente. Il n’est pas nécessaire de faire une objection dans chaque partie, mais il est nécessaire qu’il y ait au moins une objection dans tout le devoir. Bien entendu, cette objection doit être argumentée et il faut absolument éviter de dire que l’auteur n’a rien compris, ou se contredit, car cela montre en général que c’est l’étudiant qui n’a pas compris le texte. Cette opération est notée : (4-Objection).

Quelques citations philosophiques classées en suivant les notions du programme de philosophie en terminale.

Quelques citations philosophiques

Quelques citations philosophiques classées en suivant les notions du programme de philosophie en terminale.

Le Bonheur :

« Le bonheur est un idéal, non de la raison, mais de l’imagination », Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs.

« Carpe Diem », Horace (65-8 av JC), Odes

« La vie oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui ». Schopenhauer, Le Monde comme Volonté et comme Représentation, Livre IV, §56-57

« Nous ne vivons jamais, mais espérons de vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais », Pascal (1623–1662), Pensées

« Nul bonheur, nulle sérénité, nulle espérance, nulle fierté, nulle jouissance de l’instant présent ne pourrait exister sans la faculté d’oubli », Nietzsche, Seconde considération inactuelle.

« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, ce sont les jugements qu’ils portent sur les choses », Epictète, Manuel, V

« Il n’y a qu’une route vers le bonheur, c’est de renoncer aux choses qui ne dépendent pas de notre volonté. »,Épictète (50–125), Entretiens

« C’est un grand bien à notre avis que de se suffire à soi-même, non qu’il faille toujours vivre de peu, mais afin que si l’abondance nous manque, nous sachions nous contenter du peu que nous aurons. », Epicure, Lettre à Ménécée

La Liberté :

Quelques citations philosophiques d’auteurs centraux du programme sur le thème de la liberté.

« Les hommes se croient libres pour cette seule cause qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par où ils sont déterminés. », Spinoza (1632–1677), Lettre à Schuller

« L’homme est condamné à être libre », Sartre, L’existentialisme est un humanisme

« L’homme est né libre et partout il est dans les fers », Rousseau, Du contrat social.

« La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent », Montesquieu, L’esprit des lois.

« L’angoisse est le vertige de la liberté », Kierkegaard, Du concept d’angoisse.

« Le domaine de la liberté commence là où s’arrête le travail déterminé par la nécessité. », Karl Marx, Le Capital.

« Ce n’est pas par la satisfaction du désir que s’obtient la liberté, mais par la destruction du désir », Epictète, Manuel.

Le Devoir :

« Agis uniquement d’après la maxime dont tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle », Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs.

« Commettre l’injustice est pire que la subir », Socrate dans le Gorgias de Platon

« Le devoir est la nécessité d’accomplir une action par respect pour la loi », Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs.

« L’obéissance au devoir est une résistance à soi-même », Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion.

« Le mal vient de ce que l’homme se trompe au sujet du bien », Socrate dans le Théétète de Platon

N’oubliez pas qu’il est intéressant de pouvoir utiliser des citations philosophiques dans votre devoir, mais qu’il est nécessaire de les expliquer pour qu’elles participent réellement à votre argumentation.

Nature/Culture :

« Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. », Michel de Montaigne (1533–1592) Essais, I, 31, Des Cannibales

« On ne naît pas femme : on le devient », Simone de Beauvoir (1908-1986), Le Deuxième Sexe

Le Travail :

« Le travail est désir réfréné, disparition retardée : le travail forme. » Hegel (1770–1831)

« Le règne de la liberté commence seulement à partir du moment où cesse le travail dicté par la nécessité. », Karl Marx (1818–1883), Le Capital

La Religion :

« Les religions sont comme des routes différentes convergeant vers un même point. » Gandhi (1869–1948)

« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point », Pascal, Pensées, 277

« La religion serait la névrose obsessionnelle universelle de l’humanité », Freud, L’Avenir d’une illusion

« Dieu est mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! », Nietzsche, Le Gai Savoir

« La religion est (…) l’opium du peuple », Marx, Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel

« Deus sive natura », Spinoza, Ethique

« Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles », Leibniz (1646-1716), Théodicée

Le Langage :

« Le mot ne note de la chose que sa fonction la plus commune et son aspect banal. »
Henri Bergson (1859–1941) Le Rire

« Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde. », Ludwig Wittgenstein (1889–1951), Tractatus logico-philosophicus

« Danger du langage pour la liberté de l’esprit : chaque mot est un préjugé. », Friedrich Nietzsche (1844–1900)

« Dire, c’est faire », Austin (1911-1960), How to Do Things with Words

 » Nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles. », Henri Bergson (1859-1941), Le Rire

« Le monde (…) devient humain (…) seulement lorsqu’il est devenu objet de dialogue », Hannah Arendt (1905-1975), Vies politiques

« Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. », Ludwig Wittgenstein (1889-1951), Tractatus logico-philosophicus

Quelques citations philosophiques sur l’Art :

« L’art n’a d’autre objet que d’écarter (…) tout ce qui nous masque la réalité, pour nous mettre face à la réalité elle-même », Bergson, Le Rire

« Le beau est ce qui plaît universellement sans concept », Kant, Critique de la faculté de juger

« L’art est le grand stimulant de la vie », Nietzsche, Crépuscule des idoles

« Le génie est la disposition innée de l’esprit par laquelle la nature donne ses règles à l’art », Kant, Critique de la faculté de juger 

La Conscience :

« L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant », Pascal, (1623-1662) Pensées

« Je pense donc je suis » Descartes (1596-1650), Discours de la méthode

« Conscience ! Conscience ! Instinct divin, immortelle et céleste voix. », Rousseau (1712-1778), Emile ou de l’éducation

« Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie qui détermine la conscience », Marx (1818-1883), L’idéologie allemande

L’Inconscient :

« Montrer au moi qu’il n’est seulement pas maître dans sa propre maison », Freud (1856-1939), L’Inquiétante Etrangeté et autres essais

« L’enfer, c’est les autres. », Jean-Paul Sartre (1905–1980)

« Un ami est un autre soi-même », Aristote, La Grande Morale.

Le Désir :

« Le désir est l’essence même de l’homme », Spinoza (1632-1677), Ethique

« Changer mes désirs plutôt que l’ordre du monde », Descartes, Discours de la méthode

« Malheur à qui n’a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède. », Rousseau, Julie ou La Nouvelle Héloïse

« Rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion», Hegel (1770-1831), La Raison dans l’Histoire

L’existence et le temps :

« Vouloir être de son temps, c’est déjà être dépassé. » Eugène Ionesco (1909–1994)

« Prends l’habitude de penser que la mort n’est rien pour nous », Epicure, Lettre à Ménécée

« Philosopher, c’est apprendre à mourir », Montaigne (1533-1592), Essais

La Vérité :

« Vrai et faux sont des attributs de la parole et non des choses. Là où n’est point de parole, il n’y a ni vérité ni fausseté. », Thomas Hobbes (1588–1679)

« Ce que nous appelons apprendre est une réminiscence », Platon, Ménon

« Le soleil ne se lèvera pas demain », Hume (1711-1776), Enquête sur l’entendement humain.

« L’homme est la mesure de toutes choses », Platon, Protagoras.

La Science :

« La nature, nous l’expliquons ; la vie de l’âme, nous la comprenons ». Dilthey (1833-1911), Le Monde de l’Esprit

« Que les choses puissent avoir une nature en soi, indépendamment de l’interprétation et de la subjectivité, c’est une hypothèse parfaitement oiseuse. » Friedrich Nietzsche (1844–1900)

« L’expérience : c’est là le fondement de toutes nos connaissances. » John Locke (1632–1704)

« Le critère de la scientificité d’une théorie réside dans la possibilité de l’invalider, de la réfuter ou encore de la tester. » Karl Popper (1902–1994) (Conjectures et réfutations, La croissance du savoir scientifique, pp. 64-65).

La Justice et le droit :

« Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir », Rousseau, Du contrat social.

« Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité au deçà des Pyrénées, erreur au-delà », Pascal, Pensées.

« La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique. », Blaise Pascal (1623–1662), Pensées.

Quelques citations philosophiques sur l’Etat :

« L’homme est un animal politique. », Aristote (384–322 av. J.-C.), La Politique

« Il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir », Montesquieu (1689-1755), L’Esprit des lois.

« L’homme est un loup pour l’homme », Hobbes (1588-1679), Le Citoyen

« Les hommes doivent être caressés ou anéantis », Machiavel (1469-1527), Le Prince

« Les ouvriers n’ont pas de patrie », Marx et Engels, Manifeste du parti communiste.